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Volupté

92 LA MÉMOIRE ET l'oI BLI

3° Il suit de là que la mémoire brute et la mémoire organisée n'ont ni la même nature ni la même fin. La mémoire brute est une mémoire contemplative, rêveuse, qui s'enchante de ses visions, qui se laisse-aller au flot de ses images, qui s'y berce, qui s'y complaît, ou s'en intoxique et s'en grise. Telle est la mémoire du vieillard, incapable de s'intéresser à la vie présente et ne vivant plus que perdu dans les songeries du passé. Cette mémoire a un caractère obsédant; elle est une possession, une hantise. Nous la trouvons, sous sa forme la plus développée et la plus brillante, chez un J.-J. Rousseau, un Chateaubriand [Confessions^ Rêveries. — Mémoires d'outre-tombe),

La mémoire organisée est une mémoire active, pratique, qui dirige le cours de ses images, l'enraye, le suspend ou le presse, le précipite, le porte tout entier sur un point, le ramène sur un autre, et dans laquelle il apparaît que l'esprit use toujours à propos de tout son pouvoir. Telle est la mémoire de l'orateur, du philosophe, du savant, et, pour citer des noms, celle de Pascal, de Cuvier, d'Auguste Comte.

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