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de la scliola, charge dont-il paraît s'être acquitté pendant une dizaine d'années ^ Evidemment, aucun des papes n'a des titres aussi spéciaux que Serge I, pour être considéré comme l'organisateur du chant de l'Église latine.
Les traditionalistes ne peuvent contester le premier point de mon argumentation déductive, puisque V Antiphonale missarum fut, selon eux, le couronnement de la réforme de saint Grégoire.
Ils sont éo^alement d'accord avec moi sur le deuxième point : même l'écrivain anonyme de Solesmes raisonne comme s'il l'avait établi.
Mais au troisième point le dissentiment éclate. « Il y a ici », écrit D. Morin (Vér. orig., p. 49) « une méprise dont je ne réussis pas à me « rendre compte. M. Gevaert dit que les messes des dimanches après la « Pentecôte ne figurent pas dans le sacramentaire gélasien. J'ouvre le « sacramentaire et je trouve au commencement du troisième livre : « Orationes et preces pro dominicis diebiis. Ce sont les messes des diman- « ches après la Pentecôte. — Elles ne sont ici qu'au nombre de seize. — « Il se peut que ce nombre fût suffisant pour l'usage des églises auxquelles « la collection fut destinée », C'est à mon tour de ne pas comprendre la réponse qui m'est faite, et de poser une foule de points d'interrogation. Comment D. Morin sait-il que la désignation Pro dominicis diebus s'applique seulement aux dimanches après la Pentecôte, à l'exclusion des dimanches après l'Epiphanie, qui, eux aussi, sont omis dans le document pseudo-gélasien? Le nombre des dimanches entre la Pentecôte et l'Avent étant partout le même, comment seize messes auraient-elles pu suffire en certaines localités et être insuffisantes en d'autres ? Est-il croyable que 16 groupes d'oraisons aient jamais été juxtaposés à 23 groupes de chants? Sont-ce là ce qu'on appelle des messes propres? N'est-il pas évident que la rubrique Orationes pro dominicis diebus nous reporte à une époque où la plupart des dimanches sans procession stationale n'avaient pas encore d'oraisons fixes^ (à plus. forte raison de chants spéciaux), en sorte que l'officiant choisissait librement entre les 16 groupes de formules liturgiques. Or le sacramentaire dit grégorien ne connaît plus de messes dominicales ad libitum; de même que les missels modernes, il assigne
» Orig. du chant lit., p. 39, note i. Serge fut ordonné prêtre sous Léon II (682-683); il dut dès lors, en vertu du décret synodal de 595, abandonner ses fonctions actives de chantre. Le rédacteur de la notice du L. P. fait remarquer qu'après son ordination le futur pape mit un grand zèle à remplir ses devoirs sacerdotaux : Hic tempore presbyterattis sui impigre per coemiteria diversa missaviim solemnia celebravit.
2 Les six dimanches entre Pâques et la Pentecôte, bien que non-stationaux, ont des offices propres dans le pseudo-gélasien.
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une série spéciale d'oraisons à chacun des 24 dimanches constants qui séparent la Pentecôte de l'A vent', ainsi qu'aux trois dimanches toujours compris entre l'Epiphanie et la Septuagésime. Au surplus un autre indice, et des plus significatifs, tend à prouver que la partie du Graduel comprenant les messes des dimanches après la Pentecôte fut composée en dernier lieu : c'est la place qu'elle occupe dans V Antiphonarius gregoricinus, tout à la fin du recueil^. — -Par toutes ces raisons il nous est impossible d'accepter l'objection de D. Morin.
Celui-ci conteste également le quatrième point de ma déduction. Comme il s'agit là d'une question purement musicale, mieux vaudra la discuter à propos de ma troisième thèse, où nous la retrouverons.
