Bergson, Matière et mémoire^ p. 168, Paris, F. Alcan
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circonstances et dans l'ordre même où ils s'était produits ».
Dans les cas observés, le phénomène psychol gique que nous désignons sous les noms de perte la mémoire, d'amnésie ou d'oubli, n'est donc j simple ; il se présente sous un double aspect : po tif et négatif : il est un gain autant qu'une perte, u hypermnésie autant qu'une amnésie. Cependant n'est point contradictoire ; bien plus, il est un, ( les particularités qu'il présente, si opposées qu'ell soient, sont liées, sont la conséquence l'une l'autre : la mémoire organisée sombre, dispara mais pour faire place à une autre mémoire, la m moire brute ou naturelle, et celle-ci nous éblou nous confond, se montrant à nous riche de trésc insoupçonnés, qu'elle étale au complet.
Y a-l-il donc deux mémoires réellement distincte et faut-il concevoir la mémoire naturelle conir contenue, refoulée par la mémoire organisée, précipitant son cours, roulant ses flots, dès q celle-ci ne lui oppose plus comme un harrag Faut-il imaginer avec Bergson une mémoire in grale ou « mémoire vraie, coextensive à la co cience,quiretientetaligneàlasuitelesuns des aut tous nos états, au fur et à mesure qu'ils se proc sent, laissant à chaque fait sa place et par con quent lui marquant sa date >» et une mémoire p tielle et partiale, sélective, utilitaire, qui ne reti< du passé que ce que l'esprit a intérêt à en reten et qui assemble ou groupe les faits selon un orc de dépendance logique, non de succession dans temps? Faut-il supposer que la « mémoire vraie ou naliirelle est là, à tout instant, latente, prête surgir tout entière, n'attendant qu'une issue, trouvant cette issue, dès i[uv se relâche la rais<
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pratique ou autre, laquelle joue ainsi, à l'égard des souvenirs, le rôle de Neptune apaisant les flots? >Y.r J Assurément on peut s'enchanter de cette image; il faut savoir pourtant que ce n'est qu'une image, laquelle se présente d'ailleurs naturellement à l'esprit et que nous avons rencontrée déjà. On a parlé en effet de cette thèse ou plutôt de cette hypothèse, <J'après laquelle l'esprit n'oublie rien, enregistre tout et peut tout retrouver; il faut conclure delà Qoe, si en fait pourtant la mémoire est incomplète, i'''est que la raison lui fait obstacle, l'entrave ou la ^^% oii au moins la canalise.
Mais au fond il importe peu de savoir si la mé- ®oire*est « coextensive à la conscience », supposée eiie-njênie le miroir de l'univers ; il suffit, pour que 'fi paradoxe d'un accroissement partiel de la mémoire dans le cas de l'affaiblissement sénile cesse " ^tre choquant, que la mémoire soit, pour des raisons d'ordre physique, rendue à sa forme primitive, ^ ^8t-à-diré à son élasticité, à son expansion natufelle et reprenne son cours débordant et redondant. ^^ c'est précisément ce qu'on observe. L'amnésie, ^onime la mémoire, est une, mais elle a deux aspects : elle est, d'une part, l'incapacité de retrou- ^^i* les souvenirs qu'on cherche ou la perte du pou- ^^ir d'évocation^ de l'autre, l'incapacilé de résister ^^ not envahissant des souvenirs importuns et oiseux '^^ l'accroissement du pouvoir de reproduction s[)on- ^^née et involontaire. Ces aspects, en apparence Contraires d'un même phénomène, sont en n'^alité concordants.
