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Les deux premières lignes ont contenu la fin de la partie péonique dont le fragment antérieur nous a conservé quelques lambeaux. De même que dans le grand hymne, les dernières phrases de la mélodie quinaire se maintenaient dans la région suraiguë de la voix d'homme. Deux fois nous voyons la cantilène atteindre le degré le plus élevé du topos nétoïde.
A la troisième ligne commençait la section finale de l'œuvre, nettement séparée de la précédente par le mètre et le rythme. Nous avons ici une mesure choréique, dansante (Vs)» d'allure en quelque sorte populaire' : une suite de 14 membres tétrapodiques, petits vers glyconiens enchaînés sans pause {versus nexi), et formant un couplet unique, un système à la manière de certains chants de l'ancienne comédie attique. La mélopée redescend au registre moyen de la voix, s'étendant vers la fin jusqu'à l'indicatrice des graves. L'échelle parcourue dans la composition entière est d'une dixième. C'est encore une monodie, à notre avis, et probablement un hyporchème que nous retrouvons dans le second hymne, le dernier des monuments musicaux de Delphes qui ait été publié avant l'impression de ces lignes^.
Note B (p. 60). — TEXTES RELATIFS A LA MUSIQUE PROFANE DEPUIS LE VI^ SIÈCLE JUSQU'AU XI^.
Bien que mes extraits ne soient guère nombreux, comme ils proviennent en général de documents rarement maniés par les musicologues, il m'a semblé de quelque utilité de les réunir ici. La littérature que j'ai
1 Nous avons transcrit le chorée irrationnel (— >-) par la notation ( i J ^)
employée dans notre Histoire de la musique de Vantiquité. Ce spondée apparent ne remplace le trochée régulier, ternaire ( ^ I M, que dans les mesures ou pieds qui précèdent le dactyle cyclique ( \ 1^ iV
2 En ce moment même M. Th. Reinach m'annonce la publication imminente d'un nouvel hymne delphique.
dû étudier pour l'histoire du chant liturgique est contenue en grande partie dans la Magna hihliotheca veterum Patrum et les Sacra Concilia de Labbé, collections qui ne sortent pas de la sphère strictement ecclésiastique. Il est un autre genre d'écrits qui, par sa nature même, est amené parfois à toucher à la vie mondaine et qui peut-être donnerait une moisson moins chétive pour notre sujet, c'est l'hagiographie bénédictine recueillie par Dom Mabillon.
Sans m'astreindre à traduire mes textes lorsqu'ils ne renferment aucun détail technique, je les reproduirai en les rangeant sous deux chefs : i° chant, 2° instruments.
I. Les documents ne parlent pas seulement de chants exécutés par des hommes, mais aussi de chœurs de femmes; les uns et les autres étaient accompagnés d'instruments et souvent aussi de danses.
Concile d'Auxerre (578) : « Non licet in ecclesia choros saeculariwn vel « puellarum cantica exercere. » (Labbé, 55. Concilia, t. V, p. 958.)
Venance Fortunat (avant 587) : « Quadani vice obumbrante jam noctis « crepusculo, inter choraulas et citharas dum circa monasterium a saecula- « rihiis multo fremitu cantareiur et sancta (Radegundis) duabus testibus « perorasset diutius, dicit quaedam monacha sermone joculari : Domina, « recognovi imam de meis canticis a saltantibus praedicari. Cui respondit : « Grande est si te dilectat conjunctum religioni audire stridorem saeculi, « Adhuc soror pronuntiat : Vere, Domina, diias et très hic modo meas « canticas audivi, quas teniii. Sancta respondit : Testor Denm me nihil « audisse modo saeculari de cantico. Unde manifestum est, ut carne licet « in saeculo, mente tamen esset in caelo. » {Vita 5. Radegundis reginae, Mabillon, Acta SS. ord. 5. Bened., t. I, p. 73, § 36.)
Concile de Tolède (589) : « Exterminanda omnino est irreligiosa con- « suetudo, quam vulgus per sanctorum solemnitates agere consuevit, ut « populi, qui debeant officia divina attendere, saltationibus et turpibus « invigilent canticis. » (Labbé, 55. Concilia, t. V, p. 10 14.)
Saint Grégoire (5oo) : poésies païennes chantées par des ecclésiastiques (voir ci-dessus, p. 79, note i).
Concile de Cavaillon (650) : « Valde omnibus noscitur esse indecorum, « quod per dedicationes basilicarum, aut festivitates martyrum, ad ipsa « solemnia confluentes, chorns femineus turpia quaedam et obscoena cantica « decantare videntur. » (Labbé, 55. Concilia, t. VI, p. 391O
Saint Boniface, lettre au pape Zacharie (742) : « Affirmant se vidisse « annis singulis (Alemanni vel Bagorii) in Romana urbe et juxta eccle - « siam in die vel nocte, quando kalendae januarii intrant, paganorum « consuetudine choros ducere per plateas et acclamationes ritu gentilium
« et cantatiojtes sacrilegas celehrare. ■» (Patrol. lat. de Migne, t. 89,
Concile de Rome (743) : « Ut nullus kalendas januarias et Broma
« colère praesumpserit,.. . aut per vicos et plateas cantationes et choros
« ducere. » (Labbé, SS. Concilia, t. VI, p. 1548.)
Statuts de saint Boniface (743) : « Non licet in ecclesia choros saecula- « riiim vel piiellariim cantica exercere. » (Patrol. lat. de Migne, t. 89, « p. 822.) Qui in blasphemiam alterins cantica composiierit vel qui ea canta- « verit, extra ordinem judicetur. » (Patrol. lat. de Migne, t. 89, p. 828.)
Les productions de la muse profane pénétraient dans les monastères, ainsi que nous l'apprennent deux décrets du Concile de Cloveshoe (747). Canon XII : « Ut presbyteri saecularinm poetarum modo in ecclesia non « garriant, nec tragico sono sacrorum verborum compositionem ac « distinctionem corrumpant vel confundant, sed simplicem sanctamque « melodiam, secundum morem Ecclesiae sectentur. » Canon XX : « Ut « non sint (monasteria) ludicrarum artium receptacula, hoc est poetarum, « citharistarum, musicorum, scurrariim. » (Labbé, SS. Concilia, t. VI,