Naturellement D. Morin repousse avec plus d'énergie encore l'ensemble de ma deuxième thèse. A ses yeux, comme aux yeux des autres défenseurs de la tradition, les passages du Liber pontificalis invoqués par moi ne signifient rien. Ces particularités mentionnées par des contemporains^, et qui se détachent si nettement sur les formules habituelles des biographies papales, n'ont aucune valeur historique selon les Bénédictins. Ce qui contredit la doctrine séculaire est considéré par eux comme non avenu. « Il faudrait autre chose », disent-ils, « que deux ou trois « lambeaux de phrase pour faire admettre des faits aussi contraires à « toutes les idées reçues. » A entendre ce langage dédaigneux, ne dirait-on pas que mes contradicteurs ont les mains pleines de documents décisifs, alors que, de leur propre aveu, ils ne peuvent produire, pour étayer leurs prétentions, que des témoignages postérieurs de tout un siècle aux nôtres. En définitive les notices de Léo?t II, de Benoît II et de Serge I sont les seules dans l'ancienne chronique pontificale qui parlent de papes s' étant occupés personnellement de chant liturgique; à ce titre
ï Au temps de Grégoire II et de Grégoire III, l'Avent contenait non pas quatre, mais cinq dimanches (voir le Kalendarium romamim publié par le P. Fronto, Paris, 1652, et le sacramentaire grégorien dans l'édition bénédictine des œuvres du saint); voilà pourquoi il n'existe que 23 groupes de chants pour les 24 messes des dimanches après la Pentecôte. Avant de former une série unique, comme ils le font depuis Hadrien, ces dimanches furent d'abord partagés en cinq sections : a) Hebdomadae post Pentecosten ; h) post Natale Apostolortim (Pétri et Patili); c) post Natale S. Laurentii; d) post Natale S. Cypriani. C'est le système du Kalendavitim romamim, écrit rédigé apparemment vers 750.
* L'arrangeur du sacramentaire grégorien publié par Muratori relègue cette catégorie de messes dans sa partie supplémentaire. Liturg. vêtus, t. II, p. 139 et suiv. Relativement aux nombreuses divergences des vieux recueils, en ce qui concerne la disposition des messes en question, voir l'Introduction du Graduale Sarisburiense récemment publié. Londres, Quaritch.
3 Duchesne, Lib. Pont., t. I, p. ccxxxii et suiv.
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elles ont dans la question une importance hors ligne, et à l'heure actuelle il n'en existe pas d'autres qui puissent fournir un point de départ rationnel à des recherches historiques sur la formation du recueil des cantilènes de l'Église occidentale. Les conclusions que j'en ai tirées sont en partie hypothétiques, cela est vrai; mais en matière scientifique l'hypothèse est légitime, quand elle s'adapte sans effort à tous les faits régulièrement constatés. J'ajouterai qu'elle est indispensable, lorsque le système traditionnel d'explication est reconnu caduc. Si mon hypothèse contient des vices intrinsèques, des impossibilités, on aura bientôt fait de les démontrer.
Lorsque, il y a cinq ans, j'écrivis mon Discours, j'étais enclin à croire que les retouches de V Antiphonale missariim, exécutées sous les papes helléniques, avaient porté exclusivement sur la partie musicale, et que, abstraction faite des nouveaux offices introduits vers cette époque, les textes antérieurs des chants avaient été respectés. J'ai dû modifier ma manière de voir depuis la remarquable découverte d'un de mes adversaires. L'anonyme de Solesmes a fait observer, — et c'est là sans contredit la partie la plus intéressante de sa brochure, — que les antiennes de communion pour les fériés du Carême (les jeudis et toute la semaine sainte exceptés) forment une série suivie (pp. 15-16). Elles sont tirées des psaumes i à 26 se succédant dans leur ordre numérique. La série commence au mercredi des Cendres (Qui meditabitur , ps. 0 et se termine au vendredi avant le dimanche des Rameaux ' {Ne tradideris me, ps. 26). Elle a donc pris place dans le Graduel romain à une époque où le caput jejunii était déjà, comme aujourd'hui, le mercredi des Cendres, et non plus, comme pendant les premiers siècles, le dimanche suivant. Or comme ce primitif usage quadragésimal n'avait pas cessé d'être en vigueur à Rome sous Grégoire le Grand (voir son Homélie XVI in Evangelia), nous devons en conclure que la susdite série de textes antiphoniques n'a pu être introduite dans la messe qu'au cours du VII* siècle^. Ainsi, voilà
' Le samedi avant les Rameaux n'avait pas de messe stationale, ni d'office propre. UAntiphonariiis gregorianus porte la mention : Sabbatum vacat.
