‹ La mémoireChapitre 74 sur 148 · tn. Oj). cil · texte numérisé non relu

tn. Oj). cil

MALVDIES DE t.A MÉMOIRE DE REPRODUCTION î 7 7

lacune. On a cependant observé des cas très rares on la mémoire de l’accident revenait par la suite*.

Il est clair que dans ce genre d’amnésies essentiellement curables, la mémoire de fixation demeure intacte, puisque les souvenirs reviennent et que nous avons bien alTaire ici à une altération de la mémoire de reproduction seule; mais encore n’est-ce qu’une altération fonctionnelle, sans destruction des liens unissant les groupes et leurs éléments**.

M. -\/AM' décrit comme suit l’amnésie rétrograde d’origine traumatique. « On pbolograpbc a enfernié dans un tiroir et conservé pour plus tard des milliers de clicbés; survient un accident à ce tiroir, il est ren versé, les clicbés sont brouillés, mêlés, confondus et pendant un certain tenqis. jusqu’à ce qu’il les ait replacés dans leur ordre accoutumé, il est impossible à ce pbotograpbe de s’en servir. Aucun d’eux n’est cependant altéré en lui-mcmc; l’ordre remis dans le tiroir, le photographe se servira de ses clicbés comme, auparavant; j’ajouterai qu’il jieut arriver que quelqu’un d’entre eux soit complètement détruit.

« C’est là une représentation parfaite de l’amnésie rétrograde d’origine traumatique. »

.l’emprunte à M. Rouii.i.ard*’ quclipies exemples instructifs.

1. l.n aide-major blessé en 1807, |>ar un éclat d’obus à la partie supérieure et moyenne de la tempe

1. Enfant trépané cité par M. ttouii.i.AiiD. Oj). cil., p. 7't.

2. M. .\zAM. Les tronbtes intcttcctuets provoipiés par les traumatismes cérébraux, dans Archives •'énéro les de iiiecl., 7® série, t. Vit, 1881, j). 807 (d’ajjrès M. Uoi tt.i.Anu).

.3. Of). cil., p. 7(1 et suiv.

LA 5IÉMOTRE

droile (élail-ce un droitier ou un gaucher.’*) avait perdu la mémoire des noms et des lieux et la faculté de chiffrer, puis la mémoire entière. Voilà un cas d’amnésie partielle cp.ii s’étend plus tard à toute la mémoire.

IT. Un clergyman, à la suite d'une commotion causée par une chute, demeure pendant quelques jours tout à fait inconscient. Au bout d'un certain temps il revient à lui mais il a oublié tout ce qu'il a appris à l’école et dans les collèges, il est comme un enfant, mais comme un enfant intelligent. Il recommence à apprendre sa langue maternelle et refait ses études classiques. Après quelques mois sa mémoire revient petit à petit et il se rétablit complètement. J’ai cité ce cas parce qu’il est caractéristique. Dans presque tous les exemples rapportés par les observateurs, on constate rpie lors même qu’il v a amnésie rétrograde complète et si générale qu'il faut recommencer en entier l’éducation et la formation intellectuelle du malade, presque toujours, à un moment donné de cette rééducation ; brusquement ou graduellement l’ancienne mémoire réapparaît. Ici encore il faut supposer que l'amnésie de rejiroduclion n'a pas détruit les liens unissant les séries et les groiqies : jmisqu’à un moment donné ceux-ci réapparaissent tous, les uns rappelant les autres. Je me représente ce genre d’amnésie guérissant spontanément au cours de la rééducation comme le résultat d'une altération fonctionnelle, une |)aralvsie des liens unissants : le malade a ])erdu la fanilté de rattacher au conqilexus conscient formé avant l'accident ses imatres visuelles. auditiv('s. gustatives qui se forment depuis l'acci-

MALADIES DE LA MÉMOIKE DE UEPRODL'CTION 179

dent ; toutes les voies sont imperméables ; mais dans le cours de la rééducation se produit un jour chez lui une image qui, elle, peut passer et réveiller un élément d’un groupe ancien; et brusquement tous les autres; un mot, la vue d’un objet réveille tout le passé ; parfois cette résurrection est graduelle et résulte de l’action concurrente de plusieurs images agissant par accumulation. Celte interprétation qui est purement hypothétique, je me hâte de l’ajouter, rendrait assez bien compte du cas cité par M. Ribot. Entre autres un recouvrement brusque de la mémoire à la suite d’une crise provoquée par un accès de jalousie. Une jeune femme tombée à l’eau demeure 6 heures insensible, puis reprend connaissance, lo jours après, elle tombe dans un état de stupeur qui dure '\ heures; au sortir de cet accès elle a non seulement perdu toute mémoire, mais elle est privée de la parole, de l’ouïe, de l’odorat et du goût. Elle a bon appétit mais on est obligé de la nourrir comme un enfant. Son activité est devenue purement automatique, elle passe son temps à efliler, éplucher ou couper tout ce qui lui tombe sous la main. On lui apprend à faire des raccommodages, elle prend à cet exercice un plaisir d’enfant, mais n’a le lendemain aucun souvenir de ce (ju’elle a fait la veille, et recommence chaque jour un nouveau travail, ayant oublié celui de la veille. Sa mémoire émotive semble se réveiller la première; la vue de l'eau, surtout de l’eau en mouvement lui causait une frayeur intense; pour se laver les mains elle les treriq)ait sini[)lement dans l’eau, sans les remuer. Dès la première période de sa maladie, la visite d’un jeune homme ainpiel elle

