‹ La mélopée antique dans le chant de l'Église latine. Suite et complément de l'Histoire et théorie de la musique de l'antiquitéChapitre 15 sur 155 · LES MODES ET LES TONS GRECO- ROMAINS · texte numérisé non relu

LES MODES ET LES TONS GRECO- ROMAINS

Section I. — Constitution de V échelle coiiimnne dans les gemmes diatonique

et chromatique.

§ I. L'échelle commune du genre diatonique des Grecs, point de départ de leur doctrine musicale, parcourt deux octaves, étendue qu'elle avait déjà atteinte au temps de Périclès'. En théorie, cette succession de sons n'a pas de hauteur absolue. Nous la transcrivons ci-après dans l'échelle sans dièses ni bémols, et dans les diverses notations médiévales et modernes dont il sera fait usage au cours de ce travail. Conformément à l'usage des Anciens, nous la disposons de l'aigu au grave^

p===^jg="=g— -■=i=.='^

aagfed çi^aG FEDCHA

la sol fa mi ré ut si la sol fa mi ré ut si la

Exposons brièvement le principe générateur de cette série de sons, ainsi que son mode pratique de production depuis l'invention des instruments à cordes jusqu'à nos jours.

1 Damon, le maître de musique de Périclès, a établi l'octave hypolydienne (Plutarque, de Mus. ch, i6), ce qui implique la connaissance du tétracorde supérieur.

2 « En procédant du grave à l'aigu, on va de la fin au commencement, on marche à « rebours. » Aristote, 33e problème musical. Voir mon Histoire et théorie de la musique de l'antiquité (ouvrage qui dans la suite sera désigné par l'abréviation Mus. de Vaut.), t. I, p. 378.

a CH. I. — ÉCHELLE COMMUNE.

§ 2. La consonance, impression agréable que procure l'émission simultanée de deux sons «'exprimant par un rapport numérique très simple (1:2, 2:3, 3:4, 4:5, 5:6), est la source de toute musique. Chez les nations modernes de l'Occident elle a donné naissance à l'harmonie simultanée, partie essentielle de notre art et l'un de ses plus puissants moyens d'expression. Chez les Grecs et les Romains, qui ne connaissaient que les manifestations les plus élémentaires de la concordance des sons, la polyphonie n'eut qu'un rôle accessoire et intermittent dans l'art pratique. Mais de même qu'à l'époque actuelle, la consonance est dans l'antiquité la génératrice de l'échelle musicale.

§ 3. Tous les degrés de l'échelle commune, soit diatonique, soit chromatique, se produisent par un mélange de consonances parfaites : une progression d'octaves, de quintes et de quartes S dont le point de départ chez les Anciens est la (a), son central de la série, dit mese = corde médiane^.

Voici comment s'enchaînent les consonances :

I. On part de la mèse (a), et l'on prend son octave supérieure (aa), puis son octave inférieure (A); l'on atteint ainsi les deux degrés extrêmes de l'échelle antique : en haut la îtète hyperboléon (la dernière des cordes aiguës), en bas le bombos (bourdon) ^ appelé par les théoriciens proslambanomene (corde complémentaire). L'étendue entière du système se trouve ainsi divisée en deux octaves :

'asi{la), iiète, la dernière corde à l'aigu.

Octave supérieure Octave inférieure

— a (la), nièse, la médiane.

A (la), bombos, le bourdon 3.

IL Partant à nouveau de la mèse (a), on prend sa quarte

1 C'est le procédé de nos accordeurs d'instruments à clavier. Pour les Grecs cela s'appelait « détermination par consonance » [Xr^^i; Siâ tri.'jacf'cyv/aç). Aristox., Harmon. éd. Marquardt, p. 80; Westphal, Aristoxenus Melik u. Rhytmik (Leipzig, Abel, 1883), p. 292; Euclide, Sect. Can., Meib., pp. 35, 36.

2 (I La corde du milieu est Yhégémon, le conducteur. » Aristote, 33^ probl, musical. Mus. de Vaut., t. I, p. 378.

3 Euclide, Sect. Can., Meib., p. 37. Aristote [Metaph. L. XIII, ch. 6), dit bombyx, et désigne par là le son le plus grave de l'étendue instrumentale, de même que le mot nUe signifie souvent le son le plus aigu d'une échelle quelconque.

grave (E), puis sa quinte aiguë (e) ; l'on obtient ainsi une octave moyenne (E — e) qui partage chacune des deux octaves extrêmes en une quinte au grave (e — a, E — A) et une quarte à l'aigu (aa — e, a — E), tandis que l'octave moyenne a sa quinte à l'aigu (e — a) et sa quarte au grave (a — E).

Octave supérieure.

Octave inférieure

aa

Octave moyenne.

Page 1