‹ La mémoire et l'oubliChapitre 60 sur 92 · Philèbe, :ii a, b · texte numérisé non relu

Philèbe, :ii a, b

LA MÉMOIIIE I»SWHOI.OGIQUE 2HÎ>

^^s : le souvenir dérive de la sensation ; il est une sensation, qui survit à sa cause, Texcitation externe, ÎQÎ continue à exister, quand celle-ci a disparu ; ' autrement dit, il est une image, mais une image 7ui se rapporte à un objet passé, (|ui reproduit cet ^I>jet, qui en est la copie et qui est donnée et remu' ^^^ comme telle.

Que manque-t-il donc à la « mémoire ». ainsi

entendue, pour prendre le nom de «réminiscence»?

" lui manque d'être un acte de la raison, et non pas

seulement une fonction de l'âme sentante et du

* sens commun ». Tandis que la << mémoire ■• rst

^Qiïimune à Thomme et aux animaux, la « réniinis-

eence » est propre à Thomme ; elle est TentiMide-

^^ïit ajouté à la mémoire. « Arislote trace une

"Sue de démarcation entre les fonctions rétentives

®.^ i*oproductives (mémoire), quand elles opèrent ins-

*J fictivement et sans conscience, et les mêmes fonc-

!,*^iis, quand elles sont stimulées et guidées [Kir unt»

^ ciélibérée par nous, et qu'il appelle alors rrmi-

««*ce?ice. Cette dernière, comme unsvllotrisme. n'ap-

"^'^tient qu'à des esprits capables de réflexion et de

c^loxal. » Le souvenir est-il une imatçe sensible, nui

. f>Toduit fatalement dans rànio à la suite d'une

^P^I>i*e8sion physique et qui se reproduit falalemt^nt

^ ^ Hciême pour des causes d'ordre physiologique? 11

'^^^^Ve alors de la « mémoire »>. • L'opérai ion (au

^^ ^traire) est-elle intentionnelle et délibérée, susci-

^^ par le désir de chercher et de retrouver (luelqu^»

^^nnaissance perdue ». nn partant « du moment

^^^Sent » ou « d'un point connu •>, en remuntaiit du

Conséquent oublié à quelque antécédtMit où il t'st

^^^^bable qu'il est attaché», «mi prenant pî.>nr guide

^ op(Jre régulier des mouvemonls physiques aussi

L u\eix que psychiques de l'organisme, et ou particu-

lier les lois de Tassociation ? Le souvenir s' alors à la dignité de »< réminiscence* ».

Pour Aristote comme pour Platon, la « rén cence » est la mémoire, non aveugle et paf mais répondant à Fappel de la volonté et ordoi systématisée par la raison ; elle s'oppose w mémoire », comme la forme à la matière, 1 au corps, mais cependant elle la suppose et n< qu'un avec elle.

Chez Descartes, la distinction de la « même et de la « réminiscence » s'accentue, s'exa devient une opposition de nature ; la relatior perdue de vue ou laissée dans Tombre. Une sci s'opère ; il n'y a plus une mémoire, mais d« l'une sensible, l'autre intellectuelle.

Voici comment Ad. Garnier résume la théorie tésienne de la mémoire :

Pour qu'il y ait mémoire, il ne suffit pas que Tob représente à Tesprit, il est besoin que nous le recoi siens comme sV étant déjà présenté.

Or, pour que cette reconnaissance ait lieu, il faul lors de l'acquisition primitive de l'idée, non seule l'objet imprime des traces dans le cerveau, ce qui € phénomène du ressort des sens extérieurs, mais e que l'àme use de l'intuition pure, afin de remarque: l'objet qui l'occupe est nouveau; cette intuition, que cartes appelle réfiexion, n'a pas lieu chez l'enfant '^.

