‹ La mémoireChapitre 10 sur 148 · COMMENT NOUS RETENONS · texte numérisé non relu

COMMENT NOUS RETENONS

quantités de niouvenient. Ces mouveiuents traversant les centres nerveux doivent les déformer et par conséquent y laisser une modification constante, diminutif de la modificafion intense qui est rirnage actuelle et cela, non seidement dans les cellules de l’écorce où la re[)résenfation devient consciente, mais dans les fdîres nerveuses (|ui y mènent ou en [)artent ; partout où un courant nerveux a passé, depuis l’organe des sens qui l'a reçu d’abord jusqu’au muscle dans la contraction duquel il s’est résolu, il laisse une déformation plus ou moins profonde d’après les parties traversées.

Il faut remanpier que tout ceci n’est nullement une livpothèse, mais une vérité établie sur l’expérience d'une part et les fois de la mécanique d’autre, part.

Ouand ou envisage le |)roblèmc de la mémoire on lui donne généralement une portée iidiniment restreinte, on ne considère le plus soiivcnt que la seule mémoire consciente ebe/ riiomme et les animaux supérieurs, la mémoire des centres supérieurs du cer\eau. Mais toidcs les parties solirles ou semisolides de l’organisme retiennent aussi bien, peut être mieux fjue l’écorce cérébrale. Qu’esl-ce (jue la déformation de ré|)ine dorsale contractée chez tant de jeunes enfants à la suite d’une |)osition vicieuse babituelleP (resi tout sirn|)lcment le signe extérieur, la preuve tic la mémoire du raebis : jamais on ne venait d’enfants aux jandtes en cercean.x si aussilùf tpie le sujt^l cessait de niareber, les os reprenaient exacteintud leur forme l)remière; le ninsclc si déformaltle relient les contractions tpi’on lui impt)se; les germes se souviennent ; l(‘s centres nerveux inléritMirs r'elienneid ainsi tpie les

supérieurs; bref, la mémoire est répandue dans tout notre corps. Nous passerons en rc^Tle, dans le chapitre premier de cetle première partie, les observations et les expériences qui ont eu pour but de déterminer les sièges ou les centres des mémoires de fixation.

CllAPITUl': PHEMIEH

Depuis l'anti([uité, on a onlrovu que la luéiuoireesl une lacuUc du corps plutôt (pie de l’cs[)rit et (pi’elle sii'ge dans certaines iiartiesdcHeriuiiu'Csde l’organisuH'. Dans son traite; ce De la uic'iuoire et de la nuniiiiscence »', Aiustote (“cril : « Il faut reiiianpier encore (pie ceu\ (pii ont les [lartii's siipiMieures du corps tro[) lortcs, et (pii resseiiildent au\ nains, ont moins de iin'inoirc (pie ceii\ (pii sont d'une conroriiiatioii contraire [larcc (pi'ils ont un grand poids sur l(> si(‘ge de la sensil)ilit('; et (pie les uioiivcments (pi’elle- re(;()it ii’y |)euvent pas demeurer di'-s l’origine (donc s') fixer), mais ([ii'ils sc perdent (‘t ipi'ils ik‘ peuvent jiliis au besoin revenir directemeiit ou racilemeiit dans l’acte de la réminiscence ^ n II a ui('me eiitre\u (pi(' l’état de rorganisme dans la première eiifauce, alors (pie

I. Cette (terniiTO soiiililn «'tre pour lui la mémoire dt; rc|iro- (liictiori, c’est-à-dire « (|iie la rémitiisceiice consister par i'\em|ile à SC rappeler à l’aide d’une seule cliosf; rpii a ét(' dite, loules celles dont elle (Hait accompaffiiée ». Psycholti^ia J'Anslolc. trad. ,1. li.\KTiiKi.i;.\iï-SAiNT Hii.aiki;. l’aris, 18^17. a. .\iusTOTi:. 0[). cil., |). i,'5,â.

