‹ La mémoire et l'oubliChapitre 55 sur 92 · A. Lynch, Psychology, p · texte numérisé non relu

A. Lynch, Psychology, p

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pensée (et jusqu'où la * décomposition de la pens ^e ne peut-elle pas aller?) a sa mémoire propre et cj'mje la spécialisation de la mémoire est en fait bien pi '■js grande qu'on ne Ta supposé, est, pour ainsi dire, sa- wns limites. Voilà ce que Pitres semble juger, non j> SlS seulement imprévu, paradoxal, mais encore incooc^ «vable, et ce qiie, pour notre part, nous ne noxas croyons pas en droit de rejeter, ce qu^ nous n'avo jas même aucune répugnance à admettre.

Mais il convient de remarquer que la mémoire Tie s'évanouit pas pour cela en poussière, en atomes <ië mémoire, que son unité ne reçoit pas d'atteinte, qu'elle n'est ni perdue ni compromise. L'analyse c3e la mémoire n'est pas une décomposition réelle^; l^s mémoires qu'on distingue, on ne les pose pas comme existant à part, on les tient au contraire pour inséparables ; ce sont les parties d'un tout, les éléments d'une synthèse. Le souvenir des lettres initiale ^^ finale d'un mot fait évidemment partie intégrante '^^ souvenir de ce mot; le souvenir de ce mot fait lu^" même partie intégrante du souvenir de la phr^*® dans laquelle il est entré ; le souvenjr de c^*'*® phrase, du souvenir de la conversation dans laqu^*-*® elle s'est glissée; le souvenir de cette conver^*" lion, du souvenir de toutes les conversation^ tenues avec la même personne, et ainsi de suî ^^' On chercherait en vain un souvenir spécial, denfi^*^" rant isolé, sans lien avec aucun autre événem^^* do notre vie, bien plus, qui ne se rattache p^^ par (jnelque bout à toute notre vie; tous nos éta.*^ s'intègrc/ilj forment une série, dont les terin^^ sont interdépendants et hiérarchisés, s'appellera* el se cominandont les uns les autres. Même il fan'' (lire ici (lue, dans un système d'idées, le sys-* tème entier provoque raj)parition de chacune des

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idées dont il se compose, préexiste à ces idées; à ne considérer donc que révocation des souvenirs, ou plutôt que la loi qui régit cette évocation, la mémoire ^ornoe bloc, se meut tout d'une pièce, « l'idée du out détermine l'existence des parties » ; autrement lit, la mémoire est une et ne se laisse pas scinder n mémoires distinctes. Et si on considère, au lieu 'un système d'idées, le système entier des faits sychiques, à savoir la personnalité ou le moi, unité de la mémoire paraîtra encore mieux établie, i mémoire étant fonction du moi, traduisant la >rme sous laquelle ses états s'organisent, et poumt être définie le mode d'assimilation et de conîrvation de ces états. Ceux donc qui réclament en veur de l'unité de la mémoire n'ont point tort. Cette unité est réelle, mais elle n'est pas l'unité nnple, indécomposable, que les spiritualistes cousiens attribuaient à l'âme-substance, la mémoire le-mème n'étant pas et ne devant pas être conçue >rame une entité, une archée ou principe, au sens olastique du terme ; la mémoire est un système, son unité est celle d'un système ou d'un tout ; ajouterai qu'elle n'est pas l'unité qui résulte de '•gencement des parties d'un tout, mais celle qui 'éside à cet arrangement.

J^e ce que la mémoire est un système, il suit l'elle peut se décomposer, qu'elle se prête à l'anase 5 cette décomposition idéale, qui n'est qu'un •Océdé d'étude, bien plus, qu'elle se décompose 'Vilement en mémoires spéciales. Mais cette décom- ^sition est toujours relative. Normalement, la i^émoire est une, comme l'esprit ou le moi est un; '^ toute mémoire spéciale est, en un sens, morbide, pônt être regardée comme un commencement de désagrégation mentale. En fait, une mémoire spé-