La formule est exacte, mais énigmatique, cure. 11 faut Texpliquer. Descartes admet, à dire, deux mémoires : la mémoire-reproduction^

1. D'apivs I3ain, la Psychologie d\4.ristote, appendice Sens et Vlntelligence.

2. Introduction aux Œuvres philosophiques do Desc t. 1, p. cxv. Paris, Hachette, 183;).

LA MEMOIRE I ^ïlL-.I .•■.-: ',1 1 S-âl

'3- théorie physiolo::ique voies fra\»^r> 'i:i!"> Iv :rrveau par le passage des e5jTit> aiiiiiiSLix e: ivIùu: des esprits dans les voies aiii>i iràjêr- . su fil: i expliquer tout entière, et la ■/»•■• iO;r-- •. .^-..ï'.^ii ; .:'\ laquelle requiert un»^ explicaiion plus j-r-'ionJe. P^'op rement psychologique et me- me métaphysique. I^escartes s'exprime ainsi au sujet de la mrm jirv. lorsqu'il la réduit à n'être «jutr l'i f'-'prj'.i'.'iii i s- us lorrnç d'images des sensation? païsêt- :

'"^our la mémoire, je crois que o-rllr de? rL.fes :l lîerielles dépend des vestiges «^ui drnjrv.re:.: daiiS 1- cer^rij, *près que quelque image y a rie impriiiiee... Ei: viî- î les Vestiges du cerveau le rendent propre a mouvoii î'inie ^^ la même façon qu'il l'avait mue aujârn^ :!■!. et airi>i à 1^ faire souvenir de quelque ch'jse. îo'jî d-.- m-!!!^ que Ie& P*is fjuj sont dans un morceau de papi?! ou din^ un linje *^i^t q^u'il est plus propre à être pli- d^r^ohef oomme i: *^ait été auparavant que s'il n'avait jamai- de [lie'.

La mémoire ainsi f-ntendue dt'pen-l ilu mêca- Jï^Srae neneux. non de la volonté, et nimplirjue pas la i*econnaissance.

^^ Elle ne dépend pas de la vol ont h ; il suffit, poixr la produire, du « cours fortuit des esprits •. ^^ hasard fait d'abord que telles impressions laissent ^^lis le cerveau telles traces et ensuite «jue « les ^^prits étant diversement agités et rencontrant les /^^Ces de diverses impressions qui ont préctnlé dans ^ Cerveau, ils y prennent leur cours fortuitement

„ - t^ettreàun Révérend Père jésuite, édit. Ad. Garnier. Paris, acli^^Q^ t. IV, p. 444. Môme comparaison et môme oxplioa- ^^ chez Malebranche, Recherche de la vèritt'\ II, 5. « Ue ^^ïï\e que les branches d'un arbre qui ont dememv quelipic ^. ^^ps ployées d'une certaine façon, conservent (jnelqu»^ faoi- } Pour ôtre de nouveau ployées de la nir^me manière, ainsi ^^^ ^bres du cerveau,, ayant une fois reçu certaines impres-

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par certains pores plutôt que par d'autres ^ ». Au hasard des impressions externes s'ajoute celui des dispositions organiques, de la structure du cerveau, des nerfs, des muscles, car la mémoire dépend des organes, sans qu'on puisse lui affecter un organe déterminé ; elle réside sans doute « en quelque façon» dans la glande pinéale, mais elle ne laisse pas dètr^ aussi diffuse dans tout le corps, « en sorte que, exemple, un joueur de luth a une partie de sa mémoi en ses mains- ». C'est à la rencontre accidentelle toutes ces conditions tant externes qu'internes, pl~ siques que physiologiques qu'est due Tapparitm^ de tel souvenir déterminé- et si Ton veut, com j Descaries en effet l'admet, que l'esprit puisse k qi^ quefois aussi » évoquer les souvenirs, « à sav^ lorsque de luî-Tne*ime et par sa propre liberté il porte à quelque pensée*^ », il ne le peut, même dî ce cas, qu'à la condition d'imprimer à la glan' pinéale un mouvement qui détourne le cours esprits animaux, ou plutôt qui en utilise le ce naturel et fortuit, en sorte qu'en dernière analys( mémoire sensible est toujours uniquement ex cable par des raisons mécaniques.

2° 11 suit de là (et c'est notre second point) la mémoire sensible est de même nature que YT^^ bitude, à savoir toute passive, physique, incoï*^' ciente ou aveugle. Du moins elle peut avoir tous a^^ caractères. Malebranche le dit expressément : « i^

sions par le cours des esprits animaux et par l'action des objets, gardent assez longtemps quelque facilité pour recevoir ces mômes <livpositions. Or la mémoire ne consiste que dans cotte facilité, puisque l'on pense aux mêmes choses, lorsque le cerveau reçoit les mrmes impressions. »

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