‹ La mélopée antique dans le chant de l'Église latine. Suite et complément de l'Histoire et théorie de la musique de l'antiquitéChapitre 2 sur 155 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

« et ses thèmes mélodiques à la pratique musicale du temps de « l'empire romain, et particulièrement au chant à la cithare (ou « citharodie), genre de musique qui, jusqu'au VP siècle de notre « ère, a tenu dans la vie privée des Romains une place analogue « à celle qu'occupe parmi nous le Lied avec accompagnement (• de piano. Comme la langue latine, la musique gréco-romaine « est entrée de plain-pied dans l'Eglise catholique, et s'y est « continuée telle quelle, à part la suppression de tout élément « instrumental. Vocabulaire et syntaxe sont les mêmes chez le « païen Symmaque et chez son contemporain saint Ambroise ; « modes et règles de la composition musicale sont identiques « dans les hymnes que Mésomède adresse aux divinités du « paganisme et dans les cantilènes des mélographes chrétiens'. « Les plus anciens monuments du chant liturgique remontent à « l'époque où les formes du culte public dans l'Eglise latine « commencent à prendre des contours arrêtés pour nous : aux « confins du IV^ et du V^ siècle ». Au delà le chant chrétien, comme la liturgie elle-même en grande partie, est une terra incognita^ ; il peut fournir la matière de dissertations oratoires, suggérer des conjectures plus ou moins ingénieuses : il ne donne pas prise à la recherche historique.

L'ouvrage que nous présentons ici a pour but de démontrer et de développer les précédentes propositions à l'aide de tous les moyens d'investigation actuellement à notre portée. Afin de rendre nos démonstrations aussi probantes que possible, nous avons pris dans le répertoire liturgique toute une classe de chants, les antiennes des Heures, que nous avons mises en

' Voici ce que j'écrivais en 1880 au sujet de ces restes de la musique gréco-romaine, les seuls que l'on connût alors : « La mélodie offre un grand caractère de simplicité; « elle est strictement diatonique sans aucune métabole, tout comme les chants citharo- « diques antérieurs aux innovations de Phrynis et de Timothée. Il faut donc admettre « que du temps d'Hadrien une réaction s'était produite parmi les musiciens dans le sens « de l'archaïsme, ce qui est conforme à l'esprit général de l'époque des Antonins et « à celui de la poésie de Mésomède. » Histoire de la musique de Vantiquité, t. II, pp, 617- 618. J'ai eu la satisfaction de voir mes idées pleinement confirmées par les découvertes musicales faites récemment à Delphes.

2 « Qualis fuerit quatuor primis Ecclesiae saeculis Romanae ecclesiae liturgia in « sacrificio ineffabili, frustra quaeras. » Muratori, Liturgia romana vêtus, Venise, 1748, t. I, p. 10.

INTRODUCTION. vu

parallèle, quant à la facture musicale, d'une part avec les restes notés de l'époque des Antonins, d'autre part avec les doctrines harmoniques de l'antiquité.

Nous avons limité notre examen comparatif aux antiennes de l'office, les considérant comme la seule catégorie de productions qui puisse servir de point de départ à une exploration scientifique du trésor des mélodies chrétiennes. Les motifs de notre préférence sont les suivants.

En premier lieu, les susdits chants sont ceux dont nous pouvons, en remontant le cours des âges, suivre les vestiges le plus loin, sans cesser d'être guidés par des documents écrits. Non-seulement nous voyons apparaître déjà vers le milieu du IX" siècle des catalogues oii les mélodies antiphoniques sont classées d'après leurs modes, leurs sons initiaux, et notées partiellement en neumes; nous possédons encore une assez grande quantité d'antiennes transcrites dès cette époque dans une notation exprimant des intervalles précis : fait des plus considérables pour quiconque sait que, vers la fin du X^ siècle, les cantilènes liturgiques ont subi de nombreuses altérations modales. En ce qui concerne les morceaux autres que les antiennes, les renseignements musicaux sont loin d'être aussi étendus. A la vérité, les chants développés et ornés de l'office et de la messe (répons nocturnes, graduels, offertoires, introïts, communions, etc.) figurent déjà en abondance dans les manuscrits du IX^ et du X^ siècle, mais uniquement notés en neumes, donc indéchiffrables par eux-mêmes^ En outre, les premiers écrivains didactiques s'en

I Une mélodie indiquée par des neumes ne devient lisible qu'à l'aide d'une traduction en notation diastématique : sur la portée, ou par signes alphabétiques. Voir la Paléographie musicale des PP. Bénédictins de Solesmes, 1889, t. I, pp. 40, 47. Guy d'Arezzo compare les neumes à un puits sans corde, dont les eaux, pour abondantes qu'elles soient, ne peuvent abreuver aucun être humain. Ibid., p. 108. Tout en reconnaissant hautement le service que les Bénédictins ont rendu au chant liturgique par leur belle publication archéologique, nous ne pouvons nous rallier à leur méthode d'investigation qui, sous une apparence d'exactitude rigoureuse, est en réalité aussi peu scientifique que possible. Négligeant systématiquement les précieux renseignements contenus dans la littérature anté-guidonienne (Aurélien de Réomé, Réginon de Prum, Hucbald, VEnchiriadis, la Commemoratio pseudo-hucbaldienne), ils se contentent de traduire les plus anciens documents neumatiques par des versions diastématiques postérieures à Guy d'Arezzo, sans tenir compte des transformations modales que mainte mélodie a subies entre le IXe et

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