‹ La mémoire et l'oubliChapitre 36 sur 92 · LES MÉMOIRES PRODIGIEUSES OL EXTRAORDINAIRES · texte numérisé non relu

LES MÉMOIRES PRODIGIEUSES OL EXTRAORDINAIRES

ia.mais entendu personne donner tous ces détails * ».

Témoin encore un garçon boucher récitant, dans des accès de fièvre des tirades entières de Phèdre, dont en bonne santé il ne pouvait redire un mot, une servante de curé parlant latin dans le délire, etc. On ne sait pas, oh n'imagine pas tout ce que l'esprit est capable de percevoir et de retenir, sans y penser.

La mémoire, dit Alfred Maury, ne repose pas, autant ^ue l'ont admis certains philosophes, sur la puissance de l'attention; elle tient bien plutôt « à la délicatesse de l'ap- Pareil sensitif », à l'impressionnabilité nerveuse; c'est pourquoi, quoique « l'attention soit beaucoup moins puissante chez Tenfant que chez l'homme fait, la mémoire ^ plus d'énergie chez le premier que chez le second », 1 impressionnabilité cérébrale étant plus grande chez l'enfant que chez l'adulte. Voici « un fait qui rend manifeste cette action machinale et en quelque sorte j)assive de la 'ïïenioire. Il me revenait souvent à l'esprit, et je ne savais pour quel motif, trois noms propres, accompagnés chacun ^ un nom de ville de France. Un jour, je tombe par hasard sur Un vieux journal que je relis, n'ayant rien de mieux à 3.ire. A la feuille des annonces, je vois l'indication d'un ^P<it d'eaux minérales avec les noms des pharmaciens ^^ les vendaient dans les principales villes de France. .^s trois noms inconnus étaient inscrits là, en face des *lles dont le nom s'était associé à eux. Tout «'«tait expliqué; .^ mémoire, excellente pour les mots, gardait le souve- ^^ de ces noms associés, sur lesquels mes yeux avaient du

porter alors que je cherchais (et cela avait eu lieu deux

.^*s auparavant) un dépôt d'eaux minérales; mais la

rconstance m'était sortie de l'esprit, sans que pour cela

, Souvenir fût complètement eiYacé. Or assurément je

^^ais pu mettre une grande attention dans une lecture

*^ssi rapides».

^* Kibot, Maladies de la mémoire ^ p 145.

^^- Alfred Maury, le Sommeil et les Rêves, p. 128, 3« édit. *^^U, Didier, 1885.

174 LA MHMnini: KT I.'oi IJI.I

La mémoire physiologuiue suffit donc, dans des cas normaux aussi bien que morbides, pour enregistrer dans le plus menu détail des faits isolés, et même parfois en nombre considérable. Il n'y a même pas lieu de supposer que ce soient là des cas l)riviléi,nés. exceptionnels. Suivant Leibniz, bien des faits se gravent ainsi, à tous moments, en nous, à notre insu. « Souvent, ([uand nous ne sommes poinl admonestés, pour ainsi dire, et avertis de prendre garde à quelques-unes de nos perceptiuns présentes, nous les laissons passer sans réflexion et sans être remarquées ; mais, si quelqu'un nous en avertit incontinent après et nous fait remarquer, par exemple, quelque bruit qu'on vient d'entendre, nous nous er souvenons et nous nous apercevons d'en avoir ei tantôt quelque sentiment ^ ». Il ne s'agit ici, à vrî dire, que de la mémoire immédiate, mais on pei conclure de ce (jue celle-ci est toujours à ce q^ l'autre mémoire, la mémoire ordinaire ou proj)* ment dite, peut être en certains cas. Supposons, eifel. suivant l'ingénieuse comparaison de W. Janv * au lieu dun cerveau, semblable à la gélatine « ^vibre et nt; garde pas d'em[)reinte »>, un cerveau cire, où tout s'imprime et se grave, la mémoire a«^ alors toute l'étendue ou la portée de la mémc^ immédiate,' et en plus le prolongement ou la du ^ de la mémoire ordinaire : c'est ainsi que (îrotiu^> Pascal n'oubliaient rien, dit-on, de ce qu'ils avai ^ lu et pensé et que le cardinal Mezzofanti, dont rapporte (|u"il savait plus de cent langues. di!=^ . n'avoii" jamais oublié un mot qu'il avait ajjpris. attribue hi même mémoire sans défaillances philùl sans lui In au j)aj)e Clément VK mais on ajon-

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