2 L'écrivain, qui a bien vu les conséquences fâcheuses de sa découverte pour la thèse traditionaliste, s'efforce, après coup, d'embrouiller le texte si clair de saint Grégoire (pp. 25-36). M. l'abbé Duchesne dit à ce sujet (Bull, crit., 1890, p. 315) : « Les PP. Béné- « dictins se tirent de cette difficulté par une exégèse qui, je le pense, ne les satisfera « pas longtemps, car elle est des plus subtiles. » Il est vrai que le célèbre liturgiste propose ensuite, lui aussi, une solution qui sauverait la tradition menacée. « À mon avis, » dit-il, « il vaudrait mieux admettre que la série des antiphones, instituée d'abord par
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un point désormais acquis : au temps de saint Grégoire certaines messes stationales d'institution très ancienne, entre autres celles des Quatre- Temps de mars % n'étaient pas encore définitivement pourvues de leurs textes chantés ^
Il est même à supposer que ce remaniement partiel des messes fériales du Carême n'eut pas lieu longtemps avant Grégoire II, Et voici sur quoi je fonde mon opinion. Dès les temps les plus anciens nous voyons la série des 26 textes interrompue à cinq endroits : les antiennes tirées des psaumes 12, 16, 17, 20 et 2 i manquent dans VAntipJionarius gregorianus, comme ils manquent dans les missels modernes^. A leur place on trouve des antiennes tirées de l'évangile du jour, et empruntées à l'office des Heures'^. Que signifie cette anomalie? En voici, selon moi, l'explication la plus vraisemblable. La composition musicale de la série entière des communions psalmiques n'était pas achevée au moment où la collection des mélodies fut close, et l'on en fut réduit à garder, pour les jours restés en souffrance, les antiennes évangéliques employées avant l'introduction des nouvelles communions. Car à l'origine, selon toute apparence, les antiennes ad introitum et ad communionem se chantaient aussi bien à l'office des Heures qu'à la messe^.
« saint Grégoire pour commencer au premier lundi du Carême, a été transportée tout « d'une pièce, quand on reporta au mercredi précédent le commencement du grand « jeûne. » N'en déplaise à mon éminent confrère de l'Institut, sa conjecture me paraît aussi peu réussie que l'exégèse bénédictine. Si la série entière eut été avancée après coup, il manquerait à la fin deux antiennes, puisqu'aucune n'est répétée. Or il n'en est rien : la série s'arrête juste à la dernière messe stationale qui précède la semaine sainte.
1 Selon l'abbé Duchesne, les leçons prophétiques conservées dans les messes des Quatre-Temps et de quelques jours du Carême sont les derniers vestiges d'un usage tombé en désuétude dès le V^ siècle {Orig. du culte chrêt., p. 160). Il résulte de là (et tout au reste tend à le prouver) que les premières parties variables de la messe qui aient été réglées sont l'Epître et l'Evangile. Le KaUndarium romanum les indique non seulement pour tous les jours de l'année mentionnés dans l'Antiphonaire et le Graduel, mais aussi pour les mercredis, les vendredis et les samedis per anniim.
2 Le décret du synode de 595 désigne les chants propres de la messe d'une manière très vague, et sans employer aucun terme technique (psalmi ac reliquae lectionesj.
3 Aucun des cinq textes n'est transcrit, soit en entier ou en partie, dans un document quelconque. Tout fait supposer qu'ils n'ont jamais été mis en usage.
4 Oporlet te fili gaudere, Qui biberit aquam, Nemo te cofidemnavit, Lutum fccit ex sputo, Videns Dominus fientes sorores Lazari. La dernière seule ne se rencontre pas dans le Responsale gregorianum des Bénédictins.
5 Pour expliquer les cinq interruptions, l'anonyme de Solesmes fait intervenir un « réformateur » (p. zi), c'est-à-dire un personnage inconnu qui se serait permis d'enlever,
puis de remplacer une partie des chants « introduits par saint Grégoire », et qui aurait réussi à faire adopter ses innovations à Rome même. D. Morin renchérit encore sur