ES MÉMOIRES PRODIGIEUSES 01' EXTRAORDINAIRES
' ^^fication qui produit la mémoire. Celle-ci naît de
^'aUention élective, de la curiosité passionnée. Dis-
1 '^oi ce que tu aimes, je te dirai ce que tu sais. Il
^y a pas de connaissances, si vastes, si ardues
9u'0D les suppose, qui, l'organisation aidant, soient
^-dessus d'une mémoire humaine, celle-ci étant
^We-même supposée aussi rebelle et aussi ingrate
?ii*OQ voudra. 11 suffit que la nécessité ou l'attrail,
Ji'e le besoin ou le désir de savoir se rencontrent
P^Ujque la mémoire apparaisse, et un besoin impé-
f'^Ux ou un attrait très vif, par l'impulsion qu'il lui
^^ooiie, élève la mémoire au-dessus d'elle-même et
^ ^ fait réaliser des prodiges.
^our qui poursuit une fin, rien de ce qui sert
^^•te fin n'est indifférent; tout détail est le bien
^*>^ qui précise les données d'un problème; bion
^^s, parla place qu'il tient dans l'ensemble, ilde-
^>^t passionnant. Taine note lo goût de Napoléon
^ c^étails. A leur endroit son avidité est insaturable. Dans
*^ ^^oe ministère, il en sait plus que le ministre et dans
^^-c^ue bureau, il en sait autant que le commis. Sur sa
*^4^ sont des états de situation des armées de terre et de
^^■^ ; il en a donné le plan, et ils sont renouvelés le pre-
■^^x* jour de chaque mois; telle est sa lecture quotidienne
T^référée. t J'ai toujours présents mes états de situa-
^^*^« Je n'ai pas de mémoire assez pour retenir un vers
S'^^^^indrin, mais je n^ oublie pas une syllabe de mes états
^ situation. Ce soir, je vais les trouver dans ma chambre
^^ Je ne me concherai pas sans les avoir lus *.
Clette mémoire sélective, spéciale, est inspirée et ^utenue par la vocation ou la passion de l'adminis- Itateur. On en trouverait l'analogue, sinon 1 equiva-
L 1. Taine, Origines de la France contemporaine ^ i. iX, p. 41.
lent, dans toute autre passion. Ainsi, dit W. James,
un élève amateur de sports, vraie bûche devant ses livres, vous étonnera par sa connaissance des records de divMS jeux et se montrera un dictionnaire ambulant dé statistique sportive... Le marchand se souvient de ses prix, le politicien des discours et des votes d'autres politiciens avec une abondance de détails étonnante.
Mais on peut s'en tenir à la mémoire de Napoléon, laquelle représente la mémoire sélective sous sa j forme éminente ; on remarquera qu'elle est aussi tenace et précise à Tégard de tous les faits que Napoléon met son intérêt, sa passion à savoir, qu'exclusive de tous les autres faits.
Ainsi, par exemple encore,
sa mémoire topographique et son imagination géographique des contrées, des lieux, du terrain et des obstacles ; aboutissent à une vision interne qu'il évoque à volonté et qui, après plusieurs années, ressuscite en .lui aussi fraîche qu'au premier jour. « Il avait peu de mémoire, dit Boutrienne, pour les noms propres, les mots, les dates; mais il en avait une prodigieuse pour les faits et les localités. Je me rappelle qu'en allant de Paris à Toulon, il me fit remarquer dix endroits propres à livrer de grandes batailles... C'était alors un souvenir des premiers temps de sa jeunesse, et il me décrivait l'assiette du terrain, me désignait les positions qu'il aurait occupées, avant même que nous fussions sur les lieux*.
Il va de soi que l'intérêt, à lui seul, n'explique pas la mémoire, qu'il n'a pas la vertu de la produire et ne la produit pas en effet toujours. Il est le principe d'impulsion ou le primum movens de Tart mnémonique ; il n'est pas cet art ; il ne le crée pas, il le suscite, il l'appelle à la vie et Tanime, mais il ne le