LA AFÉAfOIRE

les organes sont encore trop tendres, et dans la vieillesse, cpiand ils sont deA'enus trop secs, c’est-à-dire d’une élasticité relativement plus parfaite, il y a une aptitude moindre à fixer des impressions. « Ceux qui sont trop jeunes et ceux qui sont trop vieux sont sans mémoire, à cause du mouvement dont ils sont agités, ils sont tout absorbés, les uns par le développement qui se fait en eux, les autres par le dépérissement qui les emporte et l’on peut ajouter que les enfants conservent des formes analogues à celles des nains assez tard et pendant bien des années*. »

J ai cité, plus haut, un passage de Plive dans lequel cet auteur constate que les blessures reçues au moyen d une pierre, donc sur un point déterminé, ou à la suite d une chute du haut d'un toit très élevé, par conséquent un choc sur la tète, font disparaître certaines mémoires et pas les autres : il semble, d'après cela, que Plive soupçonnait tout au moins que les diverses mémoires ont des sièges distincts.

Tous les médecins ont pu observer des pertes ou altéiations de la mémoiie dans des maladies circonscrites a certaines parties du corps ; ils ont dù soupçonner l’existence de localisations fonctionnelles et quand la decouverte de Bhoca est \cnue pour la première fois démontrer rexistence d'un centre d’images et de souvenirs situé sur un |ioint déterminé de l’écorce, cette vente ap|iarut, non comme un éclair dans une

nuit sans lnn.>, mais comme un lever de .^oleil aiirès une longue aurore.

Op- ''il., p. 1,'^:. oi i.tr,.

Tous les cliniciens devaient entrevoir la vérité. Déjà en i836, D.ax avait snpjiosé que le centre du langage siège dans riiéniisphcre gauche.

C’est en 1861 que Hroca, se basant sur les résultats de deu.v autopsies, démontra que des sujets qui avaient perdu l'usage du langage articulé jirésentaient une lésion de l’écorce cérébrale dans le ])ied de la troisième frontale gauche. Ceci pour les droitiers.

Chez les aphasiques gauchers, la lésion siège dans le pied de la troisième frontale droite'.

Innombrables sont les travaux qui, de[)uis la découverte de 13roca, ont eu pour objet les localisations des fonctions du cerveau et par conséquent des souvenirs de ces fonctions ; [>ar contre on a presque complètement négligé l’étude de la mémoire de fixation et celle de l’habitude dans les autres parties de l’organisme. Force nous est de nous contenter sur ce point d’obseixations plus ou moins rigoureu.ses. On en trouve disséminées dans la littérature médicale, dans les biographies des hommes célèbres ; j’en rappoi terai ipielques-unes.

J’ai parlé [dus haut des déformations osseuses retenues par diverses parties du squelette; à la suite de positions \icieuses; il existe sur cette mémoire spéciale toute une littérature, recbeirbaiit les causes de ces défectuosités et, ce qui vaut mieux, iudi((uant des remèdes cilicaces dont ra[)|)licatiou est devenue

I. « On possJ;ilo f|iiclf[iif’s observations d’apliasio ctir/ les pnuclicrs, (tans ce cas riicmiplégie siège an côté gauclie. \\ ksiimiai. a observé une lésion du Iota; temporal drf)it cIk'z un gauclier atteint d’a[)tiasie sensorielle ». .M. SliuAi.t.u:. L'aphasie sensorielle. Thèse Paris, 1896, p. 77.

courante dans toutes les écoles ou on a souci de 1 hygiène.

Tous les muscles subissent l’influence des habitudes, voyez pour document l’altitude de 1 homme mou, du fainéant et par contre celle du soldat, de l’homme d’action. Quand ce sont des mouvements de force que certains muscles répètent le plus fréquemment, ils se développent. Le fait de se gonfler fréquemment et puissamment les rend plus gros, plus puissants-. Les mouvements d'adresse ne produisent ])as une déformation moins intense quoiqu'elle soit moins apparente.

