SYNDICATS DE MINEURS POURSUIVIS
mair. tro^^ ;'jarde, le geste trop brutal, pour qu'on ait osé lui fisister en face. La loi dit aux ouvriers : syndiquez-vous. La Compagnie d'Anzin répond : je vous l'interdis. Et c'est la Compagnie qui a le dernier mot.
Partout ailleurs, les ouvriers ont pu, sinon s'organiser au vrai sens du mot, du moins esquisser des commencements d'organisation. Ils ont fait des groupements plus ou moins réguliers, qu'ils ont décorés du nom de syndicats. On renvoyait un membre du syndicat, un autre prenait sa place. Aussitôt désigné aux rancunes des Compagnies, c'était la persécution sous mille formes. Il la bravait, essayant de ne pas donner prise aux porions déchaînés contre lui, feignant d'ignorer les tracasseries de chaque jour, de chaque heure, ne répondant pas aux provocations, acceptant, sans se plaindre, le mauvais chantier qui augmentait son travail en diminuant son salaire. Un beau jour, on trouvait un prétexte. C'est une mauvaise tête. Expulsé. S'il n'y avait pas de prétexte, expulsé tout de même. Bon débarras.
Ce que ces fragments informes de syndicats ont coûté de larmes, infligé de misères, suscité de haines, on ne le saura jamais.
On comprend aisément que, dans ces conditions, les mineurs n'aient pas montré le plus vif empressement à entrer dans les syndicats. On peut être un bon ouvrier, un brave homme, sans être uécessairement un héros. La femme est là, aux prises avec les nécessités de l'heure présente. Elle défend l'intérêt immédiat contre une amélioration utopique peut-être, en tout cas bien chanceuse. Il lui semble qu'elle prend le parti de ses enfants dont les besoins veulent être satisfaits sur l'heure, contre une chimère qui hante le cerveau
de son mari. Qui s'étonnera que celui-ci ne soit pas très pressé de se faire dénoncer à la Compagnie?
La formation du syndicat est donc hérissée d'obstacles, son fonctionnement infiniment périlleux. Aussi y fait-on souvent entrer d'anciens mineurs qui échappent à l'action des Compagnies. C'est ici qu'intervient la loi républicaine.
Vous vous dites sans doute: C'est justice. La loi ne pouvait pas permettre aux Compagnies d'abuser de leur pouvoir, au point de priver les ouvriers d'un droit légal institué à leur profit. La liberté des syndicats est reconnue, sanctionnée par une loi. Une loi doit empêcher les patrons d'enlever de fait cette liberté à leurs ou\Tiers. C'était l'idée de M. Bovier-Lapierre et d'un certain nombre de ses amis. La Chambre a voté la loi. Le Sénat, non. De par la volonté du Sénat, les patrons de la mine contK-:?eront impunément d'attenter à la liberté de leurs ouvriers. C'est le triomphe de la liberté du plus fort. Avant la République, on appelait cela l'oppression.
Mais alors, que fait la loi? Oh! c'est très simple. Elle achève ce que n'ont pu faire les Compagnies pour tueries syndicats. Ah ! les patrons persécutent les membres du syndicat, et cela ne suffit pas? On trouve encore des hommes pour résister? A nous les juges 1 On trouve d'anciens ouvriers dans les syndicats? Une disposition de la loi l'avait permis. Le Sénat ne l'a pas sanctionnée. Le garde des sceaux, M. Fallières, avait promis qu'il n'y aurait pas de poursuites. Cette tolérance a fait son temps. Quoi ! on aura cru à la parole d'un ministre? Une bonne condamnation, et qu'on en finisse avec cette engeance!
Oui, la République a fait une loi de liberté. En