‹ La mêlée socialeChapitre 5 sur 131 · PREFACE IX · texte numérisé non relu

PREFACE IX

geresse fauchant à grands coups l'ennemi commun. La bête libre encore dans son fourré, l'arbre dominateur envahi de spectateurs voletants, bourdonnants, la liane qui monte aux branches, et la mousse du bois mort et le lichen du roc inaccessible sont témoins de la sanglante revanche par laquelle ils changent d'ennemis, sans échapper jamais à leur destinée de lutte éternelle.

Depuis le premier meurtre, que symbolise Caïn, l'homme est demeuré le meurtrier de l'homme par toute la terre. Mais une minorité seulement se délecte encore d'une chair fraternelle, et l'homicide de guerre ouverte n'est plus qu'intermittent. Quel immense progrès, semble-t-il, si, par miracle, le fer échappait de la main levée, si soudainement l'œuvre de meurtre humain s'arrêtait sur la terre étonnée. Changement admirable, en effet, qui nous ferait des sociétés nouvelles. Et cependant, même alors, la loi de tuerie, pour être moins frappante aux yeux, moins douloureuse au cœur, n'en continuerait pas moins son éternelle fauchée dans le pâle troupeau.

Ce fut un progrès — jugez par là du mot — d'asservir le vaincu, pour tirer de son labeur une plus grande provision de subsistances que n'en

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