Les muscles de l’avant-bras et de la main du planiste et du violoniste virtuoses sont infiniment plus aptes que ceux du commun des hommes à produire les mouvements qui engendrent les sons, et cela uni- (piement parce que l’exercice répété les a laissés dans un état particulier. Celte localisation musculaire des mouvements du virtuose est si spéciale qu'avec ces mêmes parties entraînées pour jiroduire les notes, il ne lui est parfois pas [tins facile qu'au premier venu d executer des mouvements d'adresse dilTérents.

Mozvut, virtuose incomparable, n'était pas capable d(' couper sa viande à table. Cie n'est donc pas le muscle en general qui s’est développé, est devenu ))lus adroit jxuir exécuter (oiilcf! les contractions, il ne s est atlapté qu a une es|)èce île mouvements délei mines, ceux-lu menues epi il a jiroduits fréquemment , toutes ('hoses égalés d'ailleurs, son adaiitalion < st (Ml laison direi'tc de la fréquence et de l'intensité de ('('S mouvements spi'ciaux.

Ne pnunail on pas dire eiu'ore ipie c'est grâce à

LE SIÈGE DE LA AIÉMOIIŒ

la mémoire de lixation ([ue nos viscèios contracUMil des liabiludcs régulières? Kl d’aiilros l'onclions oiganiqnes : la faim, sensation oblnse dont le xéiilable mécanisme demeure obscur, [lourqnoi se manifeslet-elle à beure fixe chez les [lersonnes qui oui une Aie réglée?. . .

Le besoin de dormir ap[)araîl cbaqne jour aux mêmes bernes.

Littué, raconlanl comment il a (ail son Dictionnaire, ra()porle, qu’ajirès une soirée et une nuit de travail, il se coucbait à cinq beurcs du malin, et (|ue malgré la surexcitation inséparable d’un labeur si acbarné, il s’endormait paisiblement. « L’babilude et la régularité », dit-il, produisaient cet elVel.

l'bilin, il est une mémoire d’une importance capitale au jioint de vue de l’espèce comme de l’individu, c’est la mémoire bérédilaire rendant [lossible la transmission des ipialités aapiises et, explicpiant les dis positions congénitales qui déterminent proibndément les caractères, c’est la mémoire des germes.

Quelles que soient les idées cpie l’on jn-oCesse siii' l’bérédité, il (’aul bien admettre que lorsipi’on re trouve cbez un enfant cpii n’a jamais subi rinlbience de ses parents, un or|)belin de |)ère et di; mère, ipii a été élevé dans des conditions tout autres cpie celles fpii ont agi sur le développement de son père, rpii n’a [>as même connu l’bisloire de .son pèie, et ipii malgré cela [uésente les mêmes dis|)osilions |)onr la musifpie, [>ar exenqile, a dêi jiiuser celle, disposition dans le germe d’où il est sorti. La même cause ipii a produit l’aninement de son centre jisyclio acousliipie et des centres moteurs des muscles de ses doigts.

L\ MKAfOIRE

avait précéclemmenL agi sur le spermatozoïde du père; en d’autres termes, un homme qui a ses centres de musicien et de virtuose plus alîinés qiie ceux du commun des mortels, n’a pas des spermatozoïdes indifférents. Cette alTirmation peut prêter à rire, mais quiconque a une notion, même superficielle, des lois de la mécanique, devra bien l’accepter. Dans forganisme tout se tient; ce complexus continu et un est tiaveise constamment par des milliards d impressions; les impressions visuelles et auditives entrent par les organes des sens et arrivées au niveau de l’écorce cérébrale se transforment en images; mais elles ne s arrêtent pas la, elles fusent à travers tout 1 oigaïusme, dans toute la musculature, personne n'en smirait douter; voyez l’efFet d’une lumière vive et d un son éclatant sur l’attitude générale de tout le corps. M. bÉRÉ' a prouvé expérimentalement l'existence du pouvoir dynainogène des sensations. L’influence des sensations s’étend absolument à tout le corps. Est-il absurde de supposer que les organes génitaux d’un homme qui durant sa 'sde a exécuté surtout des mouvements de virtuosité et dont les centres auditifs ont été saturés de sons, se soient à la longue modifies dans un certain sens, et ejne ceux d'un autre cliez qui les sensations visuelles des couleurs, les sensations musculaires des contours ont joué le rôle prépondérant, les germes se soient développés dans nn sens tant soit peu iliiTérenl P Que si l’on m’objecte que, (1 apres cet le théorie, Ions les enfants d’un artiste

iSST.^p' tfâ'ol Liiv' ' *'1 mmivemonls. l'aris. .Mcan.

