Ouvrage cité, p
l'unité de la mémoire 209
^& recollection des images sensorielles. Elle s'exerce par ^'intermédiaire d'organes divers^ dont certains ont pour mission de conserver les images-sensations et de les reproduire sous forme d'images-souvenirs. Si ces organes sont Altérés ou détruits, la reproduction des images qu'ils étaient chargés d'opérer est impossible; mais la perte dune ou plusieurs images n'implique pas plus la perte d'une fonction mnésique que l'oblitération de quelques alvéoles pulmonaires n'implique la perte de la fonction '"espiratoire, ou la destruction d'une glande salivaire, la perte de la fonction digestive.
On ne saurait donc. conclure de telle amnésie à la lésion de tel centre ; mais on ne saurait pas davantage conclure de la lésion de tel centre, entraînant telle amnésie spéciale, que le centre en question est « l'origine autonome » de la mémoire en question, comme le montre encore la comparaison suivante :
Quand un centre sensoriel est désorganisé par un ramollissement ou un foyer hémorragique, le malade atteint d*une telle lésion ne peut pas davantage puiser dans les cellules détruites les images qui y étaient conservées, qu'un négociant ne pourrait tirer de ses magasins ravagés par un incendie les marchandises qu'il y avait péniblement accumulées. Mais il ne s'ensuit pas que ce centre était l'origine autonome d'une mémoire. propre, indépendante de la fonction mnésique générale. A ce compte-là, il n'y aurait pas seulement autant de mémoires distinctes que de centres sensoriels corticaux ; il y en aurait autant que de cellules à images, car chaque cellule peut être détruite isolément, et la désorganisation de chacun des éléments, jouissant de la propriété de revivabilité. entraine fatalement la perte de la reviviscence des images qu'il avait enregistrées et qu'il était seul capable de reproduire.
Le D' Sollier, à qui j'emprunte la citation de ce texte de Pitres, conclut :
ri.
210 T,A MÉMOIRE ET l'oUBLI
Donc pas de mémoires partielles. Leur création D'est due qu'à une confusion dans les termes et à une interprétation erronée des faits cliniques. Je les avais moi-même admises en 1892, mais les recherches que j'ai poursuivies depuis lors dan:8 «ette direction me les ont fait rejeter complètement ^
Encore faut-il s'entendre. Sollier, qui invoque l'autorité de Pitres, ne s'accorde pas entièrement avec lui, car il ne rejette que « les mémoires partielles », il admet que la mémoire est une ou générale, tandis que Pitres n'admet pas plus « une mémoire générale » que des « mémoires partielles » ; autrement dit, Sollier prend parti da.ns la question, tandis que Pitres Técarte comme vaine et mal posée. Gela fait donc, non pas une opinion, mais deux, entre lesquelles il faut choisir.
Admettrons-nous avec Pitres que l'hypothèse de la pluralité des mémoires se réfute par l'absurde? Il n'y a pas en effet de raison de s'arrêter dans la voie où cette hypothèse nous engage. Nous devrons distin- • guer, non seulement autant de mémoires que d'ordres d'idées (mémoire des idées proprement dite, mémoire des sentiments, mémoire des actes), mais encore, dans chaque ordre d'idées ou de faits, autant de mémoires que de faits ou d'idées distincts. Considérons par exemple la mémoire des mots. Elle est déjà par elle-même spéciale ; mais de plus elle se décompose en mémoires : des substantifs, -— des adjectifs, — des verbes, — des prépositions, — des conjonctions, etc. Chacune de ces mémoires à son tour comprend des souvenirs distincts : la mémoire des prépositions par exemple comprend les souvenirs de arer, de par. de sur, etc., lescjuels ne sau-