‹ La mêlée socialeChapitre 43 sur 131 · DÉCLASSÉS Ô · texte numérisé non relu

DÉCLASSÉS Ô

d'œufs ont été perdus, d'xlassés. C'est la loi de la nature. Direz-vous pour cela au poisson de ne pas pondre ?

Faire des conditions meilleures à chacun : voilà le but de TefTort social. Mais le socialisme le plus caractérisé doit respecter le grand principe de JefTerson, assignant comme droit suprême à chacun : la libre recfterche du bonheur.

Et quand nous aurons fait des conditions économiques moins barbares, un milieu social plus jusle, plus solidaire, sommes-nous sûrs que nous aurons augmenté d^autantle bonheur humain? Moins de souffrance matérielle sans doute — et c'est un grand point. Mais la douleur morale ne pousse-t-elle pas l'homme à sortir de la vie plus souvent que l'autre encore ?

Si complet que vous rêviez le triomphe du socialisme, croyez-moi, la libre recherche du bonheur nous fera des déch'ssés, et vraiment, quand je regarde les classés, je pense que c'est tant mieux.

S'il fallait soutenir que par les déclassés, l'humanité a pensé, senti, agi, vécu, je ne serais guère embar rassé. Qu'impoiient les exceptions!

Est-ce que l'histoire de la pensée humaine n'est pas un effroyable martyrologe : la révolte de ceux qui sortent du rang, la violence des autres pour les y faire rentrer? Est-ce que la cohorte bien disciplinée des classés de tout ordre n'a pas toujours donné, de l'effort le plus désespéré, contre qui a prétendu dire et faire autre chose que ce qui se disait et se faisait avant lui?

Le mécontentement de ce qui est, le malaise moral,

•ilà la source de l'impulsion individuelle pour le 4»rosrès. Impulsion plus ou moins bien ordonnée, dans

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un cerveau plus ou moins bien équilibré. Ici le génie, là la folie avec le crime. Les classés n'ont pas toujours distingué.

Cela n'excuse pas les criminels, et l'état social atta que doit se défendre. Mais la haine de nos chrétiens pour les déclassés nous met dans le cas de leur rappeler que ce sentiment n'est apparu chez eux qu du jour où ils ont conquis le classement par le succè- Est-ce que leur Dieu ne s'est pas incarné dans le déclassé par excellence, vivant au milieu des déclassés de /tout genre, condamné comme déclassé par les classés de son temps? Dans quel monde leurs premières recrues? La lie. Et leurs saints? Que d'étranges histoires '

Au nom de ces grands souvenirs, pitié pour le déclassés. Réprimez la violence : personne ne conteste ce droit. Mais ne croyez pas que vous débarrasserez l'état social des irréguliers de la pensée ou de l'action. Si, par malheur, vous pouviez y réussir, l'ordre obtenu serait si parfait, l'équilibre si complet, que Ihumanité demeurerait inerte, à son point mort.

Cela n'est pas à craindre. L'Eglise Romaine, oublieuse de ses origines, se disant en possession de l'unique vérité, a tenté de faire l'unité, l'ordre absolu dans la pensée, dans l'action humaine. Que reste-t-il de dix-huit siècles d'efforts par la plus grande puissance humaine qui fût jamais? Demandez aux éducateurs de Vaillant.

La Révolution française, dont se réclame aujourd'hui si facilement le plus réactionnaire de nos bourgeois bourgeoisants, fut une terrible chose, toute de déséquilibrement : la France aux mains des déclassés qui, s'entre-tuant, la laissèrent en proie à l'un des plus prodigieux déclassés que le monde ait vus. Celui-là fut,

POUR DES FEMMES Gl

hélas ! des plus funestes pour sa patrie. Sa puissance de mal n'est pas encore épuisée.

Que sera la Révolution de demain? Qui sait? Peutêtre pacifique. Il faudra bien en venir là.

Pour cela, cultivez l'homme au lieu de décrier l'instruction populaire. Un peu de science l'irrite, ditesvous? Que beaucoup de science l'apaise, en lui enseignant la suprême sagesse du doute.

Et puis, que les prêcheurs d'idéal fassent leur œuvre. Le but est haut. L'avenir est loin. L'homme est petit. La vie est courte.

POUR DES FEmmES

L'affaire de M"® Leymarie, arrêtée, bousculée, injuriée sur la voie publique par les agents des mœurs, appelle une fois de plus l'attention sur les actes de la fameuse brigade.

Qu'est-ce que c'est au juste que le service des mœurs? On l'aura jugé d'un mot, quand on aura dit qu'il a pour principale fonction d'empêcher le racolage, qui s'étale tous les jours, en plein boulevard, de neuf heures du soir à deux heures du matin. Interrogez le préfet de police, il vous dira que s'il fallait arrêter toutes les racoleuses, on ne saurait où les mettre, car la prison de Saint-Lazare doublée ou triplée ne suffirait pas. En ce cas, pourquoi lancer dans Paris une brigade d'agents — qu'on ne peut pas re cruter parmi l'élite de la population — avec l'absurde

mission d'arrt"-ler ou de ne pas arrêter, au gré de leui fantaisie?

Qu'attendre deux? Ils laissent faire. £t pour ne pas rentrer les mains vides, de temps à autre ils arrêtent, à coups de pieds, à coups de poings, tantôt des malheureuses filles qu'ils laissaient travailler en paix la veille, tantôt une honnête femme qui passe. C'est ce que M. Jonnart appelle : maintenir l'ordre impitoyablement.

Quand les faits sont, comme aujourd'hui, trop révoltants, la presse proteste pendant deux ou trois jours, la police répond par des notes officieuses pour excuser ses agents — car il ne faut pas énerver le service — et puis les choses reprennent leurs cours jusqu'au pru chain accident.

Rappelez-A ous Céline Montaland, arrêtée en sortai des magasins du Louvre; une dame dont le noni m'échappe, saisie au bras de son mari; et tant d'autres aventures familières aux Parisiens.

Je reconnais que la réglementation du commerce de chair humaine est singulièrement difficile, dans une ^^lle comme Paris. Mais ce n'est peut-être pas un raison pour faire supporter au public les conséquencede l'arbitraire administratif le plus extravagant.

Peut-on interdire l'étalage de la marchandise? lu: possible, assurément. Peut-on l'empêcher de s'olfii au public? L'expérience répond négativement. Il faudrait un ensemble de mesures draconiennes, n» cessitant une dépense énorme et des moyens exceiitionnels, dont l'action ne tarderait pas à se relâcher. Que faire? Empêcher l'excès du scandale? C'est ;. quoi la police ordinaire pourrait suffire. Seulement on a la prétention — mal justifiée — de mieux faire, au

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