‹ La mémoire et l'oubliChapitre 69 sur 92 · III. — Division de la mnémotechnie · texte numérisé non relu

III. — Division de la mnémotechnie

La mémoire comprend des opérations, 1° contraires, mais inséparables : le souvenir et l'oubli, 2° simplement différentes, qui s'ajoutent les unes aux autres et se complètent : l'acquisition, la conservation et le rappel. L'art de cultiver la mémoire comprendra donc aussi : l'art d'oublier, — l'art d'apprendre et de retenir, — l'art d'évoquer les souvenirs ou les connaissances acquises.

L'art d'oublier.

De ces deux parties d'une mnémotechnie complète : l'art de se souvenir et l'art d'oublier, étu- -dions d'abord la seconde, dont il y a le moins à dire, s'il y a à en dire quelque chose.

L'art d'oublier certes nous serait fort précieux, s'il pouvait exister. Il serait même une condition de «loralité. « Le pouvoir de se former soi-même, dit

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Hôffding, dépend en grande partie de la mesure où Ton peut exercer Tart de l'oubli. » Mais l'oubli n'est-il pas un phénomène naturel et, comme tel, involoQtaire? Sans doute la volonté ne peut l'atteindre directement, mais elle y arrive par des moyens détournés. « Celui qui veut oublier doit s'appliquer, dit Hôffding, à trouver des suites de représentations^ fortes et étendues, sur lesquelles sa pensée puisse s'absorber*. » Autrement dit, il y a un moyen, et un seul, de provoquer l'oubli, c'est la diversion.

Mais comment faire diversion à une pensée obsédante? Ou l'on opposera à cette pensée une pensée plus captivante, plus forte, et l'on fera appel, par exemple, aux pénitences, au travail, ou Ton relâchera au contraire l'effort de la pensée et l'on aura recours aux divertissements. De ces procédés le moins héroïque est peut-être le plus sûr. Toutefois il faut distinguer les cas, les personnes. Il y a donc deux sortes d'oubli : par légèreté d'âme et par maîtrise de soi.

Il y a aussi des degrés dans l'oubli volontaire. On peut se proposer d'enterrer son passé, de le rejeter loin de soi, de le renier, ou seulement de le laisser dormir, de l'écarter de sa pensée, comme importun ou vain, en se réservant le droit et gardant le pouvoir de l'évoquer à nouveau, si besoin est, ou pour le plaisir, par attendrissement. Autrement dit, il y a deux façons de pratiquer l'oubli : l'une, brutale et sans retour, l'autre, délicate et nuancée. U seconde seule est un art : elle est une alternative de souvenir et d'oubli.

La mnémotechnie fait partie de la philosophie, entendue comme l'art du bonheur, ou plutôt laphi-

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