I. iM F.Nsiri; nr i,a mkmomu'. df riwnoN
sujets sur leur façon d'apprécier et de juger. Il est bien regrettable cpie l’on ne puisse accepter que sous bénéfice d’inventaire une des rarissimes mensurations de la mémoire visuelle pure.
Le travail rpi'ont entrepris MM. Binet et Heniu sur la mémoire visuelle des enfants mesure surtout la mémoire motrice de l’œil'.
Les auteurs ont essayé de mesurer la mémoire visuelle des enfants ou mieux leur mémoire visuelle des longueurs. Les sujets examinés étaient 3oo jeunes garçons des écoles primaires de Paris. Les enfants soumis aux expériences étaient répartis en trois groupes ; les élèves du cours élémentaire ont de 7 à 9 ans; ceux du cours moyen ont de 9 à 1 1 ans, ceux du cours supérieur de ii à i3 ans. Les écoliers ont été examinés individuellement, ils étaient apjiclés dans le cabinet du directeui' par groujies de quatre; les expériences [lour chacun d’eux dnraient de 10 à i5 minutes, entrecoupées de périodes régulières do repos. Les jeunes sujets ont semblé prendre un certain intérêt aux expériences.
Le dis[)Osilif expérimental a été le même pour tous les sujets examinés : on présentait à l’enfant une ligne tracée au cravon sur un carton blanc; on l’invitait à retenir le test.
Le sujet en fixant dans sa mémoire la ligne présentée peut déjà commettre une erreur d’estiiualion ;
I. .MM. Hinkt et tiEMU. I..C développemeiil <le lu mémoire visuelle chez les enfants, dans Jlevue générale des sciences, l5 mars l8y'i.
LA AIÉMOIRE
si par la suite il cherche à reproduire le test, l’inexactitude delà reproduction pourra ne pas dépendre de la mémoire proprement dite.
De là la nécessité de faire deux espèces d’ex}>ériences : engager le sujet à reproduire une longueur qu’il conserve devant les veux et noter la déformation qu’il lui fait suhir ; puis, cette déformation étant connue, mesurer sa mémoire des longueurs en comparant son image actuelle, déformée de la longueur, au souvenir qu’il en a gardé un certain temps après.
La mémoire des longueurs elle-même peut se mesurer de deux façons : le sujet, parmi les lignes présentées, peut reconnaître par l’œil seul celle qui est identique à la première, il peut aussi reproduire une ligne égale à celle qu’il a regardée ; dans ce cas. il faut tenir compte de l’aptitude de la main à reproduire exactement le souvenir, l'objet vu dans l’imagination.
Les 3oo sujets examinés par MM. Rivet et Henri ont été priés : i“ de reconnailre dans une série de lignes présentées celle qui correspondait au test ; 2" de tracer, de reproduire une ligne équivalente.
La méthode de l'econnaissnnce a donné des résultats dilTérents de ceux de la méthode de reproduction.
Méthode de reconnni.'isance. — Le lest employé est une feuille de bristol de 3.') centimètres de longueur sur 20 centimètres de largeur, qui jiorte 21 lignes jiarallèles séparées les unes des autres par des intervalles de 1 f) millimètres. La plus courte des lignes est un jioint, la plus longue a 8 centimètres, la dilTcrence entre cliacune des lignes est de .'1 millimètres, la tmisièiiK' est double de la seconde, la di\-liuitième
l/l>TENSlTÉ DE I, A MÉMOIUE DE FIA;VTI0\
n’a qu’iin dix-septième de moins que la dix-neuvième; partant, à mesure que les lignes deviennent plus longues, ladifliculté de les distinguer augmente.
On a montré successivement des lignes de i, 5, 4, i6, 4o et 68 millimètres; on les faisait regarder [>endant 5 à 6 secondes, puis on les enlevait et 4 secondes environ après, on montrait le tableau de 2i lignes parmi lesquelles se trouvait celle qu’il fallait reconnaître. Toutes les lignes ont été présentées horizontalement, sur une table, dirigées vers le corps de l’enfant. C’était donc principalement sur l’intensité de contraction des muscles droits supérieurs et inférieurs des yeux que l’enfant devait se baser dans scs appréciations '.
Quant aux procédés qu’employaient les jeunes sujets, notons que les uns se sont efforcés de retenir la longueur pré.sentée en la comparant à celle de leur crayon, d’un de leurs doigts, d’autres divisaient la ligne en plusieurs parties; les plus jeunes o[)éraient beaucoup plus promptement que les |)lus âgés, ceuxci se décidaient moins vite, et seulement après plus sieurs comparaisons entre l’image actuelle ou le souvenir de l’étalon et la ligne qu’ils estimaient étpiivalente.
