‹ La mémoire et l'oubliChapitre 88 sur 92 · LA MNÉMOTEGHME ET LA MORALE · texte numérisé non relu

LA MNÉMOTEGHME ET LA MORALE

les retrouver selon les besoins... La forme dernière du langage scientifique permet une simplification admirable et rend de plus en plus la mémoire inutile ^

Bien plus, le langage scientifique, c'est la mémoire elle-même, à l'état d'organisation parfaite ; c'est Tensemble des connaissances qui s'adressent à la mémoire, présentées dans l'ordre le meilleur, le mieux fait pour en favoriser la rétention et le rappel. En un sens pourtant, la mémoire n'est pas la science ; elle s'en distingue par son caractère personnel ou subjectif; elle n'est pas la science, quoiqu'elle en prenne d'autant plus la forme qu'elle est mieux organisée; elle est la science d'un esprit donné, la science que cet esprit s'attribue ou reconnaît comme sienne, dont il sait l'origine, qu'il a vue naître, se développer, qu'il voit se transformer, évoluer encore, à la destinée de laquelle il assiste et préside. Il y aura toujours entre la science et la mémoire, fussent-elles composées des mômes éléments, semblablement ordonnés, cette différence essentielle, que l'une est impersonnelle, l'autre personnelle, que l'une est, en ce sens, une lettre morte-, l'autre, un esprit vivant.

Cette différence apparaît plus nettement encore lorsqu'on donne à la mémoire pour objet, non plivs la science, mais l'art. Une mémoire artistique est éminemment faite d'impressions individuelles etJa synthèse de ces impressions est elle-même originale, personnelle.

Enfin la mémoire a un caractère accidentel en ce sens qu'elle est faite d'expériences propres à chaque homme et que des circonstances singulières ont amenées. Elle porte la marque de la personnalité ou

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