V III I
Accord dorien.
^ « Comme l'harmonie dorienne se distingue entre toutes par sa noblesse, Platon lui * donna la préférence (pour l'éducation de la jeunesse). Il n'ignorait pas qu'Alcman, « Pindare, Simonide et Bacchylide ont composé en doristi, non-seulement des parthénies « Cchœurs déjeunes filles), mais aussi des prosodies et des péans, et qu'on s'est même « servi de ce mode pour des monodies de théâtre, voire pour des chansons erotiques. « Mais, quant à lui, il se contentait des nomes à Ares, à Athéné, et des mélodies spon- « daïques. » Plut, de Mus., ch. 17.
2 Plus haut j'ai compté en tout neuf chants antiques conservés (p. 345, note 3), comprenant dans ce nombre la mélodie pindarique, dont la non-authenticité n'est pas encore démontrée, et attribuant à deux morceaux distincts les derniers fragments musicaux de Delphes.
3 II se peut que le thème 38 {Alliga, Domine) fasse exception. L'indicatrice (G) n'y figure qu'à titre de son transitoire, en sorte que le nome fondamental pourrait appartenir au genre commun (E t} c fa a FE).
Cette forme simple du dorien, qui nous est transmise par les plus récents monuments de l'art antique, et que, de nos jours encore, nous entendons résonner dans le Te Deuni, dans le Pange lingtia, dans le beau chant du samedi saint, Exsultet jam angelica itirba, est aussi la doristi des temps primitifs de la Grèce. D'après Aristoxène, ce fut en retranchant un degré de cet octocorde qu'Olympe, le musicien mythique de la Phrygie, découvrit le genre enharmonique (ci-dessus p. 12g, note 2), Dans l'histoire des arts, comme dans l'existence humaine, vieillesse et enfance se ressemblent.
b) Le fragment choral d'Euripide et certains passages des hymnes delphiques nous offrent des spécimens du dorien chromatique. La tierce de l'accord modal disparaît, remplacée par l'indicatrice chromatique des moyennes {fa^z)' Par là l'octave dorienne perd un de ses principaux sons d'arrêt; l'accord modal est privé de sa médiante.
I Tétr. chrom. des moyennes.
Mèse, Hyp.
la faj fat} mi
Tétr. diat. des disjointes.
Nète.
Param
mi
ré ut
SI
Quinte dorienne.
c) La section initiale du premier hymne de Delphes et tout le second, sauf les sections 4 et 7, montrent une octave dorienne dont le tétracorde inférieur, converti en tricorde, est absolument dépourvu d'indicatrice, et ne renferme en conséquence que les sons communs aux trois genres^.
Tétr. diat. des disjointes. | Tétr. commun des moyennes.
Nète. Param. Mise. Hyp.
mi ré ut si la fa mi
Quinte dorienne.
C'est là, au moins dans la partie inférieure de l'octave, l'enharmonique primitif créé par Olympe % le seul que la voix humaine ait jamais été capable d'entonner avec sûreté. Au reste cet enharmonique non-pycné
1 "Le genre commun (ysvos -koivÔv), mentionné- dans les Fragments harmoniques d'Aristoxène (Meib., p. 44), était, selon toute apparence, formé en entier de tricordes ainsi construits [mi — ut si, la — fa mi). Il est au moins certain que la théorie pré-aristoxénienne, d'accord avec la notation, ne reconnaissait qu'un seul degré variable dans chaque tétracorde, à savoir l'indicatrice. Voir la division tétracordale d'Archytas le pythagoricien dans Ptolémée, 1. I, ch. 13.
2 « En composant le nomos spondeios, Olympe ne mêla rien dans sa mélodie qui fût « particulier au genre diatonique, ou au chromatique, ou à l'enharmonique (pycné). » Plut, de Mus., ch. 11.
continuait à se pratiquer dans la musique instrumentale au temps d'Aristoxène' (v. 300 av. J. C).
d) Enfin le premier hymne delphique exhibe une quatrième disposition du tétracorde inférieur, celle-ci entièrement insolite et inconnue à tous les musicistes gréco-romains. L'indicatrice diatonique y est remplacée par une note plus aiguë d'un demi-ton, par un degré pris dans une échelle tonale hétérogène. Au lieu d'une médiante mineure, l'accord dorien prend une tierce majeure (ci-dessus pp. 398-399).
Tétr. diat. des disjointes. |
Nète. Param
mi ré ut si
Téfr
chrom
irrég
Mise.
Hyp
la
soZft
IIIÎÎ
fa
MI
Accord dorien majeur.
Nous avons donné en 1875 le nom de néo-chromatique à ce tétracorde irrégulier {Mus. de Vant., t. II, p. 292-293), qui entre dans notre gamme mineure, et tient une large place dans la mélopée des peuples modernes de l'Orient. Son emploi constaté en Grèce deux siècles avant l'ère chrétienne est un fait considérable, et soulève des problèmes multiples, difficiles, que je n'ai pas à examiner ici.
En somme tout l'élément variable de l'échelle dorienne est compris dans la quinte modale, l'intervalle fondamental de l'harmonie. Quant à l'intervalle complémentaire de l'octave, la quarte aiguë, elle est immuablement diatonique.
III. Parcours de la mélopée dorienne. Il coïncide rarement avec l'octave modale. Presque toujours la réplique aiguë de la fondamentale est absente; souvent aussi le septième degré passe à l'octave inférieure, où il devient sous-tonique, en sorte que l'étendue ordinaire de la doristi dépasse seulement la quinte d'un degré à l'aigu et d'un degré au grave.
(mi ré \
VIII viy
Quinte modale.
Param.
Mèse.
Hyp.
Ut SI
la
(sol)
fa MI
re
VI v
(III