Éducation progressive, VI, vu
i Tn ne lie
n i re
illnsoirr. M;m.s. sans parlor de Tabiis que représe "«ni *e lin loi «Muploi (le lîi nu*moire. analysons la mémo i ï"^ (pli se pruiiiiil «lans r.os conditions, la mémoire s *i!: olairc ol st's analo^^'iies. Je dis qu'elle n'est qu trompe-rn'il, qu'un semblant de mémoire : elle jjrardt; pas cv iju^rlle iioiit, elle no tient pas ce qu'i paraît touir.
Oiiand rcusoJLrueinent ne s'adresse qu'à la moire, la in<''moire n'en retient rien, par la rai. (juo la ménioin'à laquelle il s'adresse est la même iniinf'diali'i inslautaiH'e, (pi'on pourrait appeler aL"»- f^ ^^ bien l'iMibli à niesiini. Qui ne sait que la mémo î ''^ scolaire, c'est la nuMUoire pour un temps, et pour "■-■■" temps très courl? L'écolier lit sa leçon avant dc-^ ^^
réciter, il l'apprend souvent en classe; il la ^=^ *-^^^ pîM'cc (ju'il vient de la lire, il ne la saurait plus i. ■ ï^^' heure après. l)<» nièine il a|)prend une partie de ^r^ <^" cours [lour une comnosiliou ; il la sait pour le j* >*-^'' de la conij)osilion, il ne la sait j)lus du tout, ou la sait plus qirimparfait(Mnent, une semaine ou d après. Il apprend tout son cours d'une année p un exairiL'n. il le j)ossède. au momenl de celt?^>^*'' men : il l'a oublié en partie au bout de quelq i-^*-^" nuns, en tolaliir^ un |)eu s'en faut, au bout de (}li> ^^' «pies aniKM's.
Si rensei.iinenu'nl est fait pour être retenu, 1'^^'" si.'iirnenient donn«'^ e>l <lonc vain, ou plutôt il <*^ vain, pare(^ «pTil n'esl pas reteiiu, |)arce (ju'il ne p^"^* j)a^ l'èlr»', parce (ju'il est sous-entendu, taciteni^" adini^ c» f.-i'. :•»!!!'. (jii'il ne le sera pas. et donner ^ iv'f'u t':i :''Wi^ 'Mineure. Il esl raidde, d<Mnesun'». ina^^-^' iiii!;i!.l' : ! • ::;'!!i(»'le- e\p«Mlilives ont r«Mnj>lacé i^* lî!'-!!: )h'- ^ i ■ - : (.:. '.li^-e sui' loni, on n'appT^' lui) lil j'i.'i: : i<;il |>;i>--(' -.)iiv h-s \eUx. sans (pu* '* reuani sr |»n-<' ;■! s ai:"cle à !ni-^i:' sur les clio<«'"'
ne i.ir
i/art de se sol venir 299
tout se parcourt à la hâte et, dans cette course folle à travers le champ immense des connaissances humaines, la vue se trouble, s'obscurcit, les objets s'elTacent, s'embrouillent et le chaos des impressions recueilHes produit un choc, un bruit violeiit qui se )rolonge un moment, puis s'éteint à jamais.
Si on prend pour critérium de l'instruction la oémoire, et si on définit celle-ci une acquisition de esprit qui vaut d'autant plus qu'elle est plus durable, n est amené à dire que la réforme de l'enseignement consisterait à prendre le conlre-pied de ses raliquos. Il faudrait en effet tenir pour nuls l'ac- «isitiou du jour, le savoir qui est l'écho de la irole qu'on vient d'entendre. On a proposé avec dson que l'écolier, au lieu d'être interrogé sur sa çon à une heure fixe, put l'être à n'importe quel 'Ornent, quand il plairait à son maître ; il serait ^erti ainsi qu'il a à la savoir toujours. De même il e faudrait point de composition à date fixe, dexalen sur un programme déterminé on, tout(*s les ^estions étant cataloguées, on eût ses réponses rètes à sortir à un moment donné. Mais il est si 3mmode de réduire les examens à n'être (ju'un
inventaire d'acquisitions » du candidat, sans se réoccuper de savoir ce que représentent et ce que lient ces acquisitions ni ce qu'elles dureront, et 11 est si peu désireux au fond d'approfondir et de mstaterle néant d'un enseignement, dont on d«''sire icrètemeut le succès, et dont au reste lambilion t si vaste et les programnies si grandioses qu'on irait mauvaise grâce à le chicaner sur leur réalisa- )n imparfaite. Les examens sont comme ct*s revues l'un général passe devant dos troupes brillantes, li se sont préparées, la veille et l'avanl-veille, à router son regard par un asti(j[uage sérieux ; le
énéral sait bien, et les troupiers encore mieux, cette parade ne prouve rien sur la tenue du quar mais TelTet est produit, et la vanité de tous satisfaite.
