‹ La mêlée symbolisteChapitre 9 sur 15 · LE SYMBOLISME ÉSOTÉRIQUE IO · texte numérisé non relu

LE SYMBOLISME ÉSOTÉRIQUE IO

tion, de s'affranchir de Tespace et du temps, et de se réaliser dans l' unité en s'idonti fiant à Dieu. L'opération s'accomplit dans l'extase. Cet état d'extatique clairvoyance advient accidentellement à quelques natures privilégiées. Il est le signe du génie. On dit alors que Dieu descend chez l'homme et visite sa créature, mais le Mage entend monter vers Dieu à sa fantaisie et s'installer dans sa familiarité. Cette faculté ne se peut acquérir que par l'état de sainteté. La voie est longue et douloureuse. Les plus pressés ont recours aux narcotiques qui les délivrent artificiellement de leurs liens charnels. C'est à la morphine et à l'opium qu'ils demandent leur passeport et leur billet d'aller et retour pour ce voyage à travers l'infini. La tentation est forte. Stanislas de Guaita n'a pas su y résister. Il n'a pas même obtenu la permission d'achever son œuvre, ni de faire ses révélations suprêmes. L'Astral ne souffre pas l'atteinte des mains sacrilèges. L'ombre a gardé son secret. On n'achète pas l'extase. Il faut la mériter. Son exemple n'a point découragé les autres. Il est vrai que tous ne se confient point aux toxiques et ne s'en servent point pour cambrioler l'arcane. L'occultisme continue à fasciner les esprits. Tous les symbolistes s'en inspirent plus ou moins. Charles Morice qui veut être leur protagoniste écrit : « Les sciences occultes constituent un des principaux angles fondamentaux de l'Art. Tout vrai poète est d'i^istinct un initié. La lecture des grimoires éveille en lui des secrets dont il avait eu toujours la connaissance virtuelle. >> Il aurait pu ajouter, en guise d'exemple, que les plus grands génies poétiques dont s'honore l'humanité, Lucrèce, Virgile,

Dante, Shakespeare, Gœthe, furent instruits de ia^ gnose (i). ''^

(i) N'oublions pas que Racine faillit être impliqué clans un procès de sorcellerie, qu'on l'accuse d'avoir pris part à l'affaire des messes noires, au temps de la Montespan, ce qui lui valut la disgrâce royale et que Victor Llugo, adepte du spiritisme, se plaisait à faire tourner les tables à Guernesey, ce qui démontre une fois de plus la pente irrésistible du génie à s'égarer dans les avenues du mystère.

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