I. .VI. Bi.NET. üf). cil
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joueur ne doit s’occuper ni de la couleur des cases, ni de la forme des pièces, mais de leur jouissance ». Pourtant, M. Blackburx « voit la jiosition sur l'éclii- (juier aussi exactement que s’il avait celui-ci sous les yeux ».
Les joueurs retiennent joins ou moins bien la couleur des cases et des joièces, les formes de celles-ci, mais tons retiennent joarfaitement les positions des pièces, la situation des unes joar rapjoort aux autres. Ce qui domine chez eux c’est la mémoire visuelle abstraite. H faut entendre par là une mémoire qui ne retient des objets que ce qui est utile joour atteindre un but déterminé ; c’est de cette façon que nous regardons nos vêtements habituels quand nous les revêtons.
« C’est cette même tendance à l'abstraction qui se manifeste dans le jeu à l’aveugle. Le joueur regarde mentalement l’éclilquier comme il a rbabilude de le regarder avec scs yeux ouverts, c'est-à-dire en négligeant tous les éléments qui ne sont joas nécessaires aux combinais(ous de joièces. Tout cela est simple, clair, logi(|uc; et l’on comjoi'ciul (jue les joueurs exercés laissent aux siiujoles amateurs la vision concrète île récbiijuier, vision inutile et naïve joour ne joas dire joins. »
Il est curieux de rajojoroeber cette conclusion de celle que M. Tori.nusE a formulée sur la mémoire jorofessionnelle d(' M. Zoi.v : la mémoire involontaire du romancier est beaucoujo joins faible ijue la volontaire : « Dans la iixatiou, la conservation et le rajojoel des siouvenirs, c’est leur joins ou moins grande utilité actaelle (jui les fait retenir. »
Ne semble-t-il pas que chez les joueurs d’échecs, comme chez l’écrivain, la mémoire professionnelle se soit surtout développée sous l’action de la volonté; l'attention hahituellement orientée dans une direction donnée a développé une mémoire typique, le professionnel fait rendre à sa mémoire générale le maximum d’elTet utile, en ne se servant que du plus petit nombre possible d’images nettes; tout le reste demeure subconscient, je dirais presque automatique; à la longue, le professionnel de la plume devient comparable au nageur, au chanteur.
Pour exceller dans un exercice musculaire, il faut éliminer toutes les contractions dilTuscs générales et inutiles qui accom[)agnent les premiers essais et qui causent la fatigue des premiers entraînements; la sélection poussée de [>lus en plus loin a pour résultat de nous faire faire le moins de contractions possibles pour jirodiiire les effets voulus; c’est par l’exercice habituel, par la mémoire par conséquent, que ratbicte parvient à ce résultat; il .semble rpie la mémoire [)roduisc des effets analogues chez tous les [)rofessionnels ; l’exercice se circonscrit donc aux muscles, aux nerls, aux centres absolument indis[)cnsables, crée une mémoire toujours plus profonde mais moins étendue. L’activité jirofessionnelle crée des types de mémoires [)bysiologifpiement distincts. l‘ispérons ipie d(î nouvelles recberebes nous feront mieux connaîire. le. domaine immense et prescpie encoie inexploré des mémoires professionnelles.
IjCs f[uel(|ues travaux ipie nous avons brièvement analysés révèlent l’extraordinaire conqilexité dn pro blcnie à résoudre; les grandes divisions scbémalicpies
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ne sont utiles que pour direction ; c’est l’analyse complète des mémoires individuelles qu’il faut entreprendre si l’on veut aboutir à des divisions naturelles ; il faut, pour arriver à une classification définitive, des faits, encore des faits et surtout des faits observés sans parti pris.
CllAPlTr\E III
En parlant des types, nous avons etc amenés à parler en même temps d’intensité de la mémoire, mais d’nnc intensité spéciale provenant de l’exagéi'ation d’une forme ty|)irpie; il y avait faiblesse relative de certains centres hyperesthésie d’un ou deux autres; dans le présent chapitre nous nous proposons d’envisager la puissance de la mémoire telle (pi’ellese présente ch 07. le commun des hommes; l’espèce humaine en général a un |)ouvoir de retenir à peu ])rès uniforme ; il existe une mémoire normale, iu)us pai lerons encore des mémoires visuelle, audilive et moirice, maison étudiant leur force relative chez les sujets ordinaires.
