Î-ÏS MÉMOIRES PRODIGIEUSES OU EXTRAORDINAIRES
par écrit, quand elle est encore en lui pleine et entière, pour acquérir ensuite et par là même le droit de ne plus penser au trésor de ses connaissances accumulées, pour s'en libérer en quelque sorte. La mémoire d'Auguste Comte connaît ses limites et ne les dépasse point ; ou, pour mieux dire, quand cette mémoire a atteint son plus haut degré d'organisation et sa forme achevée, elle s'arrête et n'a plus qu'à se tradtiire et à se formuler : c'est alors que le travail de composition commence •
Chez Auguste Comte, comme chez Leibniz, la force de mémoire répond à la force de conception, ou plutôt ces deux forces^ s'équilibrent naturellement ; mais, avec les années, la mémoire s'affaiblit, jette du lest, et on voit alors Auguste Comte accentuer son système, reléguer d'abord au second plan comme accessoires, rejeter ensuite comme vaines et dangereuses, les spéculations mathématiques, scientifiques, philosophiques pures, s'attacher d'une f^çon de plus en plus exclusive au 'côté sentimental de sa doctrine, d'un mot, à la « religion », entendue comme le consensus normal de l'âme humaine, ** l'état de pleine harmonie propre à l'existence humaine, tant collective qu'individuelle, quand toutes ses parties sont dignement coordonnées^ >». Il n'y a pas sans doute dualité dans l'esprit ni dans la doctrine d'Auguste Comte, mais il y a rupture d'équilibre, transmutation de valeur ou renversement des proportions entre les éléments de cette doctrine, suivant que la mémoire d'Auguste Comte peut embrasser un plus ou moins grand nombre de ces éléments. L'évolution d'un système philosophique