‹ La mêlée socialeChapitre 9 sur 131 · PREFACE XV · texte numérisé non relu

PREFACE XV

Esclavage, servage, travail libre du salarié, tous ces états de progrès reposent sur la commune base de la défaite du plus faible et de son exploitation par le plus fort. L'évolution a changé les conditions de bataille, mais, sous les muantes apparences, le combat mortel est demeuré. Accaparer de la vie d'autrui, pour s'en faire un secours de vie, voilà du cannibale au propriétaire d'esclaves ou de serfs, au baron féodal, à l'employeur petit ou grand de nos jours, tout l'effort des activités majeures. L'homme n'a pas plutôt cessé d'être un objet de commerce que son travail devient maintenant marchandise, et qu'un abonnement léonin le tient encore d'une solide chaîne.

Il est vrai, l'ancienne tuerie brutale ne se voit plus qu'aux époques de guerre ouverte, ou dans les accès de violence individuelle promptement réprimés. Pourtant le goût du sang demeure, et Napoléon est grand parmi les hommes pour avoir fait, hier, les plus grands massacres dont on ait mémoire. Ces champs de cadavres, ces plaines hurlantes de mourants éventrés, écartelés, broyés, sont l'affreux témoignage de l'histoire dénonçant l'homme qui fut, l'homme qui est encore, à l'homme qui sera.

Mais déjà ce n'est plus là qu'un intermède, un énorme divertissement de carnage offert aux penchants ataviques qui veulent du sang. La bataille

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