Il y a |)lusicurs sortes d’amnésies de fixation : ramnésic congénitale, les amnésies autémgrades et aussi toutes les amnésies iuciirahles résultant, de la destruction des tissus déformés par rem|)reiule, la trace de la modification consciente.
L’amnésie congénitale j)eiit être positive ou négative ; la [)remicrc j)orte sur les souvenirs du germe, sur la mémoire héréditaire; l'atrophie de certaines
LA mé:nioire
zones nerveuses a pour résultat la suppression de dispositions natives qui se fussent trouvées chez l'individu si son organisme eût été intact au moment de la naissance. Le descendant d’une famille de musiciens né avec un lobe temporal atrophié réaliserait assez bien ce genre d’amnésie. L’amnésie congénitale négative résulte de lésions organiques qui rendent impossibles certaines fixations; le sourd de naissance incapable de fixer les images auditives est un type de cette seconde espèce d’amnésiques congénitaux. Il est bien entendu que ces deux espèces de sujets ne seraient que des amnésiques partiels ; mais rien n'empècbe d'admettre que l’amnésie congénitale plus ou moins générale apparaisse sous ces deux formes, positive par destruction de souvenirs héréditaires et négative par incapacité de fixer les impressions ambiantes.
« L’amnésie congénitale, dit M. RouiLLARn', existe dans les arrêts de développement de l'intelligence accompagnés le plus souvent d'arrêts semblables du corps. Ainsi est-elle la règle dans l'idiotie, l'imbécillité, le crétinisme. Elle a ceci de caractéristique qu elle n’est pas une perte de la mémoire, c'est une absence de dévelop]icment de la mémoire » et il cite ces paroles d’EsQuiRoi,: « L'idiotie n’est pas une maladie. C'est un état dans lequel les facultés intellectuelles ne se sont jamais développées. . . I/bomme en démence est privé des biens dont il jouissait autrefois, c'est un riche devenu |)auvre; l'idiot a toujours été dans l'infortune et la misère \ » L'état îles cellules nerveuses
I. M. Rovii.i ARi). Kssai sur tes amiicsics princij'alenicnt au |ioiul (t(> vno ôliotofriquc. 'l'Iièse. Paris, i885.
U. tu. /(/., ji. ()5.
l’intensité de la mémoire de fixation io3
clans l’idiotie rend compte non seulement de l’impossibilité de reproduire, mais de l’impuissance à fixer. Les cellules, « réduites en nombre et en volume, sont en plusieurs endroits en pleine dégénérescence, déchiejuetées sur leurs bords, irrégulières dans leurs formes et souvent infiltrées de grains de pigment ou de sels calcaires' ». Seulement certaines zones du cerveau peuvent demeurer relativement intactes, il y a des degrés dans l’idiotie. Quand l’idiotie est complète, il n’existe aucune mémoire: M. Hall cite le cas d’une femme idiote cjui passait ses journées à se balancer d’avant en arrière en répétant toujours les memes exclamations. Ces exercices interrompus par le sommeil recommençaient dès cju’elle ouvrait les yeux. « Il est évident, dit M. Holillahd^, àcpii j’emprunte cette citation, que dans des cas d’idiotie aussi parfaite, il ne faut pas parler de mémoire; l’instinct lui-même n’existe pas; l’amnésie est ici complète. »
Des idiots moins gravement atteints reconnaissent les personnes qui les entourent et [leuvenl s’y altacber.
La mémoire alfective est plus tenace (pie la mémoire intellectuelle, la mémoire organi([ue meme acquise, celle de la marclie, par exemple, est jiliis durable encore, la mémoire héréditaire n’cst-ellc jias la plus résistante de toutes;*
La mémoire des imherdes ressemble souvent, d'après M. Holili.uu), à la mémoire ty|)i(pie de certains niiisi ciens, matliéniaticiens et linguistes (pii, en dehors de leur domaine spécial, ne couqirenncnt |)lus rien.
1. Ball. I.,cçonssur tes rnatadics rnentates, i88o i883, [>. 83/1, cite j>ar M. llouii.i.AitD. Op. cil., p. GG.