A QUI LE CHOIX? 1Ô
compréhensif encore que le Christ jnort seulement pour l'humanité, six cents ans avant le Golgotha, donnera son corps en pâture aux petits d'une tigresse parce qu'ils ont fai
Nous ne choisissons pas plus notre vie que nous n'avons choisi de vivre. Le Figaro racontait hier l'histoire de ce malheureux Foubert, joyeux garçon que j'ai connu, et qui après des fautes mystérieuses s'exila à Audierne où la fille d'un pêcheur s'unit à lui. Que d'étranges événements a-t-il fallu pour que l'enfant qui lui survit, vint au monde d'un bourgeois de Normandie et d'une pêcheuse de la côte bretonne. Quelles tendances de son père, et quelles de sa mère? Quels conflits de ces deux éléments? Et qu'a-t-il choisi de tout cela? Avec ce qu'il aura reçu de force, avec ce que les forces reçues lui permettront d'acquérir, il luttera, et nous le tiendrons pour responsable socialement parce qu'il doit s'appliquer à se faire des conditions de vie compatibles avec celles d'autrui.
Mais ce qui est absurde^ contradictoire, fou, c'est la responsabilité de la créature devant le créateur. Je dis à Dieu : « Si tu n'es pas content de moi, tu n'avais qu'à me faire autrement », et je le défie de me répondre. Il y a dans Lucien un curieux dialogue de Minos avec Sostrate. Le juge des enfers prétend punir le nouvel arrivant.
— Tout ce que j'ai fait dans ma vie, dit Sostrate, l'ai-je fait volontairement, ou ma destinée n'a-t-elle pas été filée par la Parque?
— Par la Parque évidemment, répond Minos.
— Punis donc la Parque », reprend l'autre.
Et voici la conclusion du discours : « Détache-le, dit Minos à Mercure, et prends garde qu'il apprenne aux
autres morts à nous interroger de même. » Remplacez la Parque par Jéhovah ou par les lois de l'Univers, et dites-moi depuis quand le vase de terre doit des comptes au potier.
Pour conclure : quand des lois inconnues nous confient l'enfant vagissant sorti de nous ou d'un autre, aidons-le, voilà le précepte. Aidons-le dans son corps et dans son esprit. Enseignons-lui le connaissable, fai sons-lui l'histoire de l'esprit humain dans le champ de 'inconnaissable, armons-le de la règle de justice qui doit être la condition de la vie sociale, et puis : « Bonne chance, ami. La consolation suprême c'est qu'après avoir peiné, et souffert, et crié, après avoir transmis ta peine, et ta souffrance, et tes lamentations, tu rentreras dans le bon repos d'avant la vie, heureux d'avoir vécu pour savoir, pour aimer, heureux de ne plus vivre pour participer enfin, après tant de maux, à la sublime ■ indifférence des choses éternelles »