‹ La mélopée antique dans le chant de l'Église latine. Suite et complément de l'Histoire et théorie de la musique de l'antiquitéChapitre 8 sur 155 · XVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVIII INTRODUCTION

« sancticm Pelrum coacta Synodo, multa consiituit : in Us ut in Missa « Kyrie eleison novies repeterettir : ut extra id tenipus quod continetur « Septuagesima et Pascha, Alléluia diceretur : ut adderetur in Canone : « Diesque nostros in tua pace disponas. Litanias, stationes et ecclesiasticiim « officinm auxit. » Enfin ce qui prouve que l'Église continue à considérer la question comme ouverte, c'est le concours institué en i8gi par S. S. Léon XIII, et dont voici un des points : « Exposer l'état actuel de la « science quant à l'œuvre liturgique de saint Grégoire. Examiner ses « propres écrits à ce sujet et la question du chant » (Revue critique du 27 juillet 1891).

Ma deuxième thèse :

a) Le travail de compilation et de composition des chants liturgiques, attribué traditionnellement à saint Grégoire le Grand, fut en réalité l'œuvre des papes helléjiiques qui occuperait le siège pontifical à la fin du VIP et au commencement du VHP siècle.

b) Les mélodies de V Antiphonale missarum ont reçu leur forme définitive entre ravènement de Léon II (682) et celui de Grégoire II (715). Le pape Serge I (687-701) a été le principal inspirateur de cette œuvre.

c) L'antiphonaire de l'office avait été fixé antérieurement, sous le pontificat d'Agathon (678-681).

a) b) Du moment où nous avons été amené à reconnaître l'inconsistance de la tradition grégorienne, en ce qui concerne la question musicale, et l'impossibilité d'y trouver un point d'appui pour l'investigation historique, force nous a été de considérer l'Antiphonaire romain comme un recueil de chants sans auteurs connus, et de lui arracher le secret de sa formation à l'aide des procédés critiques commandés pour cette sorte de productions, savoir : constater l'époque la plus ancienne à laquelle l'existence de l'écrit est attestée par des documents contemporains; puis, remonter, à partir de là, jusqu'à ce que l'on rencontre les circonstances applicables à l'élaboration de l'œuvre et propres à en rendre compte.

Or, en suivant cette méthode, nous avons bientôt abouti aux deux premières propositions de notre thèse. Voici l'ordre dans lequel nous avons enchaîné nos déductions.

1° Nous avons admis comme extrêmement vraisemblable, sauf vérification ultérieure, que la plus ancienne partie du répertoire musical de l'Eglise romaine se compose des antiennes de l'office, et que le recueil

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des chants variables de la messe (le Graduel) en constitue l'élément le plus récent.

2° Laissant momentanément de côté l'antiphonaire de l'office, nous avons constaté que la partie essentielle de VAntiphonale missarum, et notamment le Proprium de Tempore, existait avant Grégoire II (715-731), ce qui nous a donné la limite inférieure de l'âge du double recueil des chants liturgiques {Orig. du chant lit., pp. 20-21).

3° Nous nous sommes aperçu qu'une portion considérable du susdit Propre du Temps, à savoir les chants pour les messes des 23 dimanches après la Pentecôte, ne pouvait pas remonter de beaucoup au delà de 715, puisque ces dimanches n'ont pas encore d'offices spéciaux dans le sacramentaire pseudo-gélasien, que M. l'abbé Duchesne considère comme rédigé à la fin du VII^ siècle (Orig. du culte chrétien, pp. 11 g- 127). Sans dépasser les limites des données fournies par VAntiphonale missarum luimême, nous avons donc abouti aux environs de l'an 700 comme date approximative de la composition musicale des morceaux les plus récents du Graduel romain.

4° La comparaison musicale de ces derniers chants avec ceux qui appartiennent aux messes des fêtes les plus anciennement célébrées ne nous a révélé aucune différence de caractère ou de forme. Toutes les cantilènes du Graduel, sauf une douzaine d'antiennes de communion, montrent la même facture mélodique : ils contiennent de nombreuses vocalises et se distinguent par là nettement des antiennes de l'office, syllabiques pour la plupart. Nous concluons de cette unité de style, totalement étrangère aux chants de l'office, que le recueil entier de V Antiphonale missarum a été pourvu de ses mélodies définitives à une même époque et dans un espace de temps assez restreint : les trente ou quarante années qui ont précédé le pontificat de Grégoire II.

Nous avons été conduit ainsi à reconnaître l'existence d'une grande productivité musicale aux confins du VIP et du VIII= siècle. Dès lors était-il possible de ne pas penser à trois papes de cette époque, qui, par une exception unique dans l'ancien Liber Pontificalis, sont expressément désignés comme ayant possédé des connaissances spéciales en matière de chant ? Léon II, Benoît II et Serge I ne se dénoncent-ils pas eux-mêmes comme les promoteurs de cette réforme de la cantilena romana? Et l'attention ne se porte-t-elle pas avant tout sur le pape Serge? Venu à Rome, simple laïque, sous le pontificat d'Adéodat (672-676), d'après son biographe contemporain, il fut agrégé au clergé, et, à cause de ses talents musicaux, reçut la mission d'instruire les chantres

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