IV. De plus dans le Propre du Temps
Six groupes de cinq antiennes, que le Responsale gregorianum assigne aux Laudes de la Sexagésime {Miserere met), de la Quinquagésime^ {Secundum mnltitudinem) et des quatre dimanches
« L'institution des les Vêpres, chantées la veille de la fête, n'est pas très ancienne (Amal. D& ord. antiph. c. 16). Elle semble dater du temps d'Hadrien I.
2 Aujourd'hui l'office romain récite les Vêpres du jeudi saint sans chant. A Trêves elles se chantent encore; du moins elles figurent dans l'antiphonaire de 1864.
3 Le calendrier ecclésiastique du commencement du VI^ siècle, tel que nous le fait connaître le sacramentaire dit léonien (Cf. Duchesne, Orig. du culte chrétien, p. 128 et suiv.), ne renferme que trois fêtes d'apôtres : des saints Pierre et Paul, de saint Jean l'Évangéliste, de saint André. Depuis le VII^ siècle cette dernière fête possède des antiennes tirées de la Passio S. Andreae.
4 Le Resp. greg., comme les antiphonaires modernes, inscrit en tête de cette série d'antiennes : de uno Martyre. Son office de phirimis Martyribus {Secus decursus aquarum) est visiblement plus récent; cinq des neuf antiennes ont été prises au premier. Nous concluons de là qu'il n'existait tout d'abord qu'un office unique {In lege Domini), chanté aussi bien pour plusieurs martyrs que pour un seul; en effet nous le rencontrons dans le Resp. greg. à la fête des Innocents. Peut-être même servait-il en outre pour les Vierges martyres; à la fête de sainte Agnès les psaumes correspondent à ses neuf antiennes. En tout cas les Nocturnes actuels des Vierges sont de la deuxième époque; ils ne contiennent que deux antiennes psalmiques [Specie tua et Adjuvabit). Les principaux martyrs de l'un et de l'autre sexe fêtés à Rome sous la domination gothique étaient saint Etienne, sainte Agnès, ss. Jean et Paul, saint Laurent, sainte Cécile, saint Clément. L'office de saint Jean Baptiste, avant d'avoir ses antiennes propres, empruntait probablement celles des Martyrs. Remarquez en effet que le Resp. greg. intitule la fête du 29 août : de Martyrio S. Johannis.
5 Le Resp. greg. donne les antiennes des Confesseurs à la fête du protomartyr saint Etienne; on sait qu'aux premiers siècles de l'Église l'épithète de Confesseur se décernait principalement à un martyr.
6 Amalaire ne mentionne que deux offices propres de Vêpres : à Noël et aux fêtes des Apôtres {De ord. antiph. c, 16). Il passe sous silence le jeudi saint.
7 Au IXe siècle l'office du dimanche de la Septuagésime, d'origine gallicane sans doute, était essentiellement alléliiiatique, plus qu'aucun office du temps pascal. A partir de ce jour-là jusqu'à Pâques, on supprimait, ou, selon une expression usitée en France, on enterrait V Alléluia. Plus tard Rome ajouta la Septuagésime à la période de pénitence; le Xle Ordo romanus, rédigé au commencement du XII^ siècle, dit : « Sabbato Septuagesimae ad Vesperum tacetur Alléluia » (Patrol. lat. de Migne, t. 78, p. 1037J. Les antiennes des Laudes de la Sexagésime furent alors assignées également au dimanche
i64 CH. VI. — CHRONOLOGIE DES ANTIENNES.
du Carême {Cor mundum, etc.). Evidemment la disposition de ces offices ne remonte ni au V^ siècle, ni même à la première moitié du VP. En ces temps-là Rome n'admettait aucun prolongement à la période quadragésimale', et les six groupes d'antiennes correspondaient probablement aux six dimanches compris dans la sainte Quarantaine. Après l'adoption de la période septuagésimale toute la série aura remonté de deux semaines, et les deux derniers dimanches (Passion et Rameaux) auront été pourvus de leurs antiennes actuelles, non psalmiques, sauf une exception à chaque dimanche.
§ 122. Dès l'époque de la domination gothique il y eut donc des cantilènes spéciales pour quelques-unes des grandes solennités de l'année, ainsi que pour les fêtes de certaines catégories de saints. La plupart de ces antiennes se chantaient aux trois veilles nocturnes, la partie de l'office la plus importante*, la plus développée et musicalement la plus variée, comprenant, outre sa psalmodie antiphonique, des Répons, cantilènes dialoguées entre un soliste et le chœur, auxquelles les chanteurs monastiques donnèrent par la suite une grande richesse de mélodie. Bien que moins étendue et célébrée avec un moindre éclat, sauf pendant la semaine pascale^, l'assemblée vespérale avait également à quelques jours privilégiés ses antiennes propres. Quant à l'office du matin {Gallicinium, Landes matutinaé), institué vers 400 au monastère de Bethléhem'', et devenu en Occident la principale
précédent. Il en est encore ainsi dans l'antiphonaire de Trêves, publié en 1864. Ce fut à une époque très moderne que les Laudes de la Sexagésime reçurent dans l'office romain leurs antiennes actuelles {Secundum magnant misericordiam, etc.).
1 Duchesne, Lib. Pont., t. I, p. 129, note 2.
2 A la fin du IVe siècle la synaxe nocturne était publique à Rome. « Tota ecclesia « nocturnis vigiliis Christum Dominum personabat, et in diversarum gentium linguis « unus in laudibus Dei spiritus concinebat. ».... S. Hieron, Ep. 48, ad Sabinianum diac. (éd. Plant., t. I, p. 103), écrite entre 385 et 420.