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ciale est une anomalie et, quand elle est très caractérisée, une monstruosité psychologique. Logiquement, elle est une partie indûment substituée au tout, ou érigée en tout ; elle est une mémoire parasitaire, vivant aux dépens de la mémoire principale. Il est sans doute naturel, légitime et même indispensable de cultiver une ou plusieurs mémoires spéciales, mais à la condition de mettre chacune à sa place, et do lui donner le développement qui convient, c'est-à-dire de respecter Tordre hiérarchique des données mentales et Tunité du système ; qu'elles forment, système auquel il est permis de donner le nom de mémoire d'ensemble. Mais, lors même qu'un esprit n'a pas de mémoire d'ensemble on manque d'unité, les mémoires spéciales et hétérogènes qu'il possède ne laissent pas d'avoir chacune leur unité, et on pourrait soutenir, sans raffinement ni paradoxe, que leur ensemble disparate a lui-même son unité, difficile peut-être à définir, mais toujours plus ou moins confusément sentie. La mémoire est donc un système décomposable seulement en systèmes partiels, autrement dit, est un tout qui n^ peut être résolu en unités simples ; si loin que soil poussée, par le fait de la maladie, la dissociation de la mémoire, elle garde toujours à quelque degré le caractère d'une synthèse et ne saurait revêtir la forme purement atomique. La loi de régressiim, ou de dissolution progressive de la mémoire, bien interprétée, loin do contredire l'unité de la mémoire, l* confirme et sert à l'établir : la mémoire en etîet se désagrège, disparaît par masses, chacune d'elle* gardant une forme distincte, ayant son unité.

Cette discussion paraîtra sans doute spéculative, abstraite, pour ne pas dire verbale. La mémoire en elTet n'est-elle pas à la fois une et multiple, gén^'

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Lie et spéciale, puisqu'elle est ud système formé de >mbiDaisoDS diverses où entrent des éléments espèces différentes? On peut, suivant le point de le, remarquer Tunité d'une construction ou la versité de ses matériaux. — Assurément, mais icore fallait-il distinguer les points de vue et dégaîr leur valeur relative.

Mais transportons la question sur le terrain de la atique ; on en saisira peut-être mieux ainsi la pore. S'il n'existe que des mémoires spéciales, hété- ^ènes, il n'y a donc point et il ne saurait y avoir 5 culture générale de la mémoire. C'est la thèse le soutient Locke et que reprend W. James.

Suivant le premier,

force de la mémoire vient d'une heureuse constitution, non pas d'une habitude, acquise et perfectionnée par xercice. Il est vrai que Tesprit retient les choses à quoi s'est fortement appliqué et dont il se renouvelle souvent iée à lui-même par de fréquentes réflexions, de peur 'elles ne lui échappent, mais c'est toujours à proportion la force naturelle de sa mémoire. Ce qui est empreint r la cire ou sur le plomb ne se conserve pas si longfïips que ce qu'on grave sur le cuivre ou sur Tacier... ' i a.pprenant des pages de latin par cœur, on ne se rend s la mémoire plus propre à retenir quelque autre chose '*eti gravant une sentence sur du plorab, on ne le ren- '^it plus capable de conserver fortement d'autres caracres. Si, en exerçant sa mémoire de cette manière, on 3Qvait la fortifier, les comédiens auraient plus de mé- ^^îrt que tout le reste des hommes. Mais de savoir si ce [U*i^s mettent ainsi dans leur tète pour jouer leur rrtle eS dispose à se mieux ressouvenir de toute autre chose, je m'en rapporte à Texpérience^

^. Locke, de VÉducation des enfants, jî clxxxi, traduction

D'après Locke, il existerait donc naturellement des mémoires distinctes, qu'on peut bien cultiver à part, mais il ne faut pas compter que la culture de telle mémoire profite indirectement à telle autre. Cette thèse pédagogique de Tinutilité des leçons apprises par cœur pour le développement, je ne dis pas de Tespril, mais de la mémoire elle-même, logiquement déduite de la thèse psychologique de la multiplicité des mémoires, a été combattue avec force par Georges Art dans un livre qui a pour titre la Mémoire verbale et pratique ^^ et combattue an nom de principes contraires :

Il n'y a dit-il, q\i*une mémoire, une seule. Mais alors toutes les mémoires rentreraient les unes dans les autres? La mémoire verbale, par exemple, « serait la même au fond que la mémoire pratique? » Parfaitement. « Notre faculté de souvenir est unique, mais on peut lui donner différents noms, d'après la matière sur laquelle elle s'exerce : ici les mots, là les actes de la vie journalière; ou d'après les organes ou les facultés qui lui fournissent des éléments d'activité, avec les movens de vivifier ces éléments, de les classer, de les fixer. » Mais a il n'existe au fond qu'une mémoire », d'où cette conséquence avantageuse : Tout ce que nous acquérons dans un domaine particulier de la mémoire, le domaine verbal par exemple, peut nous servir dans tout autre domaine, ainsi le domaine pratique.

A une condition toutefois, c'est qu'on se conforme, dans la culture de chaque mémoire spéciale, aux lois fondamentales de la mémoire en général. Ce (fui distingue la mnémotechnie vraie et naturelle de la fausse et artificielle, c'est qiie celle-ci est faite de procédés, de recettes, de trucs et de ficelles, sans

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