Méthode de reproduction. — Les ailleurs ont fait recopier ou reproduire do mémoire les mêmes lignes de 4 millimèlros, i() millimètres, 4o milli-
mètres et 68 millimètres; les sujets doivent leproduire le modèle, au moyen du crayon, sur un papier
I. La monsuralion est, paraîl il, [ilus l'acilo ([uaiid les droits externes et internes jouent le principal rôle ; certains sujets essayent de les faire intervenir en pencliunt la tète.
T.A ’MÉMOTRE
blanc ligné ou non ligné. Dans les expériences de reproduction, les lignes ont été présentées aux enfants dans le sens de gauche à droite.
Les plus jeunes sujets tracent des lignes sinueuses, irrégulières, mais comme pour la mémoire de reconnaissance, agissent très l’apidement ; les grands apportent plus de temps, de soin, d'habileté à leurs re])roductions.
L ne remarque fort intéressante est la suivante : les sujets, après avoir tracé la reproduction du test, corrigeaient presque tous leur première réponse et ces corrections présentaient un caractère d'uniformité tout à fait frappant, presque tous ont raccourci la ligne de i6 millimètres et allongé celles de 4o millimètres et de 68 millimètres.
Pour calculer les erreurs, les auteurs suivent la règle rpie voici : chaque erreur commise, allongement ou raccourcissement, n'est pas rapportée à la longueur véritable; mais on divise le cbilTre. exprimant l’erreur par la longueur totale, l'étalon.
■\insi un enfant trace comme éqiuvalenlo à l'étalon I () millimètres une ligne de 12 millimètres; l’erreur absolue est !\ millimètres, l'erreur proportionnelle — ^ = 0,2.').
L(' nombre total des expériences auxquelles furent soumis plus (le boo enfants atteint le cbilTre de 7 2(^o.
/ \ ( ’.v iiltnts (]cn (^rn 1 i.v .
a) Influence de /'('uje. — (Tomme il fallait s'v attendre dans toutes les séries d'é|ireuves. le nombre
l/lNTENSlTK DE T, A MÉMOTHE DE FIA \TION 13g
des erreurs commises a été en raison inverse de l’Age ; les écoliers du cours primaire ont dans les ex[)ériences de mémoire faites avec la méthode tics gammes commis en moyenne ~3 pour loo d’erreurs, ceux du cours moyen 69 pour 100 et ceux du cours supérieur 5o pour 100.
MM. Binet et IIemu n’entendent nullement allirmer que le rapport entre cescliilTres ^3 et 5o exprime la véritable iutensitéde la mémoire visuelle d'un enfant de 8 ans et d'un antre de 12 ans, et remarquent avec beaucoup de justesse que dans ce genre d’ex[)ériences l’attention joue le rôle [)ré|)ondérant.
b) Parallèle entre les erreurs de mémoire et les erreurs de comparaison directe.
Les ditlérences entre les deux tableaux qui donnent les résultats des ex[)ériences de mémoire et de comparaison par la méthode des gammes, et les tlenx autres qui résument les expériences de mémoire et de coirqiaraison par la méthode de reproduction, montrent c{ue l’exactilnde est toujours plus grande quand on a l’étalon sons les veux ; celle concinsion semblait pouvoir être prévue ; ce qui est [)bis intéressant c’est la constatation dn parallélisme (|iii existe entre les erreurs de mémoire et celles de comparaison ; les unes comme les autres sont plus nombreuses chez les jeunes enfants, et dans tous les cas elles sont île. même sens.
Somme toute, copier un modèle que l’on a sous les yeux exige une part de mémoire ; on ne peut lixei' à la fois la ligne et sa main : pendant une partie, dn travail de celle-ci, on n’est guidé que par le souvenir de la ligne ; de même quand on rberc.be l’équivalent
T,A MKMOrRE
de l’étalon dans la gamme, pendant qu'on regarde l’im des deux termes, on ne peut fixer l’autre ; l’avantage du procédé de comparaison se réduit à copier avec un souvenir plus fréquemment avivé. L’avantage le plus considérable de la comparaison est la possibilité de corriger sa réponse ; quand on reproduit un souvenir le contrôle est infiniment plus difiicile. Les auteurs croient que cbez les adultes les résultats obtenus dans les expériences de mémoire visuelle motrice seraient très différents de ceux que donneraient les expériences de comparaison, l’adulte peut contrôler et corriger ; les enfants sont rarement assez réfléchis pour faire le même travail.
