LA MNÉMOTEGHME ET LA MORALE
les retrouver selon les besoins... La forme dernière du langage scientifique permet une simplification admirable et rend de plus en plus la mémoire inutile ^
Bien plus, le langage scientifique, c'est la mémoire elle-même, à l'état d'organisation parfaite ; c'est Tensemble des connaissances qui s'adressent à la mémoire, présentées dans l'ordre le meilleur, le mieux fait pour en favoriser la rétention et le rappel. En un sens pourtant, la mémoire n'est pas la science ; elle s'en distingue par son caractère personnel ou subjectif; elle n'est pas la science, quoiqu'elle en prenne d'autant plus la forme qu'elle est mieux organisée; elle est la science d'un esprit donné, la science que cet esprit s'attribue ou reconnaît comme sienne, dont il sait l'origine, qu'il a vue naître, se développer, qu'il voit se transformer, évoluer encore, à la destinée de laquelle il assiste et préside. Il y aura toujours entre la science et la mémoire, fussent-elles composées des mômes éléments, semblablement ordonnés, cette différence essentielle, que l'une est impersonnelle, l'autre personnelle, que l'une est, en ce sens, une lettre morte-, l'autre, un esprit vivant.
Cette différence apparaît plus nettement encore lorsqu'on donne à la mémoire pour objet, non plivs la science, mais l'art. Une mémoire artistique est éminemment faite d'impressions individuelles etJa synthèse de ces impressions est elle-même originale, personnelle.
Enfin la mémoire a un caractère accidentel en ce sens qu'elle est faite d'expériences propres à chaque homme et que des circonstances singulières ont amenées. Elle porte la marque de la personnalité ou