3 Les vêpres de la semaine de Pâques, telles que les décrit l'appendice de VOrdo romanus I, ne furent pas organisées avant le VII^ siècle. Mais le fond de leur programme doit être beaucoup plus ancien.
4 « Sciendum tamen banc matuti'nam, quae nunc observatur in occiduis vel maxime « regionibus, canonicam functionem nostro tempore in nostro quoque monasterio « primitus institutam, ubi Dominus noster Jésus Christus, natus ex virgine, humanae « infantiae suscipere incrementa dignatus, nostram quoque adhuc in religione teneram « et lactentem infantiam sua gratia confirmavit. » Cassien, De coen. instit. III, 4.
réunion de toute la communauté', il gardait à tous les dimanches et à toutes les fêtes du calendrier son caractère primitif, ses psaumes immuables^ invariablement accompagnés hors du Carême d'antiennes alléluiatiques. On constatera en effet, si l'on parcourt avec quelque attention le bréviaire romain, que, abstraction faite de la période comprise entre la Septuagésime et Pâques, les offices propres de Laudes n'ont jamais d'antiennes psalmiques, et qu'il en est de même pour les cantiques de l'Évangile à tous les jours de l'année qui figurent dans l'Antiphonaire. Nous pouvons conclure de là avec une entière certitude que durant la première époque (440-540) les psaumes des Laudes et les cantiques ne comportaient que des antiennes entièrement alléluiatiques , tant aux jours de fête qu'aux dimanches hors du Carême ^
§ 123. A la deuxième époque (après 540) il n'en est plus ainsi. La synaxe de Laudes prend le premier rang au point de vue de l'abondance et de la variété des cantilènes antiphoniques, ce qui implique une intervention de moins en moins active des fidèles dans le chant des offices. Les antiennes alléluiatiques, sauf celles qui s'adjoignent aux psaumes du temps pascal et de l'office
ï En Gaule, au VI^ siècle, on y convoquait les fidèles (au son des cloches?). « Anne « octavo Childeberti régis, pridie kalendas februarias (31 janvier 583), czn« die dominico « apud urbem Turonicam ad matutinas signum commotum fuisset, et populus surgens ad « ecclesiam conveniret, » etc. Greg. Tur. Hist. eccl. Franc, VI, 25. Cf. II, 23, III, 15.
2 « lUud quoque nosse debemus nihil a senioribus nostris qui hanc eamdem matu- « tinam solemnitatem addi debere censuerunt, de antiqua psalmorum consuetudine « immutatum : sed eodem ordine missam quo prius in nocturnis conventibus perpetuo « celebratam. Etenim hymnos quos in hac regione ad matutinam excepere solemni- « tatem, in fine nocturnarum vigiliarum, quas post gallorum cantum ad auroram finire « soient, similiter hodieque décantant, id est, centesimum quadragesimum octavum « psalmum (cujus initium est Laudate Dominiim dé caelis) et reliques qui sequuntur; « quinquagesimum vero psalmum {Miserere mei Deiis) et sexagesimum secundum {Deus « Deus 7neus, ad te de luce vigilo) et octogesimum nonum {Domine, re/ugium) huic novellae « solemnitati novimus fuisse deputatos. » Cassien, De coen. instii. III, 6. Le cantique des trois enfants dans la fournaise s'appellait Benedictio, et l'on donnait le nom spécial de Laudes aux psaumes 148-150, chantés sous une seule antienne. Reg. S. Bened., c. 12; Greg. Tur. Vita S. Galli dans Mabillon, Acta SS. ord. S. Bened., 1. 1, p. 119.
3 « In sanctorum festivitatibus vel omnibus solemnitatibus, sicut diximus dominico « die agendum, ita agatur; excepto quod psalmi aut antiphonae (nocturnales ac vesper- <i tinae) vel lectiones ad ipsum diem pertinentes dicantur, modus autem suprascriptus « teneatur. » Reg. S. Bened. c. 14, p. 27.
i66 CH. IV. — CHRONOLOGIE DES ANTIENNES.
ordinaire des dimanches, sont remplacées par des textes de la deuxième espèce (p. i6o); ceux-ci remplissent aujourd'hui plus des trois quarts de l'office diurnal.
§ 124. Passons rapidement en revue les parties du bréviaire romain qui se composent d'antiennes empruntées à des livres bibliques autres que le psautier.
I. Psaumes et cantiques prophétiques des Laudes\ aux jours et aux catégories de fêtes que nous allons énumérer :
a) les quatre dimanches de l'Avent et les six fériés qui précèdent la veille de Noël;
b) le jour de Noël, sa vigile, son octave et l'Epiphanie; Pâques, l'Ascension et la Pentecôte;
c) le Commun des Apôtres {Hoc est praeceptum meum), de plusieurs Martyrs {Omnes sancti), d'un seul Ma.rtyr {Qui me confessus fuerit), des Confesseurs {Ecce sacerdos magnus), des Vierges et
Martyres^ {Haec est virgo sapiens) ;
d) les fêtes de saint Etienne, de saint Jean l'Evangéliste, des saints Innocents, des saints Philippe et Jacques^, de saint Jean Baptiste, de saint Pierre, de saint Paul*, de saint Michel;
e) la Dédicace de l'église ^
1 La plupart de ces groupes d'antiennes servent aujourd'hui également à Vêpres; mais cet usage n'est ni antique, ni général. En ce qui concerne les antiennes jointes aux psaumes, l'office du soir garda sa composition primitive jusqu'au commencement des temps modernes. L'antiphonaire trévire de 1864 suit encore l'ancien usage.