Ils proviennent d'une môme cause, l'atraiblissr- ^enl (ou la perte) du pouvoir d'organisation ou de synthèse mentale, provenant lui-même de la dégénérescence des cellules nerveuses, et ils se produi-
sent dans les mêmes conditions et de la même manière, à savoir sous la forme de -restauration intégrale d'un état de personnalité antérieur, qu*ii convient d'appeler avec Sollier « reviviscence » el non « reproduction ». La « reviviscence » est h retour à un état ancien de personnalité et la « reproduction », le simple retour de tel détail ou de telle particularité du passé considéré comme tel et nos redevenu vivant. Mais revenir au passé, s'y replonger, le « revivre », ce n'est pas seulement en retrou ver toutes les impressions, en parcourir et er éprouver à nouveau tous les états, c'est encore ei subir pour la seconde fois toutes les privations, toutes les impuissances, toutes les faiblesses et lacunes La régression, entendue comme le retour à l'enfance c'est, en même temps que la fraîche éclosion des souvenirs de jeunesse, l'aube des jours retrouvée, U voile de l'oubli s'étendant sur les autres période de la vie, la perte des acquisitions de l'âge mûr, U puérilité revenue. Plus exactement, c'est la disparition d'une personnalité, partant d'une mentalit donnée, celle de l'adulte, et de tous les états qui 1 constituent ou la composent et l'apparition, à splace, ou plutôt la réapparition d'une personnalita ancienne, celle de l'enfance avec tous les états qui ■ constituent.
« Revivre » son existence passée, en renouvelez en rajeunir toutes les impressions, en retrouver toi^ les détails, toutes les circonstances et « croire être encore », c'est, si l'on veut, le triomphe de ~ mémoire, mais c'est aussi bien celui de l'oubli, es cela suppose le présent, c'est-à-dire le passé immc diat, aboli, chassé de la pensée, tenu pour nc^ existant. L'oubli du présent, c'est donc l'envers c^ cette mémoire du passé.
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Dans le cas de la mémoire organisée, l'oubli (si l'on peut dire alors qu'il y a oubli) est un sacrifice consenti aux exigences de la mémoire ; il sert, comme l'ombre au tableau, à mettre en valeur les parties éclairées ; il est le sous-entendu, l'inexprimé, non ce qui a simplement disparu, ce qui est sorti de la pensée. Il suit de là qu'il est partiel, progressif et provisoire ; on laisse échapper ses souvenirs peu ' à peu, on peut aussi par degrés les ressaisir.
Dans le cas de la mémoire brute ou naturelle, l'oubli est bien différent ; c'est une grâce d'état, un don, un bienfait de la nature, ou au contraire, une infirmité, une disgrâce, en tout cas, un effet ou une forme du tempérament. N'est pas qui veut « exceljent en oubliance » comme Montaigne ; il y faut une indifférence pour les choses, un détachement des personnes, une aimable « langueur et paresse », <ïualités ou défauts qui manquaient à Thémistocle, se plaignant d'avoir une mémoire impitoyable. Le secret pour acquérir la faculté d'oublier, non moins précieuse que celle de se souvenir, serait de se don- ^6r, s'il se pouvait, la légèreté ou versatilité qui permet de revêtir et de jouer au naturel des personnages divers et de dépouiller entièrement le personn^-ge ancien, chaque fois qu'on s'incarnerait en un nouveau. Mais alors l'oubli serait immédiat, total, déflnitif; la mémoire s'en irait tout d'un coup et tout d'une pièce et on ne pourrait la reconstituer ou *^ recomposer par degrés. C'est en etTet ce qu'on observe chez certaines personnes qu'on est presque tenté de regarder comme hypocrites et menteuses, t^nt elles renient aisément leurs convictions anciennes, tant elles jettent lestement par-dessus bord le "^age d'idées, de sentiments dont elles ont cessé ^e vivre. Non seulement elles brûlent ce qu'elles ont
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adoré, mais elles nient, non pas effrontément, mais de bonne foi, qu'elles aient jamais adoré ce qu'elles brûlent maintenant ; elles ont oublié ce qu'elles furent, elles ont « enterré » leur passé; en vain vous faites appel à leurs sentiments d'autrefois, vous leur rappelez leurs actes, leurs paroles, leur attitude passés; elles soutiennent que vous vous trompez, que cela n'a jamais été, elles ne le reconnaissent plus. Le fait est si commun qu'il paraît presque normal. Supposez le phénomène inverse : le présent aboli, au lieu du passé ; la personnalité actuelle disparaissant pour faire place à une personnalité ancienne, au lieu de lui survivre ; le vivant qui meurt, le mort qui redevient vivant : voilà le « paradoxe > de la mémoire sénile, voilà ce qui fait de la régression^ entendue comme le retour à l'enfance, un phé nomène morbide. Mais, pathologique ou normale^ la mémoire a ceci de commun, dans les deux ca que j'indique, qu'elle est liée à un état de personnaj lité, qu'elle comprend tout ce que cet état impliquer qu'elle ignore tout ce qu'il exclut.
