H. lMyr<»n. IK-i'l-ntiim d" la virmoire, p
naissait par cœur la bio^n*aphie de tous les évùcjues irchevêques de Franco. 11 suflisait de prononcer ant lui le nom d'un prélat |)Our qu'immédiatent il indiquât son âge. son lien de naissance, les erses étapes tpi*il avait suci^cssivemont parcous, enfin la date exacte de sa promotion. Mais il comprenait rien à ses paroles. »
/écolier de même colporte une science qui est ses lèvres, mais qui no loge poinl en son ceru. Montaigne va plus loin (»t soutient que la mce scolaire n'entre pas plus dans la cervelle du lire que dans celle de Técolier. ([u'elle passe de 1 à Tautre comme un sujet d'amusement vain et nul usape.
lous ne travaillons, dit-il, qu'à remplir la mémoire et
sons renlcndeinenl ot la conscience vides. Tout ainsi
) les oiseaux vont quelquefois à la (juête <lu grain et le
tent au bec sans le tàter pour en l'aire becquée à leurs
its, ainsi nos pédants vont pillotlant la science «lans
(S livres et ne la logent qu'au boni de leurs lèvres pour
légorger seulement et mettre au vent... Mais, qui pis
leurs escholiers et leurs petits ne s'en alimentent non
s; ainsi elle passe de main en main, pour cette seule
d'en faire parade, d'en entretenir autrui et d'en faire
contes, comme une vaine moimaie, inutile à tout autre
ge et emploi qu'à compter et jeter.
savoir ainsi, c'est paraîiro savoir, ai n'est pas îséder ce qu'on sait; c'est proprement n'avoir ri dans l'esprit. Ainsi la mémoire scolaire, au nient môme de son triomphe, et avant son déclin [jours si proch<'. o.-t «b'-jà un s<^mblant de mémoire.
peut la percera jour, la convaincre de fausseté, conclure à ^on sujet par ce mot de Montaigne, qui
s'applique bien qu'à elle : « Savoir par cœur st pas savoir ».
Mais lais;sons cette mémoire apparente et armons à la mémoire véritable ou proprement dite, à la mémoire organisée. Elle est aussi précieuse que la mémoire brute est inutile. Binet, la découvrant, est si frappé de sa supériorité qu'il donne « pour but » à la mnémotechnie de « substituer » la « mémoire des idées », comme il rappelle, « à la mémoire des sensations ». La mnémotechnie ainsi définie lui paraît digne d'être relevée du « discrédit immérité », dans lequel elle est « tombée de nos jours ». Binet a en réalité, comme nous le verrons, une conception étroite de la mnémotechnie, mais la mnémotechnie ne fût-elle que ce qu'il prétend, à savoir qu' « un effort imaginé par des esprits ingénieux pour faire bénéficier les souvenirs qu'on retient ordinairement par la mémoire des sensations, des ressources fournies par la mémoire des idées », que déjà en effet elle mériterait grandement d'être cultivée.
Ce qui paraît constituer la différence essentielle de la mémoire de l'écolier et de celle du penseur, prises toutes deux pour types de la mémoire brute et de la mémoire organisée, c'est que, la première étant la reproduction telle quelle des faits enregistrés, la seconde est la reproduction de ces faits, d'abord analysés, décomposés en leurs éléments, puis groupés dans un ordre nouveau d'après leur importance relative ou hiérarchiquement disposés. Il suit de là que la première est d'acquisition rapide et facile, le travail d'analyse et de synthèse qui caractérise la seconde lui étant épargné, mais qu'elle est aisée à perdre ou fugitive, les mailles que l'analyse et la synthèse introduisent dans le tissu des souvenirs, et qui sont autant de prises offertes à la mémoire, lui manquant pour la reconstitution comme pour la formation des souvenirs.