2 Les groupes d'antiennes aux Laudes des Confesseurs et des Vierges ont subi de légères retouches depuis la rédaction du Responsale gregoriamim.
3 Pour cette fête, toujours comprise dans le temps pascal, on a composé quelques antiennes in Evangelio, intitulées de Sanctis cum alléluia. Elles font partie aujourd'hui de l'office de Apostolis et Martyribiis tempore paschali, établi seulement au XVI* siècle.
4 Le sacramentaire léonien ne mentionne qu'une seule fête pour les deux grands apôtres. Depuis la dernière moitié du VP siècle on célébra un office particulier pour saint Pierre, à la basilique vaticane (il correspond à notre office du 29 juin), et pour saint Paul, hors les murs (il se chante aujourd'hui le 23 janvier); de plus il y avait un office commun aux deux saints (voir le sacramentaire gélasien), dont il reste des fragments : les antiennes Petrus apostolus et Pauliis doctor gentium, Gloriosi principes, etc.
5 Dans le sacramentaire et l'antiphonaire grégoriens, la messe de la Dédicace de l'église se rapporte à la consécration du Panthéon au culte chrétien, événement qui n'eut lieu que sous Boniface IV (608-615). i^Iais le sacramentaire léonien mentionne deux Dédicaces : de la basilique de Saint-Michel in Salaria, au mois de septembre, et de la basilique de Saint-Pierre, en mai. Selon toute vraisemblance l'office actuellement existant aura été composé pour la dernière de ces fêtes.
II. Benedidus et Magnificat à tous les jours du calendrier ecclésiastique qui ont un article spécial dans l'Antiphonaire (quelques fêtes individuelles de martyrs exceptées). Contrairement aux cantilènes qui encadrent les psaumes, les antiennes des cantiques de l'Evangile n'étaient pas rigoureusement fixes jusqu'à une époque assez récente. Presque toujours le Kesponsale gregorianum en insère pour le même jour plusieurs, entre lesquelles on choisissait librement'.
§ 125. Nous devons mentionner à cette place quelques groupes d'antiennes formés pour la plupart d'un mélange de textes psalmiques et d'autres ; ils n'ont pu être constitués en leur forme actuelle avant la deuxième époque.
I. Laudes des deux derniers dimanches du Carême (Passion et Rameaux) et des six fériés de la semaine sainte.
II. Offices nocturnes de l'Octave de Noël% du Commun des Vierges^ [Specie tua), de la Dédicace de l'église, des fêtes de saint Michel et de saint Paul.
§ 126. L'emploi des antiennes de la seconde espèce vers le milieu du VP siècle est attesté par un passage de la biographie du pape Vigile (537-555) dans le Liber Pontificalis. Il y est dit que Vigile, ayant refusé de céder aux exigences de l'impératrice Théodora, fut enlevé de Rome et conduit de force à Constantinople. « Il y fit son entrée », dit le chroniqueur, « la veille de « Noël (24 décembre 546). L'empereur (Justinien) alla à sa ren- « contre et l'embrassa. Le peuple le conduisit processionnellement « à l'église Sainte-Sophie en chantant Ecce advenit dominator et « ce qui suit*. » Or ce chant, dont le texte est composé de diverses réminiscences prophétiques, fait en effet partie de l'office
* A Noël le Responsale gregorianum n'exhibe pas moins de 20 antiennes in Evangelio : 4 aux premières Vêpres, 11 à Laudes, 5 aux secondes Vêpres. — Il est à remarquer que l'antiphonaire de Trêves s'accorde généralement avec le romain actuel, en ce qui concerne les antiennes des psaumes, mais il a presque toujours d'autres antiennes pour le Benedicttis et le Magnificat.
2 Au commencement du IX^ siècle ces neuf antiennes se chantaient, le jour même de Noël, à Sainte-Marie Majeure, oià le pape ofBciait, tandis qu'à Saint-Pierre on disait les Nocturnes tels qu'ils figurent dans nos livres actuels. Amal. De ord. antiph. c. 15. Voir ci-dessus, p. 156, note i.
3 Cet office et le suivant ne contiennent chacun que deux antiennes psalmiques.
4 Duchesne, Lib.pont., t. I, pp. 297-298.
i68 CH. VI. — CHRONOLOGIE DES ANTIENNES.
de Noël dans le Responsale gregorianiun, et y figure parmi les antiennes à Benedictus. Disparu aujourd'hui de l'antiphonaire romain, il est cité par Réginon', et subsiste encore dans la dernière édition du Diurnal de Trêves ^
lastien relâché, Ville, thème i8.
Ec -ce ad - ve - nit do -mi - na - tor De - us
et re-gnum in ma - nu e - jus et po - te - stas,
et im-pe - ri'tim in ae-ter-num, al - le • lu - ta.