Selon nous, la mémoire en question rentre dansU mémoire brute, quoiqu'elle présente tous les caracz tères d'une mémoire fortement organisée, bien plur. (îxéo, stéréotypée, et justement parce qu'elle le représente. Quand les images, qui forment la me tière da la mémoire, ne sont plus souples, modifia blés, ne se prêtent plus à entrer dans des combina sons nouvelles, quand elles arrivent désorma toujours ensemble et dans un ordre invariable, qua elles ne se dissocient plus les unes des autres et s'associent j)Uis à d'autres, ou encore, quand I mémoiro vit sur son fonds, ne s'enricliit plus, quan ell(i cesse (rôtre assimilatricc, ell(^ cesse aussi et pa l;\ môme d'être organisatrice, tout organisée qu'ell
LES LOIS DE LA MK.MOIKK HKVÉI.KKS PAR l/oi DM 147
soit et demeure. On peut dire alors qu'elle se survit
à elle-même; le bloc qu'elle forme est une matière
qui ne se renouvelle ni ne s'organise plus. La mé-
' moire, dans ce cas, paraît être portée à son maximum,
à son point culminant, parce qu'elle revêt la forme
globale, parce qu'elle assemble toutes ses images et
8€ garderait d'en omettre une seule ou plutôt de
faire grâce d'aucune. Mais c'est là une abondance
stérile, une richesse dont l'esprit ne tire plus parti,
pour ne pas dire un superflu ruineux. La vraie
Mémoire organisée est celle qui ne succombe pas
sous sa propre charge, qui n'en est pas accablée, qui
sait la quitter ou la reprendre à volonté, qui sait
aussi la mesurer, qui n'en est point fatalement
encombrée.
Au reste la mémoire dont nous parlons est plus caractérisée encore par ses lacunes réelles que par son apparente richesse. Nous avons. dit qu'elle Çst liée à un état de personnalité, qu'elle est le réveil intégral de cet état; mais elle est aussi très fermée, 1res systématique, elle est étrangère à tout ce qui *^est pas cet état, elle ne le reconnaît point. Cela peut aller fort loin chez certains sujets. « Ils revivent ï'éellemént leur existence passée et s'y croient encore vilement qu'ils ne reconnaissent plus les personnes 6t les objets qui les entourent, si ces personnes et ces objets ont été en rapport avec eux à une époque postérieure à celle où les ramène l'état dynamique ' ^n cerveau »*.
On sait l'histoire vraiment tragique de cette femme ^^] « fut prise en couches d'une longue syncope à la snite de laquelle elle avait perdu la mémoire du temps qui s'était écoulé depuis son mariage inclii-
^' P- Sollier, le Problème de la mémoire, p. 120.
