‹ La mémoire et l'oubliChapitre 16 sur 92 · Bergson, Matière et Mémoire, p · texte numérisé non relu

Bergson, Matière et Mémoire, p

de degrés. Le garçon boucher, capable de réciter ui tirade de Phèdre dans un accès de fièvre cérébral ne sait plus un mot de la pièce, quand sa fièvre e tombée. Au contraire, la mémoire organisée est u sauvetage partiel, intelligent, des impressions c passé : elle laisse échapper et périr ce qui Tencombr pour mieux assurer la conservation de sa cargaisc précieuse. La mémoire brute ne sait qu'acquérir entasser ; la mémoire organisée fait un choix ent ses acquisitions et renonce judicieusement à < qu'elle juge inutile; elle est Tart d'oublier, joint celui de retenir. Or, a-t-on dit très bien, « une coi dition de la mémoire, c'est l'oubli. Sans Tout total d'un nombre prodigieux de faits de conscienc et l'oubli momentané d'un grand nombre, nous r pourrions nous souvenir. L'oubli, sauf dans ce tains cas, n'est pas une maladie de la mémoir mais une condition de sa santé et de sa vie ^ » . C est saisi, quand on y songe, de la quantité de paroh ou d'actes conscients, oubliés aussitôt que produit au cours d'une journée. C'est que Tesprit négli^ les faits étrangers à ses préoccupations et à sa vicomme le corps élimine la partie non assimilab des aliments. Toutefois ceci n'est vrai que de '. mémoire normale ou proprement dite. En réalité, '. façon dont les impressions se fixent et se conservei en nous, puis nous reviennent, est double : ou 1( impressions continuent simplement à flotter u temps plus ou moins long dans l'esprit, ou ell( entrent dans le système des images passées < présentes ; dans le premier cas, nous avons les soi venirs bruts, qui reparaissent intégralement et e masse ; dans le second, nous avons les soi

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