I.V MMHtlFU- ET l/oi.BLI
qu'oïl ro<:oimMil. rf à rai«lc de la(juelIo onrecon -»ait le mouveiiieiit lui-iiiêine, ou le classe comme s^^ouvenir.
Il semble que les psychologues répugnent à c ^tte idée qu'un soutenir puisse se présenter à resf:> J*it, sans être précédé de sa représentation. Le sirr»- pl^ raisonnement suffit cependant à établir qu'il en ciloit être ainsi; car, si le souvenir présuppose la repi^rGsentation de la chose dont il faut se souvenir, c^'^^^^ représentation présupposera à son tour une rep^ ^^' sentation qui l'annonce, et ainsi à l'infini. Il est [:> J'-** logique de poser tout de suite un souvenir qui ^® suffise à lui-même et soit causa sui. Mais j'ai wne mieux m'en tenir à l'observation : que chacun s "^ **)' tcrroge de bonne foi et dise si, avant de se souv^ ttè-xt d'un acte (ne parlons que du souvenir moteur, ^1 ^* est seul en cause) il est capable d'évoquer la vi& * *^" mentale de cet acte et, au cas où il en serait capafc> ^*» s'il éprouve le besoin d'évoquer cette vision p^^Vf accomplir cet acte? Au contraire, n'accomplira—*''" pas d'autant mieux l'acte en question, je veux cX i^^ avec d'autant plus de rapidité et de sûreté, qu^i^ ^ pensera moins ou même qu'il n'y pensera, c'est -'^" dire qu'il ne l'imaginera pas du tout? Bien pi *^®' est-ce que vouloir que le souvenir moteur se çO ^' pli([ue toujours d'un souvenir visuel ne revient p»-^* nier le souvenir moteur en tant que tel?
Arthur Lynch analyse longuement un cas ^® mémoire motrice. 11 avait appris à faire un ceTt^^^ jiœud, puis l'avait si bien oublié qu'il était IrxC^^' pal)l(^, non seulement de le refaire, mais encore « ^® se rappeler quelle forme il avait, une fois fait ». ^ force d'essais, de tâtonnements, il retrouva le moy^^ de former ce nœud, la manière dont il devait plac^-** les mains pour cela et reconnut qu'il avait autrefois
l'habitude d'adopter cette position des mains, :iuelle était la base de l'opération. Maintenant, oute-t-il, dans tout ce travail de remémoration, n'avais pas fait le moindre effort pour faire revivre mage du nœud (I had made no effort whatever to îvive the image of the knot) ou pour dérouler les lites logiques du mouvement de mes mains dans 1 certain sens et des mouvements imprimés à la •rde. J'essayais de recouvrer les opérations qui étaient obscurcies, mais je ne faisais aucun effort 'ur me donner la vision de ces opérations ou pour 5 rappeler à la conscience sous forme d'images ». was endeawouring to recover the opérations which d become obscured, and with regard tô them. I ide no effort to visualise them or recall them to nsciousness in the form of any image) ^ Il ressort
cette observation précise que le souvenir moteur napHque pas du tout l'image du mouvement, du >ins l'image visuelle.
Mais les partisans des images ne se tiendront pas ur battus : ils diront qu'à défaut d'une image >uelle, un souvenir moteur présuppose une image itrice, c'est-à-dire qu'avant de se reproduire en t, le mouvement aurait besoin de se reproduire une façon idéale, qu'avant d'être produit et senti, devrait être imaginé et pressenti, qu'avant d'être i souvenir, il devrait être une prévision. Comenne qui pourra cetto hypothèse gratuite et encornante! Elle rappelle la théorie de Platon donnant i phénomène sensible un double : l'idée, et préndant expliquer par là ce phénomène, ou plus mplement encore elle rappelle ce procédé toujours ►nni, mais toujours en usage, qui consiste à attri-
l. Ouvrage citCy p. 28t).
