‹ La mémoireChapitre 72 sur 148 · UE REPRODUCTION · texte numérisé non relu

UE REPRODUCTION

Tontes les modifications conscientes et même snbconscientes peuvent, dans certaines circonstances, être rappelées ; les idées, les images, les sensations, les émotions qui, à un moment de notre vie, se sont fixés dans la mémoire peuvent reparaître.

Il faut distinguer deux sortes de reproductions; il y a rappeler et se rappeler. J’ai vu l’arc de triomphe de l’Ktoile une première fois il y a quinze ans ; l’image complexe visuelle motrice du monument est demeurée dans mes centres nerveux ; si aujourd’hui je passe devant l’arc de l’Ktoile il se formera dans mon cerveau une image visuelle motrice plus ou moins neuve, je dis plus ou moins neuve, car en fait une foule îles éléments qui la composent seront des images élémentaires ressuscitées et formées à nouveau là même oîi elles se sont formées il y a f|uinze ans. fies images seront rap|)clées par les mêmes stimulations extérieures qui les ont produites autrefois, (le n’est pas moi (jui me rappelle, c’est le monument lui-même, ou mieux l’enscmhle des stimulations qui en émanent, qui rap

LA MlhlOIRE

pelleaL des modiQca lions corlicales endormies. Mais ces modifications peuvent aussi reparaître par stimulation indirecte, je puis me rappeler. Il suffira pour cela que je voie un objet, un mot, une date qui ait un certain rapport avec le monument que j'ai \'u. Ainsi le mot « Paris » lu sur la couverture d’un li\Te évoque chez moi une image visuelle, toujours la même ; elle est assez confuse en ses contours, mais relativement nette au centre ; dans cette partie plus vivement éclairée, je vois la Seine devant moi, le Palais-Bourbon à ma gauche et sur la droite le jardin des Tuileries, la place de la Concorde, puis vaguement les Champs-Elysées, dont je raccourcis très fort la perspective et au fond, entre des ramures d'arbres dénudés, assez loin, la partie gauche supérieure de l’arc de l’Etoile. Je sais fort bien que mon image visuelle est complètement déformée et que de l'endroit où je suis censé placé, c'est-à-dire à peu près sur le pont du Carrousel, je ne verrais pas en réalité ce que je vois en imagination, mais l'important est de montrer comment, chez moi, le mot imprimé « Paris » rappelle toujours l’arc de l'Etoile; c'est parce que l’image visuelle très spéciale et partielle du monument entre dans une image panoramique complexe qui n'a pas été photographiée par l'œil mais forgée par l'imagination au moyen d'une multitude d'images élémentaires de couleurs et de formes. Cette composition de mon imagination, (pii m'apjKU-aîl toujours la même dans scs traits essentiels, est liée indissolublement, je ne sais comment, au mot « Paris « sous .sa forme visuelle motrice. Cette image visuelle motrice me revient toutes les fois cpie je lis sur la couverture d'un

COMMENT NOUS NOUS li APPELONS

Hatc, imeafliche, ou ailleurs les lettres qui composcut le mot. Il existe chez moi un lien entre l’image d’un nom de ville et une représenlation visuelle motrice d’une partiede cette ville ; il existe naturellement un deuxième lien entre cette représenlation visuelle et l’image du monument.

Mais pour que je me rappelle une partie quelconque ou l’ensemble de ce gronpe d’images, il faut une condition essentielle : une image du complexus doit ellemême être rappelée directement par une stimulation extérieure actuelle ! Toute image qui a l’ait autrefois partie d’un groupe ou d’une série peut rappeler les autres composantes du groupe ou de la série ; mais pour cela elle doit elle-même ressusciter au préalable et sa réapparition peut résulter d’une stimulation extérieure directe ou d’une stimulation indirecte. ■

Si celte image a[)partieut à deux groupes, à plusieurs séries, le rappel d'un terme d’un groupe A fera revivre entre autres com])Osantes celte image commune et celle-ci, faisant également partie d’un groupe I), ra|)pellera les autres com|)Osantcs de. ce grou])e 11 ; voilà couiment le litre d’une [)ièce d(' S[)ectacle, alTicbé .sur les muis de (buid, rcssuscileia les .souvenirs qu’a dépo.sés dans rues centres le spectacle de cette pièce vue à l’aris et en revoyaul iiilérieuremenl ce mol, je rev(/is aussitôt mon panorama avec ses principaux détails.

Il est absolument impossible de se rappeh'r un ensemble ou une suite de représeutalious meutali's quand l’une au moins d’entr-e elles n’ap[)araît pas par stimulation extérieure actuelle. Aucune reproduction n’est possible sans celle coriditirjn cx|)resse ; la iiiémoitAî

LA AIÉAIOTRE

de reproduclion s’explique uniquemenl par les liens qui unissent entre eux les éléments d’un même groupe et d’une même série et le passage d'un groupe à un autre par l’existence d’un élément commun. Mais cjuelle est la nature de ce lien cjui unit les éléments constitutifs des complexus représentatifs et émotifs!*

En parcourant la littérature de la mémoire de reproduclion nous constatons l’existence de deux écoles à tendances nettement opposées. Pour les uns le lien qui réunit les images est anatomo-pliAsiologique : c’est le résultat d’associations de mouvements; pour les autres, le lien est logique, idéal, intellectuel. Mous allons ])arcourir les diverses observations et les quelques travaux de laboratoire qui ont eu pour objet la mémoire de reproduclion ; bien que je sois partisan convaincu de l’interprétation anatomo-phvsiologique, j’exposerai les opinions contraires sine ira cl sine studio et seulement à la fin de cet exposé je donnerai mes idées personnelles.

La mémoire de reproduction a été étudiée par les médecins d’abord, par les psychologues ensuite. Mous résumerons dans un premier chapitre les observations cliniques les plus instructives, le. chapitre suivant sera consacré aux travaux expérimentaux.

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