A prendre l'anecdote précédente au pied de la lettre, il faudrait reculer jusqu'en pleine période gothique l'usage des antiennes nonpsalmiques. Mais M. l'abbé Duchesne a démontré excellemment que les biographies du Liber Pontificalis n'ont de valeur historique que pour l'époque et le lieu de leur rédaction. Or la Vita Vigilii n'ayant été écrite, d'après l'érudit ecclésiastique, que sous Pelage II (579-590) > le récit de l'annaliste nous apprend tout simplement qu'aux environs de 580 les antiennes en question faisaient, à Rome, partie de l'office depuis assez longtemps ^
§ 127. A la première époque nous n'avons rencontré, pour les fêtes des saints célébrées à Rome, que des offices collectifs (du Commune Sanctontm) ; à la deuxième époque nous nous sommes trouvés en présence de quelques séries d'antiennes se rapportant à des saints nominalement désignés, qui ont eu un rôle éminent
' Tonar., p. 53. Le fac-similé de Coussemaker est inexact pour la dernière syllabe.
2 Mich. Hermesdorff, Antiphonale eccl. cathedr. Trevir., 1864, p. 220.
3 « La notice de Vigile n'est pas l'œuvre d'un contemporain. La retraite des Goths « sur Ravenne, les épisodes du séjour du pape à Constantinople, sa rentrée en grâce « auprès de Justinien, sont racontés avec beaucoup d'inexactitude. Les deux prises de « Rome par Totila, en 546 et en 549, sont fondues en une seule. La défaite des Vandales « par Bélisaire (533-534) est confondue avec la répression de la révolte de Guntarith, « en 547. Il n'est donc pas possible de croire que tout ceci ait été mis par écrit au « lendemain de la mort de Vigile.... Je suis porté à placer au temps de Pelage II « l'adjonction des quatre vies de Vigile (537-555;, Pelage l (556-561), Jean III (561-574) « et Benoit I (575-579). » Duchesne, Lib. Pont., t. I, pp. ccxxxi ccxxxii.
dans la fondation du christianisme, et dont le culte est universel dans l'Eglise depuis les temps primitifs. (C'est l'embryon du Proprmm de Sandis.) A la troisième époque nous voyons les offices individuels se multiplier et s'étendre. Maintenant ils s'adressent à des martyrs d'origine romaine ou à de saints personnages dont le culte s'est particulièrement localisé dans la Ville. Les textes antiphoniques racontent les souffrances du martyr, la vie du confesseur.
§ 128. Voici les parties du Propre des Saints formées d'antiennes de ce genre.
I. Nocturnes, Laudes et cantiques évangéliques de sainte Agnès (21 janvier), de sainte Agathe (5 février), de saint Laurent (10 août), de saint Martin (11 novembre), de sainte Cécile (22 novembre) et de saint André' (30 novembre).
IL Laudes et cantiques évangéliques des saints Jean et Paul (26 juin), de saint Clément (23 novembre), de sainte Lucie ^ (13 décembre).
§ 12g. Ces chants étant, quant au texte, extraits presque tous des Gesta martynim, des Passiones, ne peuvent pas s'être introduits dans le cursus romain avant le VIP siècle. Des décrets pontificaux rendus au siècle précédent prohibent l'usage de cette sorte d'écrits dans l'office divine De plus une lettre de saint Grégoire, rédigée en 598, nous révèle ce fait singulier, que lui-
* Les fêtes commémoratives de sainte Agnès et de saint Laurent sont déjà consignées, à leur date, dans le premier calendrier chrétien (de 354) : « XII Kal. febr. « Depositio Agnetis in Nomentana.... III Id. aug. Laurenti in Tiburtina. » Duchesne, Lib. pont., t. I, p. II. Sainte Cécile et saint André ont une messe dans le sacramentaire léonien, rédigé vers 555. L'église de sainte Agathe in Suhurra, affectée au culte arien pendant la domination des Goths, fut rendue au catholicisme par saint Grégoire le Grand, en 591 ou 592. Lib. pont., t. I, p. 313, note 8. Quant à Saint Martin de Tours, il eut à Rome une église dès le pontificat de Symmaque (498-514). Ibid., p. 268.
* Les fêtes des ss. Jean et Paul, de saint Clément, sont mentionnées dans le sacramentaire léonien. Sainte Lucie a une église à Rome depuis le pape Honorius I (625-638). Duchesne, Lib. Pont., t. I, p. 324.
3 « Le décret de recipiendis et non recipiendis libris, qui est un document romain et « contemporain du Liber pontificalis (v. 520), déclare expressément que la lecture des « Gesta martyrum était interdite à Rome dans les réunions du culte : Secundum antiquam « consuetiidinem, singtilari cautela, in sancta Romana ecclesia non legunttir, quia et eorum qui « conscripserc nomin.i penitus ignorantur, et ah infidelibus et idiotis superflua aut minus « apta quant rei ordo fuerit esse putantuy. » Ibid., p. ci.
même, si versé en hagiographie, ignorait à peu près complètement cette branche de la littérature chrétienne '.
Déterminer le moment précis oii les antiennes des Gesta martyriim apparurent dans l'office, c'est ce que nous ne nous hasarderons pas à faire. On est tenté de supposer que ce fut sous le pontificat d'Honorius I (625-638), un des papes qui à l'époque byzantine déploya le plus d'activité pour rehausser la splendeur du culte public^ En tout cas les nouveaux offices étaient connus en Angleterre avant 700. Un évêque lettré de ce temps, Aldhelm de Sherborne, fait allusion à la célèbre antienne de sainte Cécile, Cantantihis organis, dans son poème De laudibus virginitatis^.
