APRÈS LE SERMON SUR LA MONTAGNE
Rue Morand, deux vieux se tuent faute de pain. Rue Henri-Regnault, une femme, réduite aux dernières extrémités de la misère, s'asphyxie avec ses cinq enfants. Les journaux relèvent quatre autres suicides dans des conditions analogues. Texte à déclamations, disent les heureux du monde. Matière à réflexions, répond le philosophe. Appel à l'action, conclut le politique. Et puis, quand les grands seigneurs de la bourgeoisie se seront indignés contre la violence des récriminations trop légitimes, quand journalistes ou députés auront fait leurs articles ou prononcé leurs discours, quelque incident surviendra grâce auquel, après deux levers de soleil, il ne sera plus question que de M. Casimir-Perier changeant sa livrée ou de M. Dupuy sa politique.
Cependant, sous nos yeux, la faim continuera de faire son œuvre, et parce que nous avons des églises pour l'ostentation de la charité, des bureaux de bienfaisance, des hôpitaux et une morgue pour débarrasser la voie publique des mourants et des mortsy nous nous croyons en règle avec des hommes, des femmes, des enfants que quotidiennement nous tuons de notre indifférence.
C'est que nous vivons sur les données de la charité chrétienne ou laïque, sans nous embarrasser des horreurs que les lois et règlements, dont se fait la bonté de l'État, sont chargés de soustraire à notre vue. Les