c) Sens des erreurs. — On a une tendance à raccourcir les grandes lignes et à allonger les petites. MM. Bixet et Hexri font un rapprochement entre ce résultat et ceux qu’ont donnés les nombreux travaux parus en Allemagne et en Amérique sur la mesure du temps. Quand on cherche à estimer par comjiaraison ou à reproduire un intervalle de temps, on commet généralement une erreur : le sens de celle-ci varie entre autres avec la grandeur de l’intervallo mesuré.
Si l’on a choisi un intervalle inférieur, ]iar exemple 6 dixièmes de seconde, l'erreur de mémoire ou de com])araison, d’ajirès (pielques auteurs serait négative, elle serait positive pour les temps plus longs. Les auteurs admettent l’existence de la limite ou indilferenzzeil des Allemands ; mais on ne s'accorde ])oinl sur sa position exacte ; ce (pii prouve qu'elle varie avec les individus, et probablement avec un grand nombre de circi'instances diificiles à déterminer.
l/lNTENSlNÉ DE I, V >rÉMOIHE DE FIWTION I /l I
son des longueurs s’accordent d’une manière générale avec les faits observés concernant la inesure du temps. L’accord est surtout frap[)ant en ce qui concerne la reproduction des lignes par la main.
Dans les deux genres d’épreuves, les lignes reproduites sont toujours [)lus courtes que les modèles dès (pie ceux-ci dépassent 1 6 millimètres ; au contraire les reproductions de lignes de et de \ millimètres
sont toujours plus longues cpic les étalons. 11 doit exister entre lÜ millimètres et 4 millimètres un [loint neutre, une ligne, qui serait reproduite exactement. Cette longueur n’a pas été déterminée. Que si l’on considère les expériences de mémoire et de reproduc tion faites par la méthode des gammes, on constate que le raccourcissement est la règle, quelle (|ue soit la longueur des étalons. Si pour la mémoire ou la coiiqiaraison visuelle, il existe une longueur neutre, une indifférenz lemje elle doit être inférieure à du moins chez les sujets examinés |)ar MM. IhiNEr et IIemu.
Pour expliquer la tendance à augmcider les lignes en dessous de 8 millimètres environ, et à diminuei' celles (pii dépas.sent cette longueur neutre, les auteiiis supposent ([u’il est nalurelle/nenl j)lus dilliclle de tracer une ligne de r à 3 millimètres, qu’une aiitie qui aurait 5 centimètres, [lar exeiu|)lc ; ils supposeril que par suite de la lendancc naturelle de la main à exécuter les mouvements les [dus faciles, on allonge, les petites lignes.
Mais pourqufd raccourcit-on les grandes;* Peutêtre est-ce là, d’une manière générale, un ellét de la mémoire, ellel (jui est mascpié par la cause antéiien
LA 'UL'MOTRF.
remenl cilée quand il s’agit de la reproduction des lignes courtes. Les auteurs ne se prononcent pas sur la cause réelle et probablement complexe des faits observés.
d) Sens des erreurs en rapport avec l’âge des sujets. — Tant pour les reproductions faites de mémoire que par comparaison directe les plus jeunes sujets accentuent le sens des erreurs commises : les enfants du cours élémentaire raccourcissent et augmentent les lignes longues et courtes plus que ceux des cours moyen et supérieur. Mêmes résultats quand on emploie la méthode des gammes. Dans l'épreuve de comparaison directe les enfants du cours inférieur donnent 4/1 erreurs négatives, contre 19 commises par les écoliers appartenant au cours supérieur. Dans l'épreuve sur la mémoire, les premiers commettent 60 erreurs négatives, les seconds 33.
Et voici une remarque suggestive : « d'une manière générale l’enfant réduit d’autant plus la ligne qu'il est lui-même plus petit ; ce caractère est si net que, si on examine les résultats donnés par un groupe de 20 enfants, on peut sotivcnt, à la longueur des lignes indiquées ou reproduites, distinguer le cours élémentaire du cours supérieur'. »
Les auteurs attribuent, avec infiniment de raison d’après moi, une pari très importante anx facultés d’attention, de jngenieni el de critique qui interviennent |iour nne ])art considérable, si pas essentielle dans ces exercices de mémorisation visuelle et mo-