§ 130. Parmi les plus récentes acquisitions de l'ancien antiphonaire romain nous devons mettre, outre les antiennes adjointes à l'Invitatoire et celles de l'office nocturne de saint Jean Baptiste^ cinq groupes d'antiennes appartenant à des solennités de l'Église d'Orient qui s'introduisirent dans le rite latin au cours du VIP siècle :
Laudes et cantiques évangéliques de la Purification (2 février),
1 « Praeter illa enim quae in Eusebii libris de gestis sanctorum martyrum continentur, « nulla in archive hujus nostrae ecclesiae vel in Romanae urbis bibliothecis esse « cognovi, nisi pauca quaedam in unius codicis volumine collecta; nos autem paene « omnium martyrum, distinctis per dies singulos passionibus collecta in uno codice nomina « habemus, atque quotidianis diebus in eorum veneratione missarum solemnia agimus; « «0» tamen in eodem volumine, quis qualiter sit passus, indicatur, sed tantuntmodo nomen, « locus et dies passionis ponitur. » Ep. (éd. bénéd.) VIII, 29.
2 Duchesne, Lib. pont., t, I, pp. 323-327. — Ferd. Gregorovius, Geschichte der Stad Rom in Mittelalter, 4e éd., Stuttgard, 1889, t. II, pp. 114-131,
3 « Porro Caeciliae vivacem condere laudem
« Quae valeat digne metrorum pagina versu ?
» Basia dum potius dilexit dulcia Christi
« Quamvis harmoniis praesultent organa miiltis, « Musica Pierio resomnt et cavmina canin.
Patrol. lat. de Migne, t. 89, p. 2OS.
Ces offices de martyrs ne furent pas adoptés partout. L'antiphonaire de Trêves n'a pas de Propre pour les fêtes de sainte Agnès, de sainte Agathe, de sainte Cécile, de sainte Lucie, des ss. Jean et Paul, de saint Clément. Toutefois il est à remarquer que Réginon cite toutes les antiennes en question.
4 C'est leur forme musicale qui m'a déterminé à mettre à la troisième époque ces deux catégories d'antiennes. La date récente de l'Invitatoire semble résulter aussi de son absence dans l'office nocturne des trois derniers jours de la semaine sainte.
de l'Annonciation (25 mars), de l'Assomption (15 août) et de la Nativité de la sainte Vierge' (8 septembre) ; de l'Exaltation de la Croix^ (14 septembre). Le reste de ces offices a été emprunté à des parties de l'Antiphonaire plus anciennes ^
§ 131. Enfin pour compléter notre classement, il nous faut mentionner encore quelques additions du IX^ siècle : les antiennes de l'Octave de l'Epiphanie % du martyre de saint Jean Baptiste^ (2g août), de la fête de la Toussaint^ (i" novembre); de plus celles de l'office nocturne de Pâques, de l'Ascension et de la Pentecôte, restées alléluiatiques jusqu'alors ^ A l'exemple de
1 « Sergius.... sedit annos XIII (687-701).... Constittiit ut diebiis Adnunciationis Domini « Dorinitionis et Nativitatis sanctae Dei genitricis seinperque virginis Mariae ac sancti « Simeonis, qiiod Hypapanti Graeci appellant, litanin exeat a sancto Hadriano et ad sanctam « Mariant populus occurrat. L'observation de ces quatre fêtes, à Rome, n'a pas de docu- « ment plus ancien que ce texte. Les homélies de saint Léon et de saint Grégoire, le « calendrier romain contenu dans le martyrologe hiéronymien, les tables philocaliennes « (de 354), le sacramentaire appelé léonien, ne contiennent aucune indication relative « à une fête quelconque de la sainte Vierge.... Les quatre fêtes du 2 février, du 25 mars, « du 15 aoilt et du 8 septembre ont été d'abord importées d'Orient à Rome, pour se « répandre ensuite en Occident. Les plus anciennes sont les deux premières. Leurs dates « dérivent de celle de la fête de Noël; elles n'ont pu être fixées avant le déclin du qua- « trième siècle, époque vers laquelle les églises d'Orient admirent la date du 25 décembre « comme celle de la commémoration de la Nativité de N. S. Elles sont d'ailleurs beau- « coup plus récentes.... On peut conclure qu'elles ont été établies à Rome dans le courant « du septième siècle. » Duchesne, Lib. pont., t. I, p. 376 et p. 381, note 43.
2 « La fête de l'Exaltation de la Croix aura sans doute été introduite après le recou- « vrement de la vraie croix par l'empereur Héraclius (628). » Duchesne, Orig. du culte chrét., p. 124.
3 Les nocturnes des quatre fêtes de la sainte Vierge sont à peu près ceux du Commun des Vierges. Beaucoup d'antiennes de l'Annonciation proviennent des offices de l'Avent. Pour l'office de nuit de l'Exaltation de la Croix le Resp. greg. n'indique pas d'antiennes.
4 Nous relaterons plus loin (thème 26) l'anecdote intéressante relativement à l'introduction de cet office conservé par l'antiphonaire de Trêves.
5 Cet office est pris au rite gallican. Duchesne, Orig. du culte chrét., p. 127. — A remarquer toutefois dans le Kalendarium romanum du Ville siècle, publié par le P. Fronto (Paris, 1652, p. 126), cette mention : Die XXX mens. Aug. Nat. SS. Felicis et Audacti, et de Decollatione S. Johannis Baptistae.
^ La grande fête du i^r novembre ne paraît pas avoir été célébrée avant le pontificat de Grégoire IV (827-844). Le Resp. greg. a deux offices qui s'y rapportent.
