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saint Grégoire le Grand dans la compilation ou la composition des cantilènes du rituel romain. Nulle part je n'ai réussi à découvrir une trace authentique de l'activité du grand pape sur ce terrain. Bien que le sujet du présent volume ne touche pas directement à la question grégorienne, — ce que les traditionalistes revendiquent surtout pour le saint pontife c'est l'élaboration de VAntiphonale missarum, — comme la date de la promulgation du double recueil liturgique domine toute la chronologie de cette histoire, j'ai cru devoir insérer ici, sous forme de note additionnelle, un compte rendu détaillé de la discussion intéressante soulevée par mon discours académique. Le lecteur sera ainsi mis en état d'examiner la question par lui-même, et de se faire une opinion raisonnée. Ce résumé, que je m'efforcerai de serrer le plus possible, me dispensera de reprendre le ton de la polémique au cours de mon livre.
La première réponse parut, signée des initiales de Dom Germain Morin, dans la Revue bénédictine de Maredsous, en février 1890, aussitôt après la publication de mon Discours dans les Bulletins de l'Académie de Belgique (t. 18, p. 453 et suiv.), en sorte que je pus insérer une réplique à l'article assez ému du savant religieux dans l'édition in extenso de ma dissertation {Les origines du chant liturgique de l'Église latine, Gand, Hoste, 1890, pp. 77-92).
Ma théorie hétérodoxe, qui se trouvait là précisée, accentuée, parut dès lors mériter une réfutation plus approfondie. En juillet 1890, D. Morin commença de publier dans la susdite revue une série d'articles, intitulée Les témoins de la tradition grégorienne, qu'il réunit plus tard en une seule brochure portant un nouveau titre : Les véritables origines du chant grégorien (Bureau de la Revue bénédictine, Abbaye de Maredsous, 1890, 74 pp.)- Dans ce travail, assurément remarquable, bien ordonné et contenant des textes inédits, l'écrivain entreprend de réfuter, point par point, tout ce qui dans ma manière de voir ne cadre pas avec la tradition reçue.
De leur côté les PP. Bénédictins de Solesmes firent paraître presque en même temps une brochure anonyme, Un mot sur l'Antiphonale missarum (Solesmes, imprimerie Saint-Pierre, 1890, 36 pp.), où, tout en évitant avec soin de prononcer mon nom et de transcrire le titre de mon écrit, ils s'attachent consciencieusement à démolir mon système historique et à défendre l'opinion traditionnelle. Écrit plein d'érudition,
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non moins instructif que le précédent, il renferme une observation très importante relativement aux textes des antiennes de communion chantées aux fériés du carême.
Au cours de la même année et de la suivante, mon Étude donna encore matière, dans les revues et journaux de France, d'Allemagne et de Belgique, à plusieurs comptes rendus et articles de critique moins étendus : sympathiques en général à mes idées, ceux de provenance laïque; défavorables, ceux d'origine ecclésiastique. Parmi les articles de cette dernière catégorie, les seuls qu'il y ait lieu de mentionner ici, voici tous ceux qui me sont tombés sous la main.
Le P. Grysar, de la compagnie de Jésus : Hat Gregor der Grosse den Kirchengesang reformirt? dans le Zeitschrift fiir K. TheoL, Inspruck,
1890, 2^ trim., pp. 377-380. Critique très modérée. Ne contient rien qu'on ne trouve dans le premier article de D. Morin.
Le P. Souiller, S. J., note dans les Études religieuses, revue mensuelle publiée par les PP. Jésuites, Paris, Retaux-Bray, T. I, n° 7 (31 juillet 1890), p. 490.
L'abbé L. Duchesne, membre de l'Institut de France, courte notice dans le Bulletin critique, Paris, 11^ année, n° i6 (15 août 1890), p. 315. — Un second article dans le n° 24 (15 décembre), p. 477. — En général réminent éditeur du Liber Pontificalis se contente de donner aux PP. Bénédictins un satisfecit, accompagné toutefois d'une réserve qui lui enlève toute portée ^
Le P. Ambr. Kienle, de l'ordre de saint Benoît, compte rendu dans le Vierteljahrsschrift fiir Musikwissenschaft, Leipzig, Breitkopf et Haertel,
1891, !«■■ trim., pp. 116-122.
J'ai examiné attentivement chacun de ces écrits avec la ferme volonté de m'affranchir de tout parti pris, et d'abandonner celles de mes opinions dont l'inconsistance me serait prouvée par des raisons convaincantes. Je me fais un devoir de déclarer que les brochures des religieux de Maredsous et de Solesmes m'ont été d'une lecture particulièrement intéressante et profitable. Mais en fin de compte, après cet examen, ma manière de voir ne s'est trouvée modifiée sur aucun point de quelque importance. Personne parmi mes contradicteurs n'a répondu victorieusement, ce me semble, aux objections capitales que j'ai élevées contre la crédibilité des traditions courantes relatives à l'institution du chant
ï « L'antiphonaire existait sûrement avant le VlIJe siècle. Maintenant est-il égale- « ment sûr qu'il remonte jusqu'à Grégoire le Grand ? » Bull. crit. du 15 août. Au fond c'est ma thèse, énoncée sous une forme interrogative.