buer un nom à une chose et à croire que le nomdistinct de la chose, a la vertu de la produire. L'image motrice expliquerait donc le souvenir moteur, étant un autre nom pour le désigner, oa ayant été inventée tout exprès pour en rendre compte. Qu'est-ce, par exemple, que « Timage motrice d'articulation d'un mot »? C'est « la représentation des mouvements nécessaires à prononcer ce mot. Mais alors l'image va donc être une succession de mouvements que nous nous représentons, que nous sommes prêts à réaliser, que nous réalisons? Elle va être la connaissance du mouvement à faire pour émettre ce mot, l'ébauche de ce mouvement, ce mouvement lui-même. En réalité, il n'existe en nous aucun pressentiment des mouvements nécessaires à l'articulation d'un mot. Interrogeons-nous. Avons-nous conscience de la position qu'il nous faut absolument donner à notre glotte, à notre langue, à nos joues, à nos lèvres pour prononcer ce mot?" Savons-nous vouloir cette position? Non ^ ». Il suffit d'analyser la notion d'image motrice pour faire ressortir le caractère fictif ou imaginaire de cette image, partant l'inanité de l'hypothèse qui y a recours pour expliquer le souvenir. Faisons donc l'économie des images, motrices ou autres; plaçons-nous directement en face du souvenir, sans lui donner les images, d'abord comme reflet, ensuite comme fond, duquel il se détacherait et sur lequel il aurait besoin de s'appuyer. Le souvenir moteur tout au moins (et c'est là, si l'on veut, son originalité) est un souvenir sans images.
D'où vient cependant qu'on en ait jugé autre-
1. D>' KnuH'ois Moiitier, V Aphasie de Broca, p. 2i3. I*aris, Steinheil, l'J08.
, qu*oa ait voulu faire de la mémoire motrice variété ou une forme de la mémoire représene? Il en faut peut-être chercher la raison dans, it que la mémoire motrice ne se présente pa« linaire à Tétatpur; non seulement elle n'exclut la mémoire représentative, mais encore elle en re ou y conduit ; ou elle peut être représentaà l'origine ou, si elle se montre d'abord motrice, n'est pas condamnée à le rester, elle peut nir représentative par la suite. Ainsi j'apprends kuter un mouvement, en le voyant faire; l'image îlle de ce mouvement guide et dirige ma main ; tard, par l'effet de l'habitude, j'exécuterai ce vement machinalement, sans y penser; la loire motrice se substitue ici à la mémoire ésentative, elle en dérive et paraît n'en être ne forme dégénérée, à savoir la forme obsie, aveugle. Inversement j'apprends à exécuter louvement par tâtonnements (mémoire motrice) ; je me rends compte de la façon dont j'exécute louvement, je le décompose, je me représente un des actes particuliers qu'il comprend et la ession ou la série de ces actes (mémoire repréitive). Suivant les cas, la mémoire motrice sort '. de la mémoire représentative ou l'engendre; st fondé à la tenir pour la forme initiale ou la e finale de la mémoire, pour un principe ou, au ontraire, pour une résultante et un effet; c'est ystème philosophique qui décide de l'opinion n adopte sur ce point de psychologie. En réaies mémoires motrice et représentative sont actes, indépendantes, ne sortent pas nécessai- 3nt l'une de l'autre, puisque chacune d'elles être la première en date; l'une n'est pas non la métamorphose de l'autre; elles sont des
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espèces dilTérenles. Mais, pour être distinctes, elles ne laissent pas d'être solidaires ; elles se complètent heureusement, s'achèvent Tune par l'autre, et la mémoire parfaite est la synthèse des deux. C'est ce qu'exprime si bien Pascal : il faut faire jouer nos deux pièces, l'esprit et l'automate, l'esprit, par les raisons, Tautomate, par la coutume. La mémoire vraie est la coutume jointe à la raison; elle est à la fois motrice et représentative ; elle est la sûreté d'un mécanisme aveugle, mis au service de l'intelligence et des idées claires.
On comprend dès lors qu'on ne veuille pas rompre l'unité de la mémoire, séparer la mémoire motrice de la mémoire représentative. Chacune de ces mémoires, pourtant, a, en un sens, son existence propre, son originalité. La mémoire motrice ou organique se distingue de la mémoire psychologique ou représentative par son origine et sa nature : elle se forme par tâtonnements, elle est irrationnelle et aveugle ; elle ne procède pas de la réflexion, du raisonnement ; elle ne se développe et ne s'exerce pas non plus à la lumière d'idées ou images, visuelles et autres, dont elle serait la réalisation, la traduction en mouvements et en actes; elle s'accompagne de sentiments ou sensations sui generis, mais non de représentations proprement dite's ; elle n'est pas, à vrai dire, inconsciente ; elle est à la fois mécanique et sensitive : elle est la mémoire sans images.