‹ La mémoire et l'oubliChapitre 27 sur 92 · Ribot, ouvrage cité, p · texte numérisé non relu

Ribot, ouvrage cité, p

LES LOIS DE LA MÉMOIRE RÉVÉLÉES PAR l'oUBLI 11^

uo homme par l'endroit où il habite, par ses titres, ses foDCtions, par les inventions qu'il a faites, par les livres qu'il a écrits*.

L'aoteur rapporte des exemples, cite des cas; je ne les reproduirai pas ; je renvoie à son livre, mais je donnerai le fait suivant, emprunté à Cuvier.

Frappé une nuit d'une apoplexie légère, mais soigné par son frère et par M. Dumas, son collègue, Broussonnet reprit bientôt ses mouvements, l'usage de ses sens, les fecoltés de son esprit et même cette mémoire qu'il avait eue autrefois si prodigieuse. Un seul point ne lui fut pas rendu; il ne put jamais prononcer ni écrire correctement les noms substantifs et les noms propres, soit en français, sœt en latin, quoique tout le reste de ces deux langues At demeuré^ à scm commandement. Les épithètes, les •djectifs se présentaient en foule et il savait les accumuler dans sou discours d'une manière assez frappante pour se feire comprendre. Voulait-il désigner un homme, il rappelait sa tigure, ses occupations; parlait-il d'une plante, il peignait ses formes, sa couleur; il en reconnaissait le nom, quand on le lui montrait du doigt dans un livre, mais ce nom fatal ne se présentait jamais de lui-même à son «Hi?enir.

Cette incompréheitsible faculté de la mémoire serait-elle <lonc répartie dans des cases indépendantes les unes des autres et les images y seraient-elles distribuées d'après les abstractions grammaticales plutôt que d\après les sensations originaires dont elles dérivent-?

Non pas. Les faits sont plus simples; mais, pour les comprendre, il faut considérer la dissociation, opérée par la maladie, comme étant elle-même l'effet d'une analyse mentale. L'esprit ne prend plus

Page 1