SYNDICATS DE ÎIIXEURS POURSUIVIS
l'absence d'une loi sur le droit d'association, les syndicats vivaient de tolérance. On a dit: il faut leur constituer un droit. On a donc voté une loi, et tout aussitôt les syndicats se sont trouvés moins libres qu'auparavant. On leur demande de publier des noms qui., une fois connus, motiveront autant d'expulsions. Ils refusent, ils se couvrent de Basly, de Lamendin, qui ne sont plus mineurs — l'ayant été pendant vingt ans. Le juge met son bonnet carré, dissout le syndicat et déchaîne la vindicte de la loi sur les hommes qui avaient échappé aux représailles des Compagnies.
Voilà une belle réforme républicaine, n'est-il pas vrai ?
Il y a eu grève. Les gendarmes ont joué des menottes, du sabre et du revolver, les juges ont condamné jusqu'aux témoins qui refusaient de se laisser dicter leurs témoignages par les gendarmes. On a réintégré de force tous ces révoltés dans la mine " 'ù couve la haine.
On a sinon la paix, du moins le silence.
Achevons, dit le Gouvernement. Monsieur le procureur, quel est votre avis sur Vopportunité d'une poursuite?
Et l'autre, qui comprend ce que parler veut dire:
— Il faut poursuivre, monsieur le ministre. // faut le faire actuellement, ou on ne le fera jamais.
Je ne dis pas qu'une poursuite n'amènera pas quelque arjiîution dans les esprits, mais mon opinion formelle, et je sais que c'est aussi celle de M. le préfet du Pasde-Calais, est qu'il ne saurait en résulter une reprise de la grève. Les ouvriers vaincus et découragés ne protestent que timidement contre les coupes sombres, exagérées selon moi, que les Compagnies exécutent
en ce moment dans les rangs de leurs ouvriers j ils ne protesteront pas davantage en faveur d'xm syn» dicat qui a perdu une notable partie de son prestige et qui vient de les conduire à la défaite.
N'est-il pas beau, ce magistrat qui se révolte contre les coupes sombres exagérées que pratiquent les patrons de la mine (cinq cents ouvTiers jetés sur le pavé) et qui conclut qu'il faut aggraver lœuvre des Compagnies en poursuivant, en condamnant ce qui a pu leur échapper?
On peut le faire impunément, dit l'homme de robe. Il n'y aura pas de révolte: la défaite des mineurs est trop complète. Et puis la force armée n'est pas loin.
Il le savait bien, n'est-ce pas, le mineur qui, désespérant, s'est fait sauter parla dynamite? Que ceux qui ne sont pas contents fassent de même.
Eh bien! moi, je vous dis qu'ils ne feront pas de même. Contre la tyrannie féroce qui les accable, où sera leur refuge? Autrefois, ils avaient Dieu, comme dit le marquis des Effrontés. Aujourd'hui, rendezleur Dieu, si vous pouvez, et le roi avec, car, ce ne sera pas trop du Irùne et de l'autel pour les contenir. Sinon, ils chercheront autre chose, et je vous prédis qu'ils le trouveront.