était attachée lui causait un plaisir évident, alors même qu’elle était insensible à tout le reste. Il venait régulièrement tous les soirs et elle attendait régulièrement son arrivée. A une époque où elle ne se rappelait pas d’une heure à l’autre ce qu'elle avait fait, elle attendait anxieusement que la porte s’ouvrît à l'heure accoutumée, et s’il ne venait pas elle était de mauvaise humeur toute la soirée. Lorsqu’on l’amenait à la campagne elle devenait triste, irritable et était souvent prise d’attaques. Si, au contraire, le jeune homme restait près d’elle, l’amélioration phvsique, le retour des facultés intellectuelles et de la mémoire étaient visibles h

Elle retrouva la mémoire d’une manière tout à fait remarquable.

La santé et la force pai'aissaient complètement revenues, son vocabulaire s’étendait, sa capacité mentale se développait, lorscprclle apprit que son amant courtisait une autre femme. Cette idée excita sa jalousie, qui, dans une certaine occasion, fut si intense qu’elle tomba dans un état d'insensibilité, (pù par la durée et l’intensité ressemblait à .>^a première attaque. Et ce[)cndant ce fut son retour à la santé. Son insensibilité ])assée, le voile de l’oubli se déchira, et, comme si elle se réveillait d’un long sommeil de mois, elle se retrouva entourée de son grandpère, de sa grand’mère, de leurs vieux amis dans la maison île Sorebam. Elle s’éveilla en possession de ses facultés naturelles et de scs connaissances anté-

I. M. Hmiot. Maladies (le la ini'inoirc, p. 70 de la 3® (édition. I*!llis, iSS.").

MALADIES DE LA MEMOIRE DE REPRODUCTION l8l

rieures, mais sans le moindre souvenir de ce qui s’élail passé pendant l’intervalle d’une année depuis sa première attaque jusqu’au moment du retour*.

^ oilà bien un cas de retour brusque de la mémoire de reproduction détruite d’une manière totale pour toute la période antérieure à l’accident; on voit qu’une mémoire a été moins atteinte que toutes les autres, celle des émotions ; comme en outre deux organes des sens, la vue et le toueber, ont résisté, la malade a pu recevoir des impressions, elle n’a pas été complètement isolée du monde extérieur. Par ces voies nerveuses des sensations sont entrées, des images se sont formées, et, la zone émotive étant plus ou moins indemme, ont provoqué des émotions.

Ln jour une de ces émotions particulièrement intense a déterminé un état somatique et mental correspondant à celui qui avait produit l’amnésie; est-ce cette stimulation, cette Idcutilé d’états mentaux (jui expli([uc le retour des fonctions d’association!* Cela n’est pas démontré, mais n’est-ce jias [irobable!* Lue émotion analogue à la [iremière cpii celle-ci était reliée à tout l’ensemble des groiqies et des séries anciennes, a-t-elle servi de pont entre

état ancien^^^ et l’état nouveau;* J’iucliiie fort à le croire.

Les recouvrements graduels de la mémoire de

reproduction sont un peu jilus dillicilcs à interpréter; remanpions ipie même dans le cas de. retour brusipic cité par M. Purot, et ipii porte sur l’ensemble des souvenirs, il y des retours partiels, lents

et graduels, la malade (jui semble décidément a|)pai-

M. ItinoT. Of). cit., [). 71.

Bl EKVLIET.

LA MÉMOfRÈ

tenir au type émotif tisse déjà des liens entre les événements du jour et ceux de la veille, quand ces événements lui causent une impression de plaisir ou de peine « de plus un jour que sa mère avait un grand chagrin, elle s’écria bruquement sans hésitation : « Qu’y a-t-il ? » Puis à la suite de cette commotion elle commença à articuler quelques paroles ». Les premiers objets qu’elle ait appelés par leur vrai nom sont des fleurs sauvages qu’elle aimait beaucoup dans son enfance, et à ce moment elle n'avait pas encore le plus léger soiivenir des endroits, ni des personnes familières à son enfance’. Ce ne sont là que des tâtonnements, qui montrent l'intégrité relative du domaine émotif; mais la mémoire générale et complète, la guérison de l’amnésie rétrograde se produit brusquement en coup de foudre à la suite d'une émotion extraordinaire déterminant un état analogue à celui qui a précédé immédiatement l'amnésie.

La dilTérence entre le mécanisme du retour brusque et celui du retour lent proviendrait tout simplement de ce que dans le premier cas la liaison entre tous les états de conscience antérieurs serait très étroite : et (pic dans le second cas il y aurait fragmentation dans la personnalité passive: de là retour en bloc de toute la jiersonnc antérieure ou restitution par jiarties.

b’amnésie de reproduction de la malade de Sorebam résulte t-elle d'un traumatisme idtysique ou moral; s'il est vrai (pi une sinqile secousse suHise pour |)rodnire ranuiésie rétrograde, ne semble-t il pas cependant , d'après les détails de la maladie et ceux

Page 1