IJescarhvs, Lettres, l. VIII, p. 270, édit. Cousin
L\ V^lfOmE PSYCHOLOGIQUE 24/^
ïïiémoire n'est qu'nne espèce d'habitude ». Descartes lui-même, pressé par Arnauld, ce clairvo^-ant ^i, plus redoutable qu'un adversaire, n'échappe à ^tte conséquence logique que par la distinction de ieux mémoires : Tune « qui dépend du corps », autre, « du tout intellectuelle, qui ne dépend que de â.me seule ». Cette dernière « a ses espèces à part spèces, de species, c'est-à-dire images) ^ qui ne -pendent nullement de ces plis » (du cerveau, contion de la mémoire sensible). Or, c'est dans la Connaissance qu'il faut chercher le principe de t-te distinction.
^*) La mémoire intellectuelle implique la reconissance, la mémoire sensible, non; même celle-ci, ^s sa forme pure ou extrême (la mémoire orgaïvie, rhabitude) l'exclut.
^^ Alors que la reconnaissance est commune aux ^:x mémoires, elle ne se produit pas dans les deux la même manière et ne s'explique pas par les ^i:nes causes, ou, comme dit Descartes, par les -ixies « vestiges » 'traces cérébrales).
I^éQnissons d'abord la reconnaissance, distin- ^ons-la du simple retour des sensations passées ou viviscence.
^1 ne suffit pas, pour nous ressouvenir de quelque chose, ^^ cette chose se soit autrefois présentée à notre esprit ^ qu'elle ait laissé quelques vestiges dans le cerveau, à <>ccasion desquels la même chose se présente derechef à ûotre pensée (cela suffirait pour une mémoire objective, réelle, mais non consciente, ignorée du sujet en qui elle se produit) ; mais de plus il est requis que nous reconnaissions, lorsqu'elle se présente pour la seconde fois, que cela se fait à cause que nous l'avons auparavant aperçue.
. (Sans cela, nous aurions la simple réminiscence au
sens courant du mot, dont Descartes rapporte un exemple).
D'où il paraît manifestement que, pour se ressouvenir, toutes sortes de vestiges que les pensées précédentes ont laissés dans le cerveau ne sont pas propres, mais seulement ceux qui sont tels qu'ils peuvent donner à connaître à Tesprit qu'ils n'ont pas toujours été en nous, mais ont été autrefois nouvellement {de novo) imprimés. Or, afin qu^. l'esprit puisse reconnaître cela, j'estime que, lorsqu'ils orxiS été imprimés la première fois, il a dû se servir d'ur^^t conception Y>ure {^intellectione pura), afin d'apercevoir p ^
ce moyen que la chose qui lui venait alors en l'esprit ét > g a^^
nouvelle, c'est-à-dire qu'elle ne lui avait pas auparav passé par l'esprit, car il ne peut y avoir aucun vesti corporel de cette nouveauté. Ainsi donc, si j'ai écrit quelque endroit que les pensées qu'ont les enfants laissent d'elles aucuns vestiges dans le cerveau, j^ entendu parler de ces vestiges qui sont nécessaires pocz^ <n le souvenir, c'est-à-dire de ceux que par une conceptiJr ,i#" «i pure nous apercevons être nouveaux, lorsqu'ils s'impcgi; mi ment; en même façon que nous disons qu'il n'y a auci:i-»' vestiges d'hommes dans une plaine sablonneuse où nc:^ ne remarquons point la figure d'aucun pied d'homme ^ ~ < y soit empreinte, encore que peut-être il s'y renco plusieurs inégalités faites par les pieds de quelques h mes, lesquelles par conséquent peuvent, en un autre se être appelées des vestiges d'hommes. Enfin, comme nc^ mettons distinction entre la vision directe et la réfléct en ce que celle-là dépend de la première rencontre ^ rayons, et l'autre de la seconde; ainsi j'appelle les mières et simples pensées des enfants (qui leur arriv par exemple, lorsqu'ils sentent de la douleur de ce quelque vent enfermé dans leurs entrailles les fait étend, ou du plaisir de ce que le sang dont ils sont nourris doux et i)r()pre à leur entretien), je les appelle, dis-je, d^s pensées directes et non pas rélléchies; mais lorsqu'i-^^ adulte sont, «[uelque chose de nouveau, et qu'en méiw^ temps il aprivoit qu'il n'a ])oint encore senti auparavant
la même chose, j'appelle cette seconde perception une réflexion; et je ne la rapporte qu'à l'entendement seul, encore qu'elle soit tellement conjointe avec la sensation qu'elles se fassent ensemble et qu'elles ne semblent pas être distinguées l'une de. l'autre*.
Ce texte capital appelle un commentaire. On ne saurait trop en préciser le sens. C'est de façon incidente que Descartes a été amené à traiter de la mémoire. Sa thèse que « l'àme pense toujours » Bvait soulevé cette objection de Gassendi : ï)'où vient ^lors que l'âme ne se souvient pas de toutes ses pensées et par exemple de celles de sa première •enfance, même de sa vie fœtale? Descartes avait répondu :
Et quelle merveille y a-t-il de ce que nous ne nous ressouvenons pas des pensées que nous avons eues dans 3e ventre de nos mères, ou pendant une léthargie, etc., puisque nous ne nous ressouvenons pas même de plusieurs pensées que nous savons fort bien avoir eues, étant adultes, sains et éveillés; dont la raison est que, pour se ressouvenir des pensées que l'esprit a une fois conçues, tandis qu'il est conjoint au corps, il est nécessaire qu'il en reste quelques vestiges imprimés dans le cerveau, vers lesquels l'esprit se tournant et appliquant à eux sa pensée, il vient à se ressouvenir; or qu'y a-t-il de merveilleux, -si le cerveau -d'un enfant ou d'un léthargique n'est pas jpropre pour recevoir de telles impressions 2?
Arnauld expose à Descartes, dans une lettre, qu'il juge cette réponse peu satisfaisante, valable sans cloute pour la mémoire sensible, mais non point
1. Lettre à Arnauld, t. X, pp. 157 sqq., édit. Cousin. La lettre est en latin, mais elle a été traduite en français par Glerselier ûls.