LUTÈCE
La Nouvelle Rive Gauche, qui paraissait depuis novembre 1882, prit le nom de Lutèce en avril 1883. Le directeur en était Léo Trézenik et le secrétaire de la rédaction Georges Rail. Les bureaux furent, successivement, 63 his rue du Cardinal-Lemoine, 83 rue Vaneau, et 16 boulevard Saint-Germain. C'était une publication hebdomadaire, format journal, de quatre pages. Sa rédaction était très éclectique. Tous les genres y faisaient bon ménage. « La consigne est de blaguer », écrivait Louis Dumur, qui y publia les chapitres de son roman Albert, d'un ordre pourtant sévère. L'inspiration de ce roman était assez pessimiste, ce qui n'empêchait pas M. Dimiur de répondre à un critique allemand, qui avait pris son œuvre pour « un vulgaire et romantique emballage >> : << Je n'ai pas voulu autre chose que de vous épater >>, et il ajoutait : << Tl n'y a rien qui me fasse rigoler comme de voir pester les gens rageurs ». Pourtant personne ne s'est avisé jusqu'ici de ranger M. Dumur parmi les auteurs frivoles. Willy tenait à Lutèce la rubrique des
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théâtres. Robert Caze y publiait des nouvelles dans le goût réaliste. Jean Moréas ne dédaignait pas d'y rendre compte, avec quelque complaisance, de la Chair d'Oscar Méténier. C'était, entre ceux des deux écoles qui se rencontraient au café, un échange courtois de bons procédés. Georges Rail et Léo Trézenik y écrivaient des chroniques pleines d'entrain, mais qui ne se piquaient point de renouveler la littérature. Pourtant, c'est là que Jules Laforgue publia ses Complaintes d'un tour si particulier. Jean Moréas y donna ses Syrtes. Laurent Tailhade, allant du grave au doux, du plaisant au sévère, y insérait, à côté de strophes d'un symbolisme flamboyant, ses Quatorzains d'été où il se parodiait lui-même, à l'exemple de Paul Verlaine. C'est à Lutèce que débutèrent Charles Viguier,Paul Adam,Rachilde, Georges d'Esparbès, Henri de Régnier, Francis Viélé-Grifi&n. J 'y débutaimoi-même avec ce sonnet: