F.-A. CAZAL
L'actualité lui fournit asse2 de sujets pour qu'il ne se donne point la peine d'aller en chercher ailleurs. Mais c'est un attrait qui passe vite. En relisant ses Couplets, on est amené insensiblement à leur restituer la vie de l'heure, l'atmosphère du Soleil d'or chargée de bière et d'alcool, le grouillement et l'enttain de la foule, l'éclat des lumières, le ronflement et les cris de la rue Voisine. N'importe, ces chansons gardent une valeur documentaire indiscutable. Elles forment une recueil instructif, une petite histoire anecdotique des mœurs des Cénacles du Quartier Latin. Elles expliquent et complètent l'œuvre artistique de la Plume. On y suit pas à pas l'évolution des esprits. Elles marquent une époque curieuse dahs l'histoire des lettres depuis le moment où tout Saint- Denis, révolutionné, se mettait aux fenêtres pour voir passer les « décadents >> jusqu'au moment où le vagabond Verlaine recevait, dans un galetas du quartier Saint-Jacques, au milieu de l'élite de la Jeunesse, par l'organe du comte Robert de Montesquiou-Fézensac, les hommages de la Noblesse de France.
Jean Moréas (i), parlant de Cazals, dit :
(i) La Vu d'un poète (Feuilleton do la GazetU de France du mardi i6 juillet 1907).
<< ...Le regretté maître Eugène Carrière fit un jour un beau portrait de Verlaine. Il le montre ascétique et contrit, sans doute à cause de ses poésies dévotes. Cette expression n'était pas étrangère au poète ; toutefois, son air vrai fut plutôt cavalier et cape espagnole, ou bien encore paysan selon nos Joyeux Devis, moitié gothiques, moitié renaissance.
« Enfin, les années de misère avaient ajouté à la physionomie de Verlaine le facétieux tortillement de bouche du vagabond sublime.
Ainsi le représentent avec autorité les dessins ou pastels de Cazals. Le musée du Luxembourg en possède un, très enlevé : c'est Verlaine, en tenue d'hôpital, fumant sa pipe. Sur im autre, qui est au musée de Nancy, on le voit dans sa légendaire chambre meublée de la rue de Vaugirard : il travaille couché, un pli drôlement gravé au front. >>
F. -A. Cazals restera comme l'iconographe des décadents. Il a fixé pour la postérité quelques aspects familiers de Verlaine. Je me suis fait loi de le proclamer dans cette ballade dont on voudra bien me pardonner le ton humoristique, tellement de circonstance :
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