‹ La mémoire et l'oubliChapitre 67 sur 92 · Généralités · texte numérisé non relu

Généralités

L'art mnémotechnique, autrefois florissant et honneur, semble aujourd'hui dédaigné. Il gaï pourtant son utilité, sa raison d'être. Aussi n'a — pas cessé vraiment d'être cultivé, mais il se trau forme et se perfectionne; ses progrès mêmes déguisent et font croire à sa disparition ; nous n reconnaissons plus sous les formes nouvelles q prend.

Ainsi il est l'art d'oublier en même temps cj celui d'apprendre et de retenir. Nous n'avons § séparé dans ce livre la mémoire de l'oubli ; nous séparerons pas non plus la léthotechnie de la m motechnie. La mémoire a parfois contre elle, pas seulement ceux qui se vengent par le dédain n'avoir pas part à ses dons, mais encore ceux qu' en a trop comblés. « Le souvenir... un don du Ci s'écrie Got. Eh bien ! et l'oubli donc * » ? Thém: tocle de même, affligé d'une heureuse mémoi demandait qu'à l'art de se souvenir, créé par Si nide, on donnât comme pendant l'art non mo précieux d'oublier. On peut, sans contradieti satisfaire à un vœu aussi légitime. Il suffit pour c (le donner de la mnémotechnie une définition exact elle n'est point l'art de cultiver la mémoire po

1 K. Gnt, Mémoires, t. I, p. 172.

MNÉMOTECHNIE ET LÉTHOTECHNIE 271

Qéme, en la prenant pour fin, en ne visant qu'à rtifier el à l'étendre, mais l'art d'en diriger loi ou d'en faire un bon usage. Dans la mné- 3hnie ainsi entendue rentre l'art d'oublier. En

cette forme de la sagesse humaine, qu'on le l'expérience, ne consiste pas moins à chasser 1 esprit les détails oiseux, insignifiants et vains { fixer ceux qui comportent un enseignement ne leçon. Tout savoir serait presque aussi ux que tout ignorer et c'est faire aux gens une injure de déclarer qu'ils n'ont rien appris ni mblié. La mémoire n'est pas une hotte ; il ne pas de la bourrer ou de la n»mplir, mais de le triage de ce qu'on y met ou, comme on dit n, de r « orner ». Une mémoire encombrée rien moins qu'enviable ; qui voudrait ressemi ces gens qui « ont, dit Montaigne, la souve-

assez pleine, mais le jugement entièrement »? Il est une mnémotechnie, condamnée lient et sans retour : c'est celle qui avait en vue ture fovmelb* de la mémoire, ou culture de la )ire, considérée en elle-même, abstracti<»n faite 1 objet. Mais demander compte à la mémoire 1 em[)loi, la mettre au service de la science et raison, la réconcilier avec le jugement, c'est ilacer à son rang, lui rendre sa valeur et réha- ' par là même l'art qui la cultive en ce sens et ces vues.

mnémotechnie ainsi définie n'aura plus de îteurs, mais aura encore des sceptiqu(^s : on ra, non de « l'avantage » tiu'il y aurait à « cultimémoire », mais des « movens de le faire ».

ra que l'homme ne peut pas plus ajouter à sa )ire qu'à sa taille, (\\y'\\ la tient de la nature, ue se la donne i)as. Mais, quand la mnémo-

technie devrait ainsi disparaître, entendue comme Tart de développer la mémoire, elle subsisterait encore comme Part d'en tirer parti. Ceux mêmes qui nient le pouvoir d'étendre et de fortifier la mémoire doivent croire d'autant plus à la nécessité de s'en passer ou plutôt de suppléer à son insuffisance par l'association des idées et le raisonnement. Mais c'est là rejeter la mnémotechnie sous une forme pour la rétablir sous une autre. La mnémotechnie, de quelque façon qu'on l'entende, subsiste donc toujours. Il nous reste à chercher comment il faut l'entendre. Mais la conception de l'art est subordonnée à celle de la science. Remontons donc aux théories psychologiques sur l'unité de la mémoire ou la pluralité des mémoires, sur la mémoire organique et la mémoire psychologique, sur la mémoire brute et la mémoire organisée, comme à autant de principes d'où dérivent les procédés et les règles de la mnémotechnie.

II. — Problèmes mnémotechniques qui se posent dam rhypothèse de la pluralité des mémoires.

M"*^ Necker de Saussure écrit très justement : « Aucun objet n'a donné lieu dans l'éducation à plus de débats que la mémoire. On n'a réussi à s'entendre ni sur sa nature, ni sur l'avantage de la cultiver, ni sur les moyens de le faire. Les uns ont distingué autant de mémoires différentes qu'il y a de genres de souvenirs ; les autres lui ont refusé l'existence même, prétendant que chaque faculté humaine avait le pouvoir de réveiller les idées qui avaient fourni matière à son exercice, mais qu'il n'y en avait aucune qui dût porter le nom de mémoire^ ».

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