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sivfiiieiit ». Sa vie coiijuiral»'. et elle seule, sort ainsi de son rsprit, mais puni' toujours. ^ Ses paren et ses amis sont parvenus par raison et par l'aut rite de leur témoignage, à lui persuader qu'elle es mariée et qu'elle a un (ils. Elle les croit^ parce qu'ell aime mieux penser qu'elle a perdu le souvenir d*un année que de les croire tous des imposteurs. Ma sa conviction, sa conscience intime ny est pour rien Elle voit là son mari et son enfant sans pouvoi s'imaginer par quelle magie elle a acquis Tun donné le jour à l'autre*. »
Ce cas est typique; il constitue l'oubli véritabl ou proprement dit, qu'il faut définir une non-recon naissance. Pour qu'il y ait oubli en effet, il ne sufi pas qu'un fait soit sorti de l'esprit ou qu'on ne se 1 rappelle pas présentement, il faut encore qu'on ai le sentiment indéfinissable, mais très net, deTimpo sibilité de se le rappeler, impossibilité attestée or confirmée elle-même par une autre impossibilit celle de reconnaîti'e le fait en question, lorsqu'il s présente ou lorsqu'on se le représente. Se sentie étranger en face d'un fait de sa vie passée, avoi conscience qu'on ne saurait non seulement le fair revivre, mais encore faire revivre le sentiment qu'ot l'a connu déjà, voilà l'oubli véritable, sous sa formcomplète. Il est donc une mort partielle, un anéa tissement d'une partie du moi ou plutôt il est I&. conséquence de cet anéantissement, il est le spnti-
1. CiXiJ pîir Ribot, Maladies de la mémoire, p. 62. Cf. le c rapporté dans le môme ouvrage, p. 116, d' « un vieiUard qu étant avec sa femme, s'imaginait t'tre chez une danae à qui consacrait autrefois toutes ses soirées et qui lui répétait cons tamment : « Madame, je ne puis rester plus longtemps; i faut que je revienne près de ma femme et de mes enfants » De tels cas de non-reconnaissance et de reconnaissance à fau sont fréquents dans la seconde enfance.
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qui s'attache aux parties mortes, détachées du
Jbli, ainsi entendu, est un fait naturel. J*apmémoire brute ou naturelle la mémoire cone à part de Tentendement. On peut user du nement pour retrouver les souvenirs, ou pour irifier, les contrôler, mais jamais pour s'en ', les suppléer et en aucun cas on ne saurait idre l'opération du raisonnement et celle de la ire : la première est discursive par définition, onde intuitive. Môme quand le raisonnement ent « pour vérifier l'exactitude des souvenirs, it jamais, dit très bien le philosophe Lequier, ir d'autres souvenirs et la mémoire qui s'appuie raisonnement n'est pas proprement la mélaquelle a cette vertu d'atteindre son objet itermédiaire ». Cotte mémoire qui ne procède u raisonnement, qui est une appréhension î. une intuition, il est au pouvoir du raisont de l'utiliser, mais non pas de la produire; e qu'on a vu par l'exemple de cette femme lit perdu la mémoire du temps écoulé depuis iriago : on put bien \m. prouver qu'elle avait iri, un fils, on réussit à le lui faire cy^oire^ •n ne put pas faire qu'elle s'eïi souvint. On ne L établir plus nettement qu'il existe une mépure, laquelle ne doit rien au raisonnement et iquelle le raisonnement ne peut rien, apporterai un fait analogno, non moins proi'amnésie temporaire et partielle^.
suite d'une grande fatigue physique et surtout le, M'"** A... lut en proie, pendant une nuit, à une
un autre cas (i'aninrsi»* produit par l'extrême fatigue, ! HoUand cité par Hibot, ouvrage cité, p. 114.
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vive angoisse causée par la perte totale des souvenirs df la v<'ille. Voici dans quelles ciironstances. Son mari lu ayant annoncé un matin qu'il disposait d'un congé ines péré de quelques jours, elle forma aussitôt avec lui h projet de passer ces jours-là à la campagne. Maislecongt était limité; il fallait n'en rien perdre et partir le soii même. M'"* A... tlt des prodiges de réflexion rapide e sûre: elle prit toutes les mesures nécessaires, lit ses visite: d'adieu, ses courses cht'z les fournisseurs, procéda avec méthode, n'oublia rien et lut prête à temps. Mais une foi: dans le train, elle tomba comme épuisée par ce gram effort. La soirée toutefois se passa sans incident. M™® A.. s'endormit à son heure habituelle. Mais elle se réveilh bientôt, la tèle faible, incapable de rassembler ses souve nirs. Elle reconnaissait la chambre où elle se trouvait, elh savait qu'elle