Taine, nurvfif/r cifc
ES MÉ.MOIUES PRODIGIEUSES Of EXTRAORDINAIRES 191
is les oublier, c'est le sentiment de la place qu'il» îcupent dans l'ensemble, c'est Fintelligence de leur ns, de leur portée et de leur rôle, comme servant !S desseins, comme rentrant dans un plan, ardement poursuivis. D'autre part, le travail mental, le celte mémoire représente et qu'elle fixe, se ursuit, se renouvelle sans cesse, il est perpétuelle- 3Bt mis à jour ; la mémoire est donc entretenue plutôt ravivée, rajeunie ; elle se conserve, en ce as qu'elle ne vieillit pas. Enfin la solidarité ou la ison logique des souvenirs fait la solidité, la ce et la ténacité de la mémoire. « Dans un sysle quelconque, chaque détail est relié à tous les res par quelque rapport intelligible ; dès lors, s concourent également à garantir sa conservai. Ce qui rend son oubli à peu près imposei ».
a supériorité de la mémoire de Napoléon, et de némoiro en général, tient donc à son organisa- Ltion ou systématisation. Mais de tous les syses mnémoniques, le plus parfait est un système onnel, ou une science:
Qe science, dit W. James, forme la plus efficace des binaisons d'épargne du travail. Elle décharge la mère d'un nombre immense de détails en remplaçant des dations dé simple contiguïté par des associations ques d'identité, de similarité, d'analogie. Si vous consez une loi, vous pouvez débarrasser votre mémoire le masse d'exemples particuliers, car la loi les repro- *a pour vous, quand vous en aurez besoin. Prenez par mple la loi de la réfraction. Si vous savez son fonctionlent, avec un crayon et du papier, vous découvrirez Qédiatement, comment une lentille convexe, ou une
• \V. James, Précis de psychologie, p. 383. Paris, Rivière,
192 LA MKMOIRE ET l'oLBLI
lentille concave, ou un prisme, doivent respectivement altérer l'apparence d'un objet, tandis que, si. la loi vous est inconnue, vous devez charger votre mémoire du souvenir de trois sortes de phénomènes.
Un système philosophique, dans lequel toutes choses trouvent leur explication rationnelle et sont reliées les unes aux autres, comme les causes à leurs effets, serait le système mnémonique parfait, où la plus grande économie d'eiîort produirait la plus grande richesse de résultats ^
S'il en est ainsi, nous devons rencontrer la mémoire la plus vaste, jointe à l'esprit le plus systématique, chez les philosophes et les savants, plus particulièrement chez les savants à l'esprit philosophique. C'est en effet ce qu'on observe, par exemple chez Leibniz et Auguste Comte, les têtes les plus meublées, les plus systématiques qui existent dans les temps modernes, où le développement des sciences défie Tesprit individuel et lui fait paraître vain et chimérique l'espoir d'embrasser à la fois toutes les sciences et de réaliser une œuvre analogue aux Sommés du Moyen Age.
Leibniz, dit Fontenelle, « ne marqua aucune inclination particulière pour un genre d'études plutôt que pour un autre. Il se porta à tout avec une égale vivacité ». Son père lui ayant « laissé une ample bibliothèque de livres bien choisis, il entreprit, dès qu'il sut assez de grec et de latin, de les lire touV avec ordre : poètes, orateurs, historiens, jurisconsultes, philosophes, mathématiciens, théologiens... Cette lecture universelle et très assidue, jointe à un grand génie naturel, le fit devenir tout ce qu'il avait lu. Pareil en quelque sorte aux Anciens, qui avaient l'adresse de mener jusqu'à huit chevaux attelés de
1. \V. Jamos, Causeries pédagof/iques, p. 105, Paris, F. Alcan, l'.M)7.