‹ La mélopée antique dans le chant de l'Église latine. Suite et complément de l'Histoire et théorie de la musique de l'antiquitéChapitre 12 sur 155 · XXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXX INTRODUCTION

quelques traits de chant : de tout temps les poètes et les musiciens ont mis à profit les trouvailles de leurs prédécesseurs.

En définitive le chant mélismatique est un style musical sin generts, d'une technique plus savante, partant d'une époque moins ancienne que le chant syllabique, dont il procède directement. Les cantilènes des antiennes de la messe et des répons prolixes sont composées sur les thèmes des antiennes simples et des intonations psalmodiqnes.

D. Morin voit les choses d'un point de vue tout opposé. « Il est aussi « facile », dit-il, -^ de concevoir une mélodie simple extraite d'une « mélodie ornée, qu'un morceau du genre orné amplifié d'après une trame « du genre simple »' {Vér. orig., p. 54). Cette affirmation me confond et je ne réussis pas à la comprendre. La broderie implique le canevas, me paraît-il, et je ne sais comment on s'y prendrait pour extraire d'une variation un thème qui n'y serait pas contenu implicitement.

D'après le système de l'érudit moine de Maredsous, toutes les fois qu'une cantilène existe sous les deux formes, — et la cliose est fréquente, — la version simple serait la plus jeune. Ainsi l'antienne Dnm médium silentium, telle qu'elle est chantée dans l'office, dériverait de l'introït commençant par les mêmes mots; il en serait de même pour l'antienne Viri Galilaei et pour tous les cas analogues. Mais alors, en bonne logique, il faut admettre que les intonations psalmodiques proviennent de la simplification de la mélodie des versets responsoriaux de l'office nocturne, car on ne peut nier que des deux côtés le thème fondamental ne soit identique dans sept modes sur huit.

Mes adversaires paraissent ne pas reculer devant cette conséquence énorme, car ils s'accordent à faire remonter la pratique de la mélopée ornée jusqu'à l'institution même du chant chrétien. « Comment se fait-il, » demande D. Morin, « que les pièces de chant dont l'antiquité est le mieux « établie soient précisément celles dont la mélodie surpasse toutes les « autres en richesse? » {Vér. orig. y p. 51.) De son côté M. l'abbé Duchesne écrit : « Jusqu'au déclin du IV^ siècle le psaume était toujours exécuté en « solo, et sans doute avec des modulations assez compliquées » (Orig. du culte chrétien, p. 107). D. Kienle croit savoir que l'abréviation des mélodies eut lieu au VIP siècle {Viertelj., p. 118). Seulement D. Morin ne désigne

' C'est sans doute le souvenir des abréviations médicéennes qui a mené D. M. à cette idée singulière. En ce cas, je lui rappellerai qu'au XI'' et au XII^ siècle on a diminué la longueur des chants de la messe, non pas en abrégeant les traits mélodiques, mais d'une tout autre façon. Au graduel on n'a conservé qu'un seul verset, à l'offertoire on les a retranchés tous. De même à l'introït, le premier verset du psaume a été maintenu; à la communion le psaume a été supprimé en entier.

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aucun de ces morceaux dont le témoignage serait effectivement décisif en sa faveur, si l'antiquité de leur forme musicale était établie aussi bien qu'il le prétend'. Et M. l'abbé Duchesne, tout comme D. Kienle, néglige de dire sur quelles autorités ou quels indices il fonde son dire.

Des assertions gratuites ne se discutent point. Jusqu'à ce que mes honorables contradicteurs aient justifié leur manière de voir par des documents sérieux ou des raisons plausibles, je me refuserai à croire qu'au temps de Léon le Grand et de saint Benoît, alors que la tradition antique était encore vivante, les textes sacrés fussent déjà noyés sous le flot des mélismes et rendus presque inintelligibles à l'auditeur. Comme cela eût mal cadré avec les paroles de saint Jérôme ; « Que le serviteur « du Christ chante de manière à impressionner non par des accents, mais « par les paroles prononcées. » Je continuerai donc à voir dans les cantilènes fleuries du Graduel le produit d'une technique vocale arrivée presque au raffinement, l'œuvre de mélographes qui commencent à se préoccuper d'expression dramatique, au risque de tomber dans le maniéré, l'artificiel^.

» Pour ma part, j'avoue ne connaître, en fait de chants explicitement nommés avant la fin du VJe siècle, que le Te deiiin, le Te decet laiis, l'antienne Ecce advenit dominator (ci-après p. 168) et quelques hymnes ambrosiennes; or, rien de tout cela n'est mélismatique aujourd'hui. — D. Morin attribue à saint Benoît la distinction des répons brefs et des répons prolixes. Voici ce que la Règle bénédictine nous apprend à ce sujet. Dans le paragraphe consacré à l'office nocturne per anniun (c. 9), elle nomme les répons sans leur adjoindre une épithète. Plus loin (c. 10), réglant le programme de cet office pendant les nuits d'été, elle permet des répons courts (responsoria breviaj, mot qui ne me paraît pas avoir là une acception technique. En tout état de cause, ces passages ne nous apprennent rien au sujet de la mélopée des deux sortes de répons.

2 Cette tendance se traduit d'une manière très curieuse dans un des morceaux les plus récents de VAntiphonale missarum, le répons-offertoire du XXIe dimanche après la Pentecôte. Voici le texte du morceau entier, d'après VAutiphonarus gregorianus et les mss. neumés antérieurs à Guy d'Arezzo. Nous reproduisons dans la note E de l'appendice la mélodie complète d'après un ms. du XlIIe siècle, appartenant à la bibliothèque municipale de Reims.

Ojfertorium. « Vir erat in terra [Hus] nomine Job, simplex et rectus, ac timens Deum, « quem Satan petiit ut tentaret, et data est ei potestas a Domino in facultate et in « carne ejus, perdiditque omnem substantiam ipsius, et filios, carnem quoque ejus gravi « ulcère vulneravit.

Vers. I. « Utinam appenderentur peccata mea, — utinam appenderentur peccata mea, « quibus iram merui, — quibus iram merui, — et calamitas, — et calamitas, — et « calamitas quam patior, haec gravior appareret. »

Vers. II. « Quae est enim, — quae est enim, — quae est enim fortitudo mea, ut « sustineam? aut quis finis meus, ut patienter agam ? »

Vers. III. « Numquid fortitudo lapidum est fortitudo mea? aut caro mea aenea est? — « aut caro mea aenea est? »

Vers. IV. « Quoniam — quoniam — quoniam non revertetur oculus meus, ut videam

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