était venue à la campagne, et à quelle occa sion, mais elle ne pouvait se rappeler commejit' s'étai effectué son départ de la ville. Fort troublée, elle réveilh son mari et lui demanda si, en partant, elle avait di adieu à sa mère, si elle l'avait embrassée, si elle avai fermé son appartement, si elle en avait remis la clef à ui tel. « Je sais bien, disait-elle, que j'ai dû faire tout ceh mais je ne m en souviens pas, je ne peux pas m'en souvenir, i Kt apn'*s que son mari l'eut rassurée au sujet des fait oubliés, elle voulut être rassurée sur son oubli même « Aide-moi donc, lui disait-elle, à me rappeler. Car c'eE cela (jui est incroyable que je ne me rappelle pas. Ains j'ai embrassé maman ? — Mais oui, devant moi. — Voyons? rappelons les choses par ordre. - Hé bien, tu as fa d'abord ceci, puis cela, puis cela encore. — Oh! arrête-to ma tête se perd, je ne me rapi)elle rien, mais rien. Ou je sais que tout ce que tu dis, j'ai dû le faire, et mêm je suis sûre que je l'ai fait ; je me disais cela tout à l'heur à moi-même avant de te réveillei*; inais, et c'est justemer ce i\\\\ in'in({uiMe, je ne. me le l'appelle pas, et je sen l'impossibilité (le me le rappeler. » Le ujari l'assura qu'elF devait dormir «1 (\\\v. le leiKleinaiii, au réveil, sa fatigu passée, ses souvtîiiirs lui n^vi<'udraient rl'eux-mêmes. El réalité l'amnésie durait encore au réveil, mais l'angoiss
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compagnait était déjà moins vive. Après le déjeumoment du café, M"® A... dit à son mari qui lui t des faits dont Toubli l'avait préoccupée si fort: ! oui, à présent je me souviens de tout cela ! »
is les particularités de ce cas. L'amnésie est ement circonscrite à la demi-journée du surde M""* A...; elle porte sur la totalité des cette demi-journée. Les faits oubliés étaient le plus simple raisonnement devait les faire ^r; etM""' A..., esprit méthodique et réfléchi, ouvait en effet sans peine, mais elle les lit sans les reconnaître. Non seulement elle rouvait, mais encore elle les localisait; > rétablissait dans leur ordre et dans chainement. Enfin M"** A... avait la cerne les faits oubliés par elle s'étaient réelle- Lssés, certitude fondée sur ses propres induesur le témoignage de son mari. Kn résumé dire qu'elle avait conscience de son oubli, connaissait les faits oubliés dans leur niatéît dans leur ordre, et qu'elle ne concevait loute sur la réalité objective de ces faits. Et mt personne ne contestera que le cas en i ne soit une amnésie bien caractérisée ; is, je prétends que ce cas représente l'amnéprement dite, obtenue ici à Tétat de pureté.
la mémoire, en efîet, ce n'est pas nécessaireirdre toute connaissance des faits passés, ou ordre, de leur situation respective dans le nais c'est toujours, c'est avant tout, et c'est re uniquement, perdre la reconnaissance de s.
émoire et l'amnésie ainsi définies ditïèrent lémoire et de l'amnésie telles que les entend
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Kibot. Iiil)()l considcTC la reconnîiissance comme caractère sans importance, par lacjuelle la mém( psychique se distinguerait de la mémoire en généi encore propose-t-il de remplacer le mot « reconn sance » par celui de « localisation dans le tempt^^ qui n*a pas cependant le même sens, parce qu^ dernier terme « n*impliquerait aucune hypothèse qu'il ne serait que la simple expression des faits ** Nous regardons au contraire la reconnaissau comme Télément essentiel et caractéristique souvenir et nous serions tenté de dire, d'un mot, la mémoire est la reconnaissance. Toubli, la rm reconnaissance.
Mais, si la mémoire n'est pas pour nous ce qu' est pour Ribot, l'amnésie ou perte de la mémo telle que nous l'entendons, n'est pas non plus Vi nésie telle que la conçoit Ribot : elle se produit A d'autres conditions et obéit à d'autres lois.
La reconnaissance, en tant qu'elle est un act^ perception immédiate, non de raisonnement, simple, indécomposable.; elle est ou n'est pas, ne comporte pas de degrés ; elle ne peut donc soumise à une loi d'évolution ou de dissolution; ne j)eut avoir une marche progressive ourégressi- '^^ elle naît et disparaît tout d'un coup. Par là ell^ distingue : 1° de la conservation et de la restau» ^ tion des souvenirs, nécessairement toujours inco ^ plètes, mais qui le sont plus ou moins et se co ^ plètent peu à peu ; 2° de la localisation qui vien^ la suite de raisonnements plus ou moins longs compliqués.
