TROISIÈME PARTIE
d’identification
La Irolsièmc fonnc, la plus élevée de la mémoire, esl la l'acullé d’idenlilication : une émotion, une sensation, une représentation fixée dans l'écorce et rappelée par une stimulation nouvelle, est reconnue, c'està-dire distinguée d’avec les innombrables sensations qui à chaque moment de notre vie consciente arrivent pour la première fois à l’écorce cérébrale. Lue sensation, une représentation profondément lîxée parce ([u’cllc résulte d'une stimulation unique très vive, ou jiarcc qu’elle s'est renouvelée jilusieurs fois à la suite de stimulations modérées, une telle sensation ou représentation, quand elle réapparaît, se forme avec une ra|)idité [il us grande que les sensations nouvelles. ÎN’oublious pas ([ue toute représentation, la plus simple eu apparence, esl déjà fort compliquée en réalité, (l'est un groupe, et lorscpie l'un ou l'autre des éléments réapparaît, le groupe se reforme avec la \ilesse ('I l'aisance de tout momement habituel: en outre |)our en voir clairement les divers aspects il ne faut point un grand elVort trallenlion.
COMME>T >OlS REC0N>A1SS0XS
Les représentations qui paraissent pour la première fois ne se forment pas avec cette l’apidité, et pour les voir dans tous leurs détails nous avons besoin de faire attention ; il est même fort rare que nous en voyions nettement tous les détails dès le ])rcmier moment. La représentation ancienne rappelée présente donc, dans les circonstances de son apparition et dans son aspect, des caractères particuliers, caractères qui la dilférencient des représentations nouvelles.
On a imaginé diver.ses explications de la reconnaissance des souvenirs; toutes ou à ])cu près reviennent à celle-ci : une image qui se reforme est reconnue parce rpie iifuis la comparons à une autre ou à plusieurs autres identiques, ou à peu près, déposées cpielqne ]>art dans la conscience. D’après ces théories si j’ai vu dix fois la Madeleine et si je la revois une onzième fois, une repré.sentation visuelle motrice actuelle réveille dix autres représentations latentes et je coru[)arc la f)nzième aux dix anciennes. Selon moi, toutes ces explications sont aussi fausses qu’inutiles. Je ne crois pas à raccumniation d’nne pareille (juantité de représentations dans l’écorce. Voici comment je m’ex[)liqne la reconnaissance : Je vois un jour la Madeleine ; de là une représentation visuelle motrice com[)lexe du monnment, re|)résentalion associée à un certain nombre d’autres re|)résentations et émotions cpii se sont formées en même Unnps. Ce complcxns d’images s’atténue, s’ell’ace en ap|)arence ; en réalité une certaine trace dis[)Osition demenre dans les cellules et les voies d’association f|iii les nnissent. Je revois une seconde fois le même monnnietH ; la
LA MKMOIllK
nouvelle représentalioii complexe se reforme à peu près dans les parties de l’écorce où s’est formée l’ancienne, et comme ce territoire a déjà été déformé une première fois, presque de façon identique pour certaines parties, un peu différemment pour d'autres, et très diversement pour les représentations et les émotions associées: il en résulte une double conséquence : toutes les parties essentielles de l’image du monument que j’ai remarquées la première fois et cpii sont reproduites une seconde fols, le sont dans des centres qui ont gardé la trace de la déformation première ; elles gardent en plus faible les déformations que les stimulations émanées du monument vont refaire intenses: une partie du travail à reproduire est faite : une nouvelle représentation nette du monument exigera moins d’atlen tion.
La représentation visuelle motrice se reforme, en ses parties essentielles, là même on elle s'était formée la première fois. Les zones corticales où elle se reforme sont reliées par des libres d'association à d’autres parties ilu cerveau où se sont déposées les représentations et les émotions qui accompagnaient la piemière \ision de l'église de la Madeleine: et quelques-unes de ces images ressusciteront : par exemple : image d'un ciel (dair, impression de fraîcbeur d'un matin d’avril, jeunes pousses sur les arbres du boulevard, etc. ; or la seconde fois (pic j'ai vu le monument, il ])leuvait ; le tenqis était lourd, et la verdure lamentable! .l'aia'entue les dilVérences pour mieux faire saisir mon raisonnement. Une représentation, une émotion, une idée qui réapparaît est reconnue, non parce que nous le comparons à d'autres rejiréscn-