‹ La mêlée socialeChapitre 47 sur 131 · DE TOURS AUX P0:M0T0U G · texte numérisé non relu

DE TOURS AUX P0:M0T0U G

saint Paul, de l'esprit qui vivifie. Après quoi, tu tendras la main. Tu tendras la main pour les pauvres... et pour toi. Et dans le secret de la sacristie tu feras toi même les deux parts; Jésus-Christ ne dit point de faire ainsi.

Alors ne t'étonne pas si des hommes surgissent, qui prennent en main le cause de justice que t'avait confiée le sublime rêveur de Galilée. Puisque le corps sacré qui s'arrogea la mission de soulager l'humanité souffrante, déserte, pour les joies du siècle, son devoir de pitié, des hommes se lèveront, qui, sans mandat divin, sans autre titre que le droit de chacun à dire ce qui est juste, et l'ayant dit, à s'efiforcer^e le réaliser, prêcheront aux masses souffrantes la revendication légitime de leur part de bonheur humain. Dans le progrès pacifique ou dans la tumulte des révoltes, ils conquerront ce qui fut promis sur la montagne, et ce que les prétendus Galiléens d'aujourd'hui refusent de concéder: la possibilité pour chaque homme de ne pas mourir de faim. S'ils seront socialistes, communistes ou anarchistes, je ne sais pas; si leur sagesse nous sauvera, ou si leur folie nous rejettera d'abord dans une réaction de barbarie, je ne le saurais dire. C'est le secret du destin. Ce que je dis, c'est qu'il faut trouver autre chose que la solution enfantine de nos excellents Tourangeaux, c'est qu'il faut surtout énergiquement réagir contre l'état d'esprit qu'elle dénonce.

Nous ne nous débarrasserons pas de la question sociale. 11 n'y a pas une île de la Polynésie où .elle n'organise et n'avive les luttes de la faim, qu'aggraverait au centuple l'arrivée de nos députés de la misère. Le problème est posé chez nous. A nous de le résoudre, dans la mesure de ce qui est de l'homme. A quoi bon

les complications savantes de notre organisme social, si c'est pour aboutir à ce lamentable aveu d'impuissance devant les sauvages de l'Océanie : « Frères, nous vous envoyons des frères que nous n'avons pas engraissés. Ne les mangez pas, si vous en pouvez tirer un meilleur parti. »

Xous sommes en République, amis de la Touraine. Il doit y avoir autre chose à faire. Qui sait? Un jour, peut-être, des naturels des Pomotou, incapables de faire sortir un peu de justice de leur organisation rudimentaire, désespérant d'y réussir, et d'ailleurs dégoûtés de l'anthropophagie de leurs pères, proposeront d'envoyer les plus lamentables d'entre eux aux pays de grande civilisation, pour qu'on en prenne soin, comme peuvent faire les peuples dont la science a si puissamment accru les ressources. Cela serait de toute raison.

Si les Océaniens ont entendu parler là-bas du Jardin de la France^ c'est là qu'ils voudront accourir. Le conseil général d'Indre-et-Loire voudra les recevoir avec honneur sans doute. Je souhaite qu'il reste en ce temps là quelque témoin du vote d'hier, car je me promets quelque joie de son discours.

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