‹ La mémoire et l'oubliChapitre 52 sur 92 · Auguste Comte, Politique positive, t · texte numérisé non relu

Auguste Comte, Politique positive, t

2. Philosophie de l'esprit huiiuiin, t. I, p. 310, in F ourrarje cité.

l'unité de la mémoire ' , 205

a différence organique » dans « Ténergie des étions » de Tesprit en général, comme cause entielle de la « spécialité » de la mémoire, s'ajout à ces causes secondaires qu'il appelle les iversités de préparation et de situation »• I ne suffit donc pas, pour établir l'existence des moires spéciales, d'invoquer le fait de l'inégalité urelle des mémoires, attesté par maints exemples îbres : celui des « peintres, comme Horace Ver-

et Gustave Doré qui peuvent faire un portrait mémoire » , celui de « Mozart notant le Miserere la chapelle Sixtine, après l'avoir entendu deux

», celui « des joueurs d'échecs qui jouent mentaient une ou plusieurs parties », etc. L'inégalité

mémoires est sans doute très réelle ; même elle relève pas seulement de l'observation ; le rainement la confirme et suffirait à l'établir : de ce

la mémoire a des bases organiques et sensoles il suit en effet que la diversité de confor- ■ion et de puissance des organes des sens entraîne ime conséquence naturelle l'inégalité des mères. Mais « inégalité » ou « diversité » ne veut

exactement dire « spécialité ». Ou plutôt le ae même de spécialité est « impropre » (Sollier) : it d'abord vague et équivoque.

î qui a conduit à la notion des mémoires partielles, la pluralité des mémoires, dit le D*" Paul Sollier, sont les amnésies, lesquelles peuvent être géné- ; ou partielles. Mais encore y aurait-il lieu de pré- ' ce qu'il faut entendre par cette épithète : une amnéystématisée, portant sur une période plus ou moins ue, et la perte du souvenir des images visuelles des î sont deux amnésies partielles, l'une portant sur une ion de la série des souvenirs, l'autre sur un des éléts seulement de ces souvenirs. Ce sont deux choses

2tH> I,A MKMOIRE ET l/o[ BLI

tout à fait différentes et Ton voit de suite que l'épithi

de partielle, appliquée à la mémoire, comme peiûlanl l'amnésie, ne signiGe plus rien du tout^

La reûiarque est fort juste. Ce n'est pas qu'il puisse exister des mémoires partielles. Il y eu aurs au contraire de plusieurs sortes, qu il importe distinguer. Une mémoire peut être spéciale dans ~ sens, générale dans un autre. Ainsi soit par exem] deux mémoires inégales et inégalement développé! n'avant ni la même richesse ou étendue de sou^ nirs ni la même espèce de souvenirs ; chaci d'elles ne laisse pas d'être une et complète en s genre. Pour que Vunité de la mémoire fût brisée, faudrait ou qu'une tranche fût découpée dans trame des souvenirs (oubli portant sur une pério de vie déterminée; c'est le premier cas imaginé Sol lier, cas qu'on observe si souvent dans les a( dents, chute sur la tête, etc., celui d' « une amn.-^ sie temporaire et limitée » 2 ) ou, qu'un éléùient d^souvenirs, à savoir une classe déterminée d'image fût éliminé, les autres subsistant (c'est le second c^^ de Sollier, fréquent dans l'aphasie, dont il const^^ tuerait les espèces ou variétés : perte des image? -^ visuelles, des images motrices d'articulation, etc.^- L'unité de la mémoire, non seulement est diversement et inégalement atteinte dans ces deux cas, mait> encore subsiste à quelque degré dans chacun d'eux. Kn eiïet une mémoire tronquée, incomplète (remar- (jiions en passant qu'il n'existe pas de mémoire complète, que toute mémoire, normale aussi bien

1. Paul Sollier, le Problème de la mchnoire, p. 23. Paris, K. Alran, l'JOO.

2. Voir iiiiu analyse do co. ras dans Ribot, Maladies de la mémoire^ pp. lOI-O.s.

L l'mtf: de i.a iii:MOiRr:

"^iie morbide, a ses trous) ne laisse pas de former ^n ensemble défini, un système, de garder son Milité, au moins formelle, mais il n'est pas et il ne saurait être question pour la mémoire d'une autre ïinitéque celle-là.

Si ce n'est pas un groupe' donné de souvenirs

hétérogènes ou quelconques, portant sur une période

donnée^ mais un groupe de souvenirs homogènes, on

un élément unique de toute la série des souvenirs,

îui se trouve exclu de la mémoire, celle-ci ne laisse

pas d'être encore systématiquement une, elle forme

seulement alors un système original par l'espèce

^es éléments qu'elle renferme, par Tordre dans

'equel ces éléments sont classés et la prépondérance

assurée à Tun ou à plusieurs d'entre eux sur les

autres. De toute façon, la mémoire est une; elle

Peut s'appauvrir, sans être ruinée ou détruite: elle

peut manquer d'une certaine sorte de richesses,

*l'une certaine classe d'images, sans être pour cela

^^épourvue, et, quelle que soit la dose ou la nature

des éléments dont elle dispose, c'est dans la façon

dont elle en dispose, dont elle les groupe et les

hiérarchise que réside son unité ; celle-ci, n'étant

point matérielle, mais formelle^ est donc à Tabri des

pertes que la mémoire subit.

Admettons cependant que l'on puisse parler d'une unité matérielle de la mémoire et (pie c'est d'elle en effet que l'on parle. Nous allons voir que cette unité est difficile à établir, en partant, comme le fait Ribot, des bases organiques de la mémoire. Tout d'abord la mémoire n'est pas si bien liée aux sens que la destruction ou lésion de ceux-ci entraine la perte de celle-là.

Pour dire qu'il y a des mémoires partielles, il faudrait,

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suivant Sollier, que la destruction des centres sensoriels ou moteurs amenât, non seulement la perte de la perceptivité ou de la motricité, mais encore la perte des images anciennes. Or il n'en est rien... La destruction des centres de la vision ou de l'audition n'entraîne nullement la perte des souvenirs visuels ou auditifs. » Et l'auteur conclut en ces termes, qui concordent curieusement avec les lignes de Comte citées plus haut : « Ce n'est en réalité que pour le langage qu'on a introduit la notion des amnésies et, en conséquence, des mémoires partielles ^ »

Je ne veux pas chercher si on a eu raison d'introduire, pour le langage même, la notion des amnésies (et partant des mémoires; partielles, je rappellerai que la question est contestée et que Ton discute pour savoir s'il y a des aphasies aussi spéciales, aussi tranchées qu'on le dit, ou si Taphasie n'est pas au contraire toujours plus ou moins généralisée. Je ne veux pas transporter sur le terrain du langage la question posée ici; ce serait la déplacer sans la résoudre, et la déplacer sans profit, la question de l'aphasie n'étant pas plus avancée que celle de l'amnésie, dont elle est un cas particulier.

Non seulement on n'a pas réussi à établir une relation entre une amnésie spéciale (perte d'une classe déterminée d'images) et une lésion organique déterminée, mais encore on n'en saurait établir une, par la raison qu'il n'y a pas un centre unique qui commande les diverses opérations de la mémoire. Ainsi, du point de vue somatique ou anatomique, si on peut dire,

il n'y a pas plus des mémoires partielles qu'une mémoire générale. 11 y a une fonction mnésique, qu'on désigne par abstraction sous le nom de mémoire, et qui comprend tous les phénomènes par lesquels s'opèrent la fixation et

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