Ce caractère de soudaineté ou d'instantanéité ^ la reconnaissance est signalé par tous les auteurs.
J. Maladies de la mémoire, p. 33.
LES LOIS DE LA MÉMOIRE RÉVÉLÉES PAR l'oI BLI 153
a été en particulier clairement indiqué par Bourdon.
« On éprouve parfois, dit-il, une sorte de choc, en reconnaissant immédiatement quelqu'un. La reconnaissance est généralement involontaire et subite : laddis qu'o,n peut faire effort pour chercher où, quand on a déjà vu une personne que Ton rencontre de nouveau, on la reconnaît en général tout de suite*. »
Ce n'est pas encore assez dire. Ce que Bourdon appelle le cas général est la loi. Qu'elle vienne à la suite de la localisation ou la précède, la reconnaissance est toujours ' immédiate : c'est une lumière qui s'allume ou s'éteint tout d'un coup, mais (jui d'ailleurs peut durer plus ou moins et se projeter sur un nombre plus ou moins grand d'états successifs. Dès lors, tandis que, la mémoire étant définie la conservation et le réveil des perceptions passées, l'amnésie est conçue par là môme comme une maladie dont on suit la marche envahissante et la guérison progressive (Ribot), si par mémoire, au contraire, on entend la reconnaissance^ l'amnésie apparaît comme une crise foudroyante, comme un état morbide qui ne peut s'aggraver ni diminuer, |ûais seulement disparaître, et qui disparaît comme lïnaît, c'est-à-dire entièrement et tout d'un coup.
Ribot a remarqué lui-même que certaines amné-^ sies, fl les amnésies temporaires, procèdent le j)lus souvent par invasion brusque et finissent de même d'une manière inopinée- ». Mais ce qu'il regarde comme une anomalie et une exception et signale à ce titre est en réalité la loi et s'applique à toutes les aninésies, et non pas seulement aux « amnésies lemporaires », si, au lieu d'entendre par amnésie la
J» Ohiervations comparatives sur la reconnaissance ^ la dissémination et Vassociation. (Revue philosophique, août lS9;i.) 2- Ouvrage citéy p. 54.
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perte malérielle des souvenirs, on entend la j de la fonction môme du souvenir, laquelle n dans Tacte de la reconnaissance, ou, d'un me non-reconnaissance.
La distinction entre la restauration p7*ogre des souvenirs et leur reconnaissance immédiat soudaine ressort encore des deux cas suivants, i tionnés .[)ar Ribot.
Un homme, âgé de trcntt^ ans, fort instruit, à la d'une grave maladie, avait tout oublié jusqu'au non objets les plus communs. Sa santé rétablie, il comn à tout apprendre, comme un enfant, d'abord le nor choses, puis à lire; puis il commença à apprend) latin. Ses progrès furent rapides. Un jour, étudiant son frère (jui lui servait de maître, il s'arrêta subitemi porta la main à son front. « J'éprouve, dit-il, dans h une sensation particulièi'e, et il me semble maintenan j'ai su tout cela autrefois. » A partir de ce momei recouvra rapidement ses facultés*.
Une femme qui avait perdu la mt^moire à la i d'une émotion intense (étant tombée par acci dans une rivière, elle fut presque noyée), la reco d'abord peu à peu, puis ton! d'un coup, à la i d'une autre émotion, éf^alement forte, (l'une cris jalousie, déterminée par la nouvelle
que son mari courtisait une auti'o femme. — G( son retour à la santé. Lo voile de l'oubli^se déchir comme si elle se réveillait d'un long sommeil de d mois, elle se retrouva entourée de son grand-père et « grand'nuTe, «le leurs vieux amis dans la grande iik de Soi'eham. Kilo s'éveilla en possession de ses la^ nalur<'lles id de ses (•onnai>sanees antérieures... T( ses eonnaissances ni ni^nie toutes ses facultés n'éti