7 D'après le témoignage formel d'Amalaire (De ord. antiph. ce. 45, 57), les antiennes du Nocturne de Pâques {Ego sum qui sum, Postulavi, Ego dormivi) et de celui de la Pentecôte {Factus est repente, Confirma hoc, Emitte spiritum) ont été empruntées à l'antiphonaire de Mefz. Tout donne lieu à croire dès lors qu'il en est de même pour les neuf antiennes nocturnes de l'Ascension.
Réginon et du Responsale pseudo-grégorien, nous avons accueilli ces divers groupes de chants dans notre catalogue, où ils sont joints aux antiennes de la troisième époque.
Section II. — La mélopée des antiennes aux trois époques.
§ 132. En esquissant dans les pages précédentes notre classement chronologique, nous nous sommes appuyé uniquement sur les textes des antiennes, sur les données historiques. Nos conclusions se trouvent pleinement confirmées par l'analyse comparée des mélodies. La succession des trois époques est aussi clairement marquée dans la musique que dans les paroles des chants antiphoniques.
Pour le prouver nous pouvons nous contenter de produire deux séries d'observations, et de signaler les faits particulièrement frappants qui s'en dégagent, faciles à vérifier pour quiconque est à même de lire la notation liturgique.
§ 133. Nos premières constatations seront relatives à la répartition des 47 thèmes nomiques, et de leurs variantes, parmi les trois classes d'antiennes.
I. Remarquons d'abord que la grande majorité des cantilènes modèles se rencontre réunie aux diverses sortes de textes. Sept thèmes fondamentaux seulement — très usités pour la plupart — ne se trouvent jamais accolés à des antiennes psatmiques.
A bimatti (7).
In patientia vestra (11).
Rex pacificiis (15).
Hosanna filio David (26).
Domus mea^ (31).
Vivo ego (37).
Hatirietis aquas (43).
Il en est de même pour cinq thèmes dérivés.
Qui me confessus fuerit (6).
O sapientia (9).
Similabo eum (10).
Hic vir despiciens (17).
O qtiam gloriosum (41).
Nous en conclurons que ces douze mélodies-types n'avaient pas encore pénétré dans l'église à l'époque où l'on régla le chant
' L'antienne psalmique Postiilavi, appartenant au thème 31, n'a été adoptée par l'office romain qu'au IX^ siècle. Voir la note précédente.
du psautier, où l'on composa les premières antiennes propres, destinées à l'office de nuit et à celui du soir.
II. Des 40 thèmes nomiques qui restent, six ne sont représentés que par une on deux antiennes psalniiques, et ne figurent pas dans le psautier hebdomadaire, sans contredit la partie primordiale de l'office des Heures.
Cor mnndum (4).
Tectim principium (5).
Invocnntem (9).
Plus quatre thèmes dérivés
CoUocet eum (18).
Thkc acceptabis (19).
Secits decnrsus (32).
In tiniversa terra (46).
Calicem salutaris (47).
Sic benedicam (21).
Exortnm est (23).
On peut se demander s'il n'y pas là des cas exceptionnels. Il est possible, en effet, que certains de ces textes n'aient pas gardé leur mélodie originaire ou qu'ils aient été ajoutés tardivement à l'office. Quoi qu'il en soit, nous nous abstiendrons également de donner ces dix cantilenes thématiques comme primitives.
III. Restent donc en tout 34 thèmes (plus 4 variantes) que nous n^ hésitons pas à considérer comme primitif s , c'est-à-dire empruntés par l'antiphonaire romain, dès le commencement de sa formation, au fonds commun des nomes gréco-latins. Ceux que nous marquons d'un astérisque sont utilisés dans le psautier hebdomadaire.
*Laudate Dominum (r).
^Facti sumus (2).
Fontes et omnia (3).
Ab insurgentibiis (6).
^'Reges terrae (8).
A porta inferi (10).
^'Tamquain sponsus (12).
'^'Magniis Dominus (13).
■•'Qui habitas in caelis (14).
In pace (16).
■'-Beati qui ambulant (17).
*/» aetermim (18).
*Ad te de luce (ig).
'-'Dixit Dominus (20).
Clamaverunt (21).
■^Sit nomen Domini (22).
Specie tua (23).
Exsurge (2).
*Labia mea (12).
Caro mea (24).
Juravit Dominus (25).
Dirupisti (27).
*Nos qui vivimus (28).
Apud Dominum (29).
*Cantemus Domino (30).
*Laudabo (a).
^'A viro iniquo (34).
Beatus vir (35).
^'Cunctis diebus (36).
AUiga (38).
Notum fecit (39).
^Miserere mei (40).
*AUehiia hypolydien (41).
Exsultet spiritus meus (42).
*Intellige clamorem meum (44).
*Caeli caelorum (45).
Variantes.
^'AUeluia iastien (12).
Laetentur caeli (29).
IV. Les antiennes de la troisième époque n^exhibent aucun thème qu'on ne trouve accouplé aussi à des textes de la i^'' ou de la 2^^ espèce. Il n'est donc plus entré de nouveaux types mélodiques dans l'antiphonaire à la troisième phase de son élaboration (600-680).
§ 134. Notre seconde série d'observations est relative aux particularités de la composition mélodique dans les trois catégories d'antiennes. Nous avons été amené ici à des conclusions d'un réel intérêt historique.
