‹ La mêlée socialeChapitre 67 sur 131 · A QUI LE CHOIX · texte numérisé non relu

A QUI LE CHOIX

Ce qui horripile la bourgeoisie bien pensante dans la tentative d'école irréligieuse de Cempuis, c'est qu'on applique cet enseignement « à de petits malheureux qui nont pas le choix entre Cempuis et autre cliose »

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Cette lamentation part d'un bon naturel. Mais, je le demande vraiment à M. Magnard, qui est-ce qui choisit, dans la vie?

L'idée de proposer à un enfant de six ans de choisir entre Cempuis et l'école des frères, est assurément la plus grotesque du monde. Et ce serait cependant moins ridicule que de faire catholique, par la vertu du baptême, un enfant de deux jours, qui n'a certes pas été consulté. Cette détermination emporte pour l'avenir les plus graves conséquences. Qui donc propose de prendre l'avis de l'intéressé? Parlera-t-on du consentement universel? Quelle plaisanterie! La religion catholique prétend, il est vrai, à l'universalité, — comme l'indique son titre, — mais c'est une religion athée, le bouddhisme, qui a jusqu'ici la majorité parmi les hommes. Et le catholicisme est si loin de compte, que, si on le mettait aux voix dans l'ensemble de la planète, le suffrage universel des hommes le montrerait en minorité de plusieurs centaines de millions de voix. C'est cette religion de minorité que nous infligeons à notre enfant, encore humide du ventre de sa mère, par la seule raison que notre père fit de même à notre égard. Cela ne choque point les philosophes du Figaro, tant est grande la force de l'habitude, mais cela blesse terriblement la raison.

Sans doute l'enfant se défendra plus tard, s'il le peut. Qu'il acquière seulement une individualité, en dépit des efforts que nous ferons pour l'en empêcher, qu'il soit victorieux du fatal atavisme, qu'il se libère de nos cliaînes et des chaînes des ancêtres, qu'il pense avec sa pensée — qui sera toujours après tout celle que lui préparèrent ses engendreurs — et le sceau qui fut mis sur lui, à sa naissance, peut-être un jour s'effacera. Se borne-

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