‹ La mêlée socialeChapitre 56 sur 131 · POUR DES CERISES · texte numérisé non relu

POUR DES CERISES

Nous sommes près du camp d'Auvours, dans la Sarthe. Après une journée de manœuvres, un jeune artilleur parisien, flânant le long des haies, aperçoit un cerisier qui tend ses branches au-dessus du chemin. Qu'auriez-vous fait? Moi, j'aurais grappillé! Lui, de même. Il abaisse une branche, puis deux, et voilà notre homme qui se rafraîchit aux dépens du voisin. Mais le voisin veillait. A trente pas de là, caché derrière un buisson, il couche en joue le délinquant, l'atteint à la tempe, et le tue. « Il m'avait bien mangé pour deux sous de guignes «, dit le paysan. De lui faire comprendre qu'un tel dommage ne lui donnait pas droit de vie et de mort sur son prochain, peine perdue.

Est-ce faire le procès de la propriété, que de constater qu'elle paraît chose moins intangible, moins sacrée aux champs qu'à la ville? Retranché derrière ses murailles, défendu par sa porte bardée de fer, le citadin enferme dans ses coffres Fichet tous ses biens, morceaux de papier si bien numérotés, que perdus ou déchirés, ils se retrouvent, et brûlés, renaissent de leurs cendres. Quand le pouilleux demande son croûton de pain, comme de juste on le lui refuse. Et s'il insiste, c'est trois mois de prison.

A la campagne, on est plus près de l'état de nature.

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