I. Si l'on compare les antiennes psalmiques à celles qui ont d'autres textes tirés de la Bible, les premières se distinguent en général par leur parcours moins étendu, par l'absence totale de métaboles de ton, par la rareté des successions de plusieurs sons chantés sur une même syllabe. En somme elles ont une physionomie sensiblement archaïque ; leur mélopée, quant aux formes extérieures, rappelle les chants conservés en notation grecque'.
II. D'autre part en examinant les cantilènes composées sur les textes des Gesta martyrum, on s'aperçoit bientôt que leurs auteurs ont mis en pratique, selon les cas, deux manières mélodiques entièrement dissemblables.
a) Les antiennes qui s'associent à des psaumes sont traitées musicalement d'une façon très sommaire. On dirait que le mélographe n'y a pas attaché grande importance. La plupart du temps il s'est contenté de transcrire simplement quelques thèmes fixes de la seconde époque, et de les appliquer sur ses textes avec une régularité presque mécanique. L'uniformité du procédé et le retour fréquent des mêmes cantilènes donnent un air de famille à tous les offices de cette catégorie. Ceux de sainte Agnès, de sainte Agathe, de saint Clément reproduisent à satiété le thème 23, Specie tua'; le même type mélodique domine, à côté des deux variantes du thème 17, Hic vir despiciens, Praevaluit David, dans les antiennes de saint Laurent et de saint André, ainsi que dans
1 Ces assertions doivent s'entendre dans un sens assez large. Jusqu'à la fin du Vile siècle les cantilènes ont pu recevoir des additions partielles. Pour se rendre un compte satisfaisant de la réalité de nos distinctions, il est nécessaire d'analyser des séries entières de chants issus de certains thèmes essentiellement variables (i, 12, etc).
2 Sur 14 antiennes, l'office de sainte Agnès a 7 fois le thème en question, celui de sainte Agathe 5 fois. On le rencontre aussi à tout moment dans les offices de l'Assomption, de la Nativité de la sainte Vierge, de l'Exaltation de la Croix.
l'office nocturne de saint Jean Baptiste'. On sent que le goût de l'époque se détournait de la mélopée syllabique et que la tradition de ce style musical était en train de se perdre ^
b) En effet les compositeurs de la susdite catégorie d'offices semblent avoir réservé leurs soins et leur talent pour les antiennes du Benedictus, du Magnificat et de l'Invitatoire. Ici nous constatons un procédé moins banal, une plus grande variété dans le choix et le développement des motifs, une mélopée par moments assez riche, se rapprochant des chants antiphoniques de la Messe ^ Certaines antiennes de la troisième époque comptent parmi les plus remarquables; telles Beata Agnes in niedio flanimaruni, S tans beata Agatha, Cuin inducerent, O crux splendidior, Super omnia ligna cedronun.
III. Mais les véritables joyaux de VAntiphonaire de l'office se trouvent parmi les cantilènes composées sur des textes de la seconde espèce, et particulièrement sur des extraits des livres prophétiques. C'est donc pendant l'intervalle compris entre 540 et 600, que cette branche du chant liturgique est parvenue à son plein développement, et a donné ses fruits les plus savoureux : les offices de l'Avent et du cycle de Noël, modèles inimitables de mélodie tour à tour grandiose et suave, o\i tout respire la paix, l'espoir dans la venue prochaine d'une ère de félicité et de salut.
§ 135. Comment de pareils chants ont-ils pu se produire à une époque que notre imagination se représente comme une suite interminable et ininterrompue de guerres, de pillages, de massacres, de destructions, de bouleversements et de cataclysmes tels, que saint Grégoire y voit les symptômes effrayants de la décrépitude du monde et les signes avant-coureurs de l'imminente catastrophe finale'* ? Il semblerait que pendant la durée entière de
ï C'est pourquoi j'assigne ces neuf antiennes à la deuxième période.
2 Les antiennes de sainte Cécile se distinguent avantageusement par leur variété plus grande, par leur composition soignée.
3 Quelques antiennes longues, que nous avons rangées dans la seconde époque, seront reportées plus tard, je pense, à la suivante. Mais pour ce premier essai de classification il nous a paru préférable de procéder par masses, et de négliger les exceptions douteuses.
4 Début du sermon prononcé le 27 novembre 590, 2^ (aujourd'hui i") dimanche de l'Avent, dans la basilique de Saint-Pierre. « Dominus ac Redemptor noster, fratres dilec- « tissimi, paratos nos invenire desiderans, senescentem mundum quae mala sequantur « denuntiat, ut nos ab ejus amore compescat. Appropinquantem ejus terminum quantae
ces soixante années, l'Église n'ait eu de voix que pour gémir, pour se répandre en accents d'angoisse et de suprême désolation. C'est que, trompés par l'accumulation des événements, par leur éloignement dans l'histoire, nous ne les apercevons qu'en bloc, d'une manière confuse et incomplète.
