‹ La mêlée symboliste (volume 2)Chapitre 9 sur 38 · A TRIANON · texte numérisé non relu

A TRIANON

Je trouve un charme étrange à tes longues allées Qui s'ouvrent en ogive à l'horizon vermeil, A tes bassins de pierre usée où le soleil N'éclaire plus qu'un tas d'herbes échevelées.

Certes, tu n'as gardé de l'antique appareil Aucune chose en toi qui ne soit mutilée, Mais la fleur d'Idalie, à tes ronces mêlée, De ta naïade lasse embaume le sommeil.

O jardins alignés où roucoulait Léandre,

Que l'amour emplissait de sa voix douce et tendre.

Je ne sais quoi de triste à vous voir me revient,

Et ma mélancolie évoque sous vos arbres Où dort enseveli le peuple blanc 4es marbres Un menuet conduit sur un rythme ancien.

Trianon me reste cher, non seulement par des souvenirs d'histoire et de lectures, mais par des souvenirs d'enfance. Dès l'âge le plus tendre, j'y passais mes vacances d'écolier, chez le brave Morineau, chef des gardes, ami de mon père, dans son logement de Trianon-sousbois. J'y gagnai de connaître un Trianon ignoré qui n'est pas celui d'aujourd'hui. On ne l'avait pas encore restauré. Les pavillons se délabraient et le grand parc restait fermé. Ce parc, à l'abandon, offrait à l'enfant rêveur que j'étais le silence de ses ombrages et la mélancolie de ses ruines. Je m'y égarais tantôt seul, tantôt accompagné d'enfants de mon âge (ceux des gardes et du personnel de service). Toutes ces richesses étaient à nous. Aucune grille, auciine porte i^e nous résistaient. Nous nous amusions à faire jouer l'eau des bassins, à pénétrer dans les recoins les plus secrets. Nous disions, par jeu, la messe dans la chapelle et nous donnions aux plus petits la comédie dans la salle de théâtre, aux fauteuils de velours bleu,

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