‹ La mêlée socialeChapitre 98 sur 131 · ENCORE LES TROIS HUIT · texte numérisé non relu

ENCORE LES TROIS HUIT

un plus grand effort dans un temps moindre, si nos lois fiscales, en élevant le prix des denrées nécessaires à la vie, empêchent l'homme de réparer et même d'augmenter ses forces par une alimentation généreuse? Sur ce point, comme sur tant d'autres, nous 'ournons carrément le dos aux réformes démocratiques.

Cela est si vrai, que lorsqu'il nous arrive de faire une loi favorable aux ouvriers, nous n'avons rien de plus pressé que de la défaire. Témoin, la réforme qui réduisait d'une heure la journée de travail des femmes et de deux heures celle des enfants. Le législateur anglais a toujours prétendu que cette mesure législative devait avoir une répercussion nécessaire sur le travail des adultes, à cause de l'impossibilité où l'on se trouverait de faire travailler les uns sans les autres. ^,ais les patrons français ne l'ont pas entendu ainsi. /Is ont si violemment réclamé, que la loi est inappliquée, et que la Chambre va être mise en demeure de revenir sur sa décision, et d'augmenter la journée de travail, au moment même où l'Angleterre la réduit, avec M. Mather, jusqu'au minimum inespéré de huit heures.

Il faut souhaiter que l'expérience de Salford, qui a si profondément remué tout le monde industriel, amène chez nos législateurs d'utiles réflexions. M. Hiérart n'est pas de ces rêveurs qui veulent franchir d'un bond toutes les étapes. Il demande simplement qu'au lieu d'imposer aux femmes et aux enfants la même durée de travail qu'aux adultes, nous fassions bénéficier les adultes de la réduction accordée aux femmes 3t aux enfants.

N'abandonnons pas le terrain que nous avons con-

quis, et tandis que les autres avancent, ne reculons pas à plai'^ir. Il restera encore, au Français, trois heures de loisir de moins, trois heures de travail de plus qu'à l'ouvrier de M. Mather! Une si médiocre faveur est-elle au-dessus des forces delà République? Car nous sommes en République. Du moins, Casimir- Perier le dit, et SpuUer le croit.

Tl ne s'agit point de la guerre du Mikado avec l'empereur de la Chine. Je n'ai rien à en dire, sinon ce qu'en dit tout le monde, à savoir que c'est une belle guerre, où l'on fait de magnifiques massacres suivant les dernières données de la f^dence moderne, pour employer une expression qui déplaît fort, et pour cause, à certain général français de ma connaissance. De petits torpilleurs font proprement sauter de gros transports, entraînant d'un coup quinze cents hommes au fond de l'abîme; l'artillerie à tir rapide, de sa grêle d'obus éclatant en mitraille, paralyse ou supprime tout effort de défense des monstres lents et lourds qui auraient détruit l'ennemi d'un coup s'ils n'avaient coulé d'abord, la mer se couvre d'épaves vivantes qu'achève du haut des hunes le déchirement strident du hotchkiss. Sur terre, on se massacre également selon toutes les règles de la civilisation, et les journalistes étrangers, venus pour contempler ce

spectacle, n'ont rien à reprendre aux grandes fauchées de mort.

Il n'y a pas à parler de ces choses, sinon pour admirer de quel mouvement accéléré se fait la propagande du meurtre de civilisation. L'œuvre de destruction va d'une course vertigineuse. Bien loin derrière clopinent la boiteuse justice, l'impotente bonté.

Si je laisse de côté la guerre officielle, patente, c'est pour dire un mot de l'horrible guerre industrielle, perfectionnée par nous comme l'autre, accourue avec uous d'Occident en Orient, pour dévaster de ses coupes sombres les troupeaux humains résignés. II est vrai, la science guérit ce que la slence tue. C'est un médecin japonais, élève des universités allemandes, qui vient de faire en bactériologie les belles découvertes d'où les travaux allemands et français ont fait sortir une médication nouvelle, féconde en résultats comme en espérances, la Sérothérapie. Mais pendant que Kita-Sao, suivant péniblement le sillon de la science occidentale, s'acharne à sauver quelques vies, ses compatriotes, également dans le même sillon, organisent la vaste usine mangeuse d'hommes, de femmes et d'enfants qui silencieusement tue, d'acci- !ents ou de misère, plus d'êtres humains que la guerre intermittente à ciel ouvert.

Je trouve dans le rapport d'un commissaire de section à l'exposition de Chicago, M. Loonen, d'intéressants renseignements sur les salaires et les conditions du travail au Japon. Il y a peu d'années, l'auteur d'un rapport au gouvernement prussien estimait que les Japonais étaient incapables do se prêter aux exigences de l'industrie moderne. Mais, ces prévisions

devaient être bientôt démenties. Dès 1888, soixanteseize mille broches de filature étaient en pleine activité. Aujourd'hui, des sociétés anonymes exploitent les mines, les chemins de fer et les transports maritimes, les filatures les lissages, les fabriques de toutes sortes. Cest le gouvernement lui-même qui a monté les premières usines pour les rétrocéder a des compagnies privées, aussitôt qu'elles ont été en voie de succès. L'industrie du coton est de toutes la plus prospère. Tandis que les broderies sur soie, la céramique, la fabrication des bronzes, des cloisonnés et des objets de laque sont organisées dans de petits ateliers de dix à cent ouvriers, utilisant le plus souvent la force d'une maigre chute deau, le Roi-Coton édifie ses immenses casernes où viennent s'engouffrer, pour alimenter le monstre, les foules marquées du sceau de la défaite dans la bataille pour la vie.

Les ouvriers japonais ont, eu général, une grande facilité de compréhension et une habileté de main singulière; ils sont fort obéissants, très doux, très attachés à leurs chefs : ils supporlent avec résignation les travaux les plus dur?, alternent leur travail de jour et de nuit dans les grandes usines à feux continus, et, dans les petits ateliers, fournissent jusqu'à quatorze heures de présence lorsque l'on ne travaille pas la nuit. Dans ces petits ateliers, ils sont nourris partiellement à midi et à cinq heures, de façon à ne pas être déiangés. Le travail commence vers six heures du malin, s'interrompt pour quinze à vingt minutes à. l'heure des repas et reprend jusqu'à dix heures du soir. Toutes ces heures varient à l'infini : dans les maisons où l'on brûle le thé, ils commencent, au contraire, à quatre heures du malin et terminent à six heures du soir : les besoins de l'industrie font la règle; les ouvriers s'y prêtent volontiers.

Il est assez difficile d'établir exactement des moyennes de salaires. Dans les campagnes reculées, dépourvues d'in-

dusltie, loin du conlact des Européens, il existe des quantités de gens qui ne sont même pas assez fortunés pour manger du riz, qui vivent des grains les moins chers : orge, avoine, etc., et qui sont heureux de travailler pour 0,10 yen par jour, soit 0 fr. 35 de notre monnaie.

Dans les deux capitales, dans les ports et surtout a Osaka, la grande ville industrielle du Japon, on trouve leh moyennes suivantes :

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