En réalité la série des désastres ne fut pas continue. Après l'anéantissement de la puissance gothique par Narsès et la reprise définitive de Rome par les Byzantins (552), l'Eglise jouit d'une assez longue période de tranquillité et les peuples italiques purent croire à un meilleur avenir'. A la vérité l'immense ville était aux trois quarts détruite et ses innombrables habitants réduits à quelques dizaines de mille ; ses édifices tombaient en
« percussiones praeveniant innotescit, ut si Deum metuere in tranquillitate non volu- « mus, vicinum ejus judicium vel percussionibus attriti timeamus. Huic enim lectioni « sancti Evangeiii, quam modo vestra fraternitas audivit, paulo superius Dominus « praemisit dicens : Exsurget gens contra gentem et reguum adversus regnum; et eriint « terraemotus magni per loca, et pestilentiae, et famés (Luc. XXI, lo). Et quibusdam inter- « positis, hoc quod modo audistis adjunxit : Eriint signa tjt sole, et luna, et stellis, et « in terris pressura gentitim prae confusione sonitus tnaris et fluctuum. Ex quibus profecto « omnibus alia jam facta cernimus, alia e proximo ventura formidamus. Nam gentem « super gentem exsurgere, earumque pressuram terris insistere, plus jam in nostris « temporibus cernimus quam in codicibus legimus. Quod terrae motus urbes innumeras « subruat, ex aliis mundi partibus scitis quam fréquenter audivimus. Pestilentias sine « cessatione patimur. Signa vero in sole, et luna, et stellis, adhuc aperte minime vide- « mus, sed quia et haec non longe sint, ex ipsa jam aeris immutatione coUigimus. « Quamvis priusquam Italia gentili gladio ferienda traderetur, igneas in caelo acies « vidimus, ipsum qui postea humani generis fusus est sanguinem coruscantem. Confusio « autem maris et fluctuum necdum nova exorta est. Sed cum multa praenuntiata jam « compléta sint, dubium non est quin sequantur etiam pauca quae restant, quia sequen- « tium rerum certitude est praeteritarum exhibitio. » Hom. in Evang. I, i.
' Lib. pont., t. I, p. ccxxxit. Un fragment liturgique de l'époque, une oraison de la Messe, probablement rédigée après l'entrée de Narsès à Rome, nous donne bien la note du sentiment chrétien à ce moment, « Munera nomini tuo. Domine, cum gratiarum « actione deferimus, qui nos ab infestis hostibus liberatos Paschale sacramentum placida « tributs mente suscipere. » Il est fait aussi allusion aux événements contemporains dans l'oraison précédente : « qui nos imminentibus periculis exuisti, » ainsi que dans la Préface de la même messe : « ut sic vitia nostra depellas, sîck^ corporum ferales extinguis inimicos ; » nec captivitatem quam extrinsecus summovisti, sustinere nos patiaris internam. » Muratori, Liturgia Romana vêtus, Venise 1748, t. I, p. 371. M. l'abbé Duchesne rattache le premier de ces textes à la levée du siège de Rome par Vitigès, au printemps de 538 (Orig. du culte chrét., p. 130). Il ne me semble pas que l'Église eût inséré des passages aussi compromettants dans son rituel public, avant d'être pleinement rassurée sur la possibilité d'un retour offensif des Goths.
ruines, rongés par le temps, ébranlés par les ouragans, minés par les débordements du Tibre; mais aussi elle avait vu disparaître les derniers adhérents du paganisme, ces obstinés sénateurs restés secrètement attachés au polythéisme traditionnel; elle était délivrée du joug des Germains hérétiques, sectateurs d'Arius; au milieu du chaos social et politique de l'Italie, l'Église se trouvait seule debout, seule douée d'énergie vitale et consciente de son but'. Pendant le pontificat de Pelage I (556-561) et de Jean III (561-574), alors que Narsès habitait au Palatin la demeure délabrée des Césars, la péninsule vécut tranquille et heureuse {erat tota Italia gandens, dit le biographe de Jean III), et la Rome chrétienne vit s'élever un de ses monuments illustres : la basilique des Saints-Apôtres \ Les pires calamités ne devaient commencer que sous le pape Benoît I (575-579) '- d'abord les incursions incessantes des sauvages Lombards, toujours accompagnées de carnages et de dévastations sans nombre, puis une famine épouvantable; plus tard des pluies diluviennes et, par suite, une inondation qui amena l'écroulement d'une grande partie des anciens monuments de Rome; enfin l'horrible peste par laquelle s'inaugura le pontificat de saint Grégoire^ (590) •
C'est pendant les années d'accalmie (560-575), à ce moment extraordinaire de l'histoire où, l'esprit antique mort, l'idée catholique prend la direction de la société occidentale, que nous inclinons à placer la composition des plus beaux chants de l'ofiice divin, seuls témoins encore parlants de l'état d'âme de ceux qui vécurent au milieu de tant de formidables événements.
ï Cf. Gregorov., Gesch. der Stad Rom im Mittelalter, t. I, 4^ éd., p. 469-470,
2 Lib. pont., t. I, p. 306, note 2.
3 « Benedictus (I)... sedit annos IV... Eodem tempore gens Langobardorum invase- « runt omnem Italiam, simulque et famés nimia... In istis laboribus et adflictionibus « positus, sanctissimus Benedictus papa mortuus est. » Lib. pont., t. I, p. 308. — « Pelagius (II)... sedit annos X... Hic ordinatur absque jussione principis, eo quod « Langobardi obsédèrent civitatem Komanam et multa vastatio ab eis in Italia fieret. « Eodem tempore tantae pluviae fuerunt ut omnes dicerent quia aquae diluvii super- « inundaverunt; et talis cladis fuit qualis a saeculo nullus meminit fuisse. » Ibid., p. 309. — « Subsecuta est de vestigio clades quam inguinariam vocant.... Pelagium papam « perculit et sine mora extinxit; quo defuncto magna strages populi de hoc morbo facta « est. » (Greg. Tur. Hist. Fr., X, j). Ibid., note 2.