‹ La mémoire et l'oubliChapitre 64 sur 92 · Xcvrosrs rt idres fixes, t. I, p · texte numérisé non relu

Xcvrosrs rt idres fixes, t. I, p

'1. Piorre Janet, fnrv/o-,'- riti\ ibi/f.

LA MKMOIUE PSYCHOIOCiKH K 25.")

ibitude et le souvenir ont tant de caractères lUDS qu'on est tenié de les confondre. Mais rgson les distingue avec raison. Il les oppose ! radicalement Tune à Tautre, comme des 3s d'un même genre, comme des « formes »

^ntes « de la mémoire >» K ibitude est un souvenir désaffecté ou déj>erli&é. Dans le « souvenir-habitude », ce que la ition passée présentait de singulier, d'unique, aru : ainsi, des mots que j'emploie dans une rsation banale, aucun n'évoque une idée qui té appliquée déjà ou ne paraisse apjilicable à es cii^onstances que celle où je m'en sers. Au ire, un mot que j'aurai entendu ou prononcé me do ces circonstances, qu'on appelle ninno- , inoubliables, et, par exemple, douloureuse, mte, au lit de mort d'un ami. sera consacré, à cet événement de ma vie; ce mot, jo ne li plus Tentendre, surtout je ne pourrai plus le ficer en d'autres circonstances, je croirais le ler en le répétant ; ce mot, ou le souvenir qu'il 3, représente ce que M. Bergson appelle un enir pur ». Le « souvenir-habitude » est donc ivenir détaché de la synthèse dont il faisait eiirement partie, entré déjà ou susceptible 3r à nouveau dans d'autres svnthèses. sorte [Cnt ou d'atome psychique, mis en liberté. Le renir pur », au contraire, est une synthèse lie et irréductible; d'une j)art, il fait corps 'autres souvenirs, de l'autre, il est étroitement a personnalité au point de n'en pouvoir être é. aliéné; en un mot, d'une part, il est particoncret, de l'autre, personnel, intime.

Bergson, Matière et trtrmoire, ch. JJ.

2\')G LA MÉMOIRE ET l'oUBLI

L'importance de la mémoire, entendue com"«3V^ l'attribution au moi des perceptions passées, ap;^^' raît donc en ceci que, là où elle est présente, il ^3 ^ souvenir proprement dit, là où elle fait défaut, il ^ ^ seulement habitude.

Ce n'est pas à dire que le souvenir et l'habiti n'aient des rapports étroits. La mémoire est, enf^ à la fois motrice et représentative, c'est-à-dire h d'habitude et de souvenirs purs; et, àTétat idéal normatifs il faut la concevoir comme la synthèse mieux l'équilibre des deux « formes de la mémoire distinguées par Bergson.

La mémoire et l'habitude ne peuvent exister V^ 'une gans l'autre; elles se mêlent et se pénètrent.

La mémoire n'existe pas sans Thabitude. C'es^^" t ce qu'on exprime en disant que « l'oubli est la coirir^dition de la mémoire ». Il y a en effet un moyen simple, très efficace et point ruineux, de soulagei mémoire, lequel est de la transformer en mécanij moteur, autrement dit, de la décharger de tout qui, dans nos pensées et nos actes, n'importe est insignifiant et banal, et d'en charger l'habitu L'habitude, c'est le souvenir désaffecté, déperson lise, représentant ce qu'il y a d'acquis, défînitivem en nous, ce qui désormais ira de soi et tout seul, sollicitera plus l'attention, cessera d'être consciet de paraître nôtre, à force d'être organisé, fixé.

On divise les esprits en pratiques ou présenti rêveurs ou absents, suivant qu'en eux prédomim les souvenirs moteurs ou les souvenirs purs images. Les premiers ménagent et réservent h attention, sont pourvus d'habitudes, c'est-à-dire mécanismes tout montés et prêts à entrer en actic^^; et de plus savent faire jouer ces mécanismes, I^s mettre en branle, leur donner cette impulsion iïi^-

tiale, que Pascal appelait la chiquenaude. Les seconds, au contraire, dispersent leur attention^ la détournent du présent, s'enfoncent complaisamment dans leurs souvenirs, s'y abîment et s'y perdent. Mais il y a d'autres esprits, — et ceux-là sont les normaux — qui ne sont ni positifs ni imaginatifs, qui, dans la vie, font à l'action et au rêve la part qui leur revient : chez eux, les images n'excluent pas les habitudes ni les habitudes, les images. L'habitude, associée aux images, sert à les retrouver et les images, en se répétant, tournent à l'habitude, au procédé, revêtent une forme accoutumée. Il n'y a donc pas d'habitude sans mémoire ni de mémoire sans habitude.

Autrement dit, la mémoire est faite à la fois de conscience et d'inconscience, de souvenir-habitude et de souvenir-image. Aussi voit-on qu'elle manque à se former ou disparaît, soit par défaut d'automatisme et excès de conscience, soit par défaut d^ conscience et excès d'automatisme, et cela parce que, dans les deux cas, pour des raisons inverses, la reconnaissance ne peut plus avoir lieu.

Examinons ces deux cas.

1° L'amnésie sénile peut être prise pour type de celle qui provient de l'excès d'automatisme et du défaut de conscience. Les vieillards sont « incapables d'avoir la perception personnelle de leurs souvenirs, d'assimiler à leur personnalité présente », soit les impressions qui frappent leurs sens, soit « les images » qui continuent à se former « automatiquement dans leur esprit » ^. Ils laissent leurs sensations, leurs souvenirs leur échapper; ils ne les saisissent plus, ne les retiennent plus, au sens

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