LE SIÈOF. OE LA AIÉMOTRE

doiveiil avoir les mêmes (lisj)osi(ions, puisque les spermatozoïdes du père sont tous influencés de même; je répondrai (pie cela ne sera vrai que jiour ceux cliez cpii la ressemblance du père sera prédominaute, et n'aura été ni contre-balancée par rinlluence jirépondérante de rovule,ni contrariée par les mullijiles con ditions qui agissent durant le développement du germe. Cette mémoire du germe apparaît plus uetternent dans tous ces mouvemeuls très coiiqilirpiés, cpie riiomme doit ap[)rendre [léniblemeut, mais cpii sont naturels chez certaines espèces animales. L(> jeune [loussin, au sortir de l'and', marche sans tomber, opi'ration extrêmement complirpiée dont il a l'hafiiludc en naissant, (hiand, a[)rès (pielcpies jours, on jelle devant lui une poignée de graines, il va sans hésiter vers elles, les distingue, pique droit dessus, atteint d’emblée l’objet visé. Noilà tout un groupe de mouvements extrêmement compTupiés, (pie l’enlant des hommes met des mois à apprendre, et ([ui sont déjà lixés, retenus par le poussin naissant. Si ses centres nerveux, si scs muscles sont habitués à ces mouvements, il faut bien admettre rpi’à la naissance ils sont adajités à cet eflét ; or, tout ce qui constitue le poussin sort du germe, de l’ovule lécondé jiar le spermatozoïde ; c’est dans une disposition moléculaire ou atomique rpielconque du germe cpi’il faut tixiuver la cause de la (lis[)ositi(m sfiéciale, de l’adciptation |)articiilière des centres et des a[)|)arcils moteuis.

(,)ue si l’on objecte (|ue la manière d’être s|)éciale d’un élément aussi minuscule (pie le germe ne saurait être Ibnction de l’habitus de tout l’orgaïusme, ni servir de pont, et déterminer, dans ses détails, la

Structure de l’être qui en sortira, je répondrai avec IIerivg' : « Ün organisme est comme une courbe définie dont les propriétés se retrouvent dans les plus petits Iragments. C’est au point que si nous pénétrons la Ibrme d’nne portion infiniment petite de cette courbe, nous pourrons en reconstruire l'ensemble, fous les jours les astronomes calculent l’orbite des planètes ou de leurs satellites, ou des comètes, par la connaissance qu’ils prennent d'une partie de cette orbite.

« Rien n est plus évident. Lin arc de cercle ou d ellipse J si raccourci qu’il soit, ne peut appartenir qu à un cercle ou a une ellipse, et, par suite, il suffit d en déterminer la forme pour tracer la courbe entière d’où il a été détaché. »

ht puisque nous nous plaçons sur le terrain de la p.s} cliologic expérimentale, je citerai comme preuve de la mémoire dos germes le fait bien connu de la production de variétés chez les plantes, et pour l'espece liumaine, l’existence de familles de peintres et tlo musiciens, et parmi ces derniers les Bach, par exemple. De nos jours, on no nie plus l'existence de cette mémoire ancestrale; nous héritons de nos , talents, oiitie les maladies ou du moins les tendances a contracter certaines d'entre elles, des dispositions ■nlellecliiellcs et morales. L'homme n'est nas « la ' l'aii neine ou I ême vierge éclate en lumière » comme ‘1.1 hEcoxTKde hisi.E. mais le fiaiil d'un arbre déjà tnx et (|iii porte I empreinte profonde, la trace inef-

I • 1 1 l'U i.M;. cité par

l’firiv. Alciui. iSS.'t.

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