Si les examens étaient ce qu'ils doivent être, serviraient à dépister le faux savoir, les fauf acquisitions de Tesprit, celles qui n'ont ni valeui durée. Au lieu de porter de omni re scibili, co l'enseignement lui-même, dont ils sont le prolon ment et la lin, non le contrôle, ils ramènerai sans cesse Tesprit du candidat aux « principes c tains des sciences solides », ils ne lui demanderai point de « charger >') sa « mémoire de mille f^ peu utiles », mais ils exigeraient qu'il eût des «id claires* ». Les examinateurs, se renfermant dans programme modeste, poseraient des questions simples que tous ceux-là y pourraient répondre, auraient la connaissance et l'intelligence de ces q tions inscrites à leur programme d'études et, d'à part, ils demanderaient à ceux qui sont pleins d savoir verbal de faire la preuve qu'ils comprenn ce qu'ils disent. Sait-on qui a posé les principe tracé le modèle de cette façon d'interroger? Ce n*^ ej pas, on s'en doute, un professionnel, mais Montaig :*Qe dans le passage suivant :
Videndum est, non modo quid quisque loquatur, -^ed eliam quid quisque sentiai, atque etiam qua de ca.'^^a quisque sentiat. J'ois journellement dire à des sots cJes mots non sois ; ils disent une bonne chose ; sachons jusq; y es où ils la connaissent, voyons par où ils la tiennent... ^'Ve les seromlez pas, laissez-les aller; ils manieront cette matière comme gens (jui ont peur de s'échauder; ih n'osent lui changer d'assiette et de jour ni Tenfoncer;
1. J'rmprinite ces expressions à Malebranche, Traité de morale, 2'- pai'ti«\ cli. \, ;. x.
que
lier,
s est
l'art de se souvemr 301
a tant soit peu, elle leur échappe; ils vous la toute forte et belle qu'elle est; ce sont belles lais elles sont mal emmanchées. Combien de fois vu Fexpérience I Or, si vous venez à les éclaircir ner, ils vous saisissent et dérobent incontinent cet de votre interprétation : « C'était ce que je vou- ; voilà justement ma conception; si je ne Tai >rimée, ce n'est que faute de langue ». Soufflez. Il )loyer la malice même à corriger cette fière
qui aurait le souci, dans les examens scoe démêler ainsi le pédantisme* du savoir, les ions apparentes des acquisitions réelles, t une véritable révolution ou renversement 'urs, mais s'acquerrait bien vite (j'en parle irience) une belle réputation de rosserie : il 3p de victimes!
me pardonne cette digression, si c'en est lis celte question des examens, qui parait ler de mon sujet, m'y ramène. Je n'ai pas , combien la mémoire scolaire est trompeuse, fait abstraction de sa fragilité, si Ton ne rnpte que de son étendue, de sa capacité »tion, elle peut damer le pion à la mémoire nte, systématiquement organisée. Et c'est i on ne manque pas d\v recourir, quand on ]ue le succès immédiat, de mauvaise quas enfin le succès. C'est ce que. prouve encore livant :
noire d'enregistrement des débiles, dit M. Piéron,
iSj III, viii, VArt de Conférer.
ends le pédantisme au sens de Malebranche {Ree la vérité, liv. III, 3*" partie, ch. v) : « Les pédants i et fiers, de grande mémoire et de peu de